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Sandstone veut tourner la page
Économie 4 min. 08.01.2018 Cet article est archivé
Renseignement économique

Sandstone veut tourner la page

L'administrateur délégué de Sandstone Frank Schneider dans les locaux du Wort ce mercredi.
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Sandstone veut tourner la page

L'administrateur délégué de Sandstone Frank Schneider dans les locaux du Wort ce mercredi.
Lex Kleren
Économie 4 min. 08.01.2018 Cet article est archivé
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Sandstone veut tourner la page

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
Empêtré dans des procédures judiciaires liées au scandale politique de la décennie, le patron de la société d'information économique Sandstone, Frank Schneider, anticipe une accalmie. L'ancien cadre du Srel prône une coopération avec le gouvernement.

Par Pierre Sorlut

L'entreprise luxembourgeoise de renseignement économique Sandstone annonce son expansion à l'international. «Il est maintenant temps de créer quelque chose de réellement significatif: un prestataire de renseignement stratégique doté d'une portée globale», fait savoir la firme dans un communiqué diffusé en décembre, mais passé inaperçu. Sandstone est moins connue du grand public que son fondateur et administrateur délégué Frank Schneider. L'opinion associe aujourd'hui son nom aux révélations qui ont, entre 2012 et 2013, entraîné la chute du gouvernement de Jean-Claude Juncker et aux procédures judiciaires consécutives dans lesquelles tous deux se démènent aujourd'hui. M. Schneider dit «devoir vivre avec». Sur Twitter, il ironise.

L'ancien responsable du Service de renseignement de l'Etat doit, avec ses anciens collaborateurs Marco Mille et André Kemmer, répondre des accusations d'atteinte à la vie privée pour avoir mis sur écoute en 2007 un ancien intermédiaire. L'ancien Premier ministre CSV devait témoigner en novembre dans ce dossier, mais le procès a été remis à une date ultérieure. Frank Schneider et son ancien chef Marco Mille ont eux porté plainte le même mois pour falsification d'un document clé dans le procès dit du «Srel» après avoir eu accès aux pièces du dossier. Les deux anciens espions entendent prouver que le verbatim de l'enregistrement a été tronqué à leurs dépens et dans l'intérêt de l'ancien locataire de l'Hôtel de Bourgogne. Selon des articles parus mi-décembre dans les médias anglais, l'instruction concernerait, plus ou moins directement, Jean-Claude Juncker.

Trêve judiciaire en vue?

Aujourd'hui, Frank Schneider croit savoir que son accusation pour violation des lois sur la vie privée et la protection des données personnelles ne pourra être jugée tant que les doutes sur la «falsification» de la transcription ne seront pas levés. Cela pourrait prendre plusieurs années. L'entrepreneur du renseignement économique entrevoit là une éclaircie pour sa société.

Invité à présenter les développements commerciaux qui concernent Sandstone, Frank Schneider saute dans son gros 4x4 noir et brave les vents contraires. Il se gare fissa devant la rédaction du «Luxemburger Wort».

«Le téléphone ne sonnait plus». Celui qui a quitté le Srel en août 2008 pour créer sa propre société d'informations stratégiques à destination des entreprises et institutions financières (comme la Banque européenne d'investissement dont il est prestataire officiel) raconte comment les révélations de RTL puis du Land sur les dérives du Srel ont heurté Sandstone en 2013. «Nous sommes beaucoup plus relax maintenant», témoigne M. Schneider. Il faut le croire sur parole. Les cordonniers restent les plus mal chaussés.

Les pertes épongées par GMH

L'entreprise de renseignement économique traîne à publier ses comptes au registre de commerce. Les derniers datent de 2014. Jusque-là, tous les exercices ont été déficitaires. Les pertes, essentiellement liées aux frais de personnel, s'élèvent à quelque trois millions d'euros sur sept exercices financiers. Elles avaient été épongées par l'actionnaire principal General Mediterranean Holding, caché derrière des sociétés-écrans et des prête-noms. «A l'ancienne» comme on peut dire. Selon M. Schneider, le groupe de l'Irakien Nadhmi Auchi, notamment actif dans l’hôtellerie, avec le Royal comme étendard, ne verrait plus Sandstone comme un investissement prioritaire.

Opération dédiabolisation

Les associés individuels détiendraient aujourd'hui 51 % du capital dont 25 % pour le seul Frank Schneider aux côtés de Filipe Carmo et Jedediah Grant, lui-même en retrait depuis 2014. Il développe depuis 2015 dans l'incubateur de la BGL son logiciel conformité KYC3, société dont Sandstone est actionnaire minoritaire. GMH, qui a accueilli en son conseil d'administration des huiles politiques locales en les personnes de Jacques Santer, Jacques Poos ou les Mosar père et fils (Nicolas puis Laurent), céderait progressivement ses parts selon le patron de Sandstone.

Les locaux de la société au 47 boulevard du prince Henri, artère adossée au Royal, propriété de l'actionnaire: General Mediterranean Holding.
Les locaux de la société au 47 boulevard du prince Henri, artère adossée au Royal, propriété de l'actionnaire: General Mediterranean Holding.
Pierre Matgé

Frank Schneider souhaite dédiaboliser sa société née en 2008 concomitamment à des conflits entre les plus hauts représentants du Srel et du ministère d'Etat. De nombreuses sociétés du genre existent à l'étranger, notamment en France où règne Adit, dont l'Etat détient un tiers du capital, avance-t-il pour amorcer un rapprochement avec les structures gouvernementales. «Il est temps que le gouvernement tourne la page», déclare-t-il. «Nous pourrions nous montrer très utiles à la protection et à la poursuite des intérêts économiques du pays».


Soutien du gouvernement d'antan

Sandstone communique aujourd'hui sur le remboursement du financement consenti par la Société nationale de crédit et d'investissement (SNCI), signe du soutien du gouvernement d’antan, prétexte M. Schneider. C'est vrai. Le prêt participatif de plus d'un million d'euros a été consenti par le conseil d'administration de la banque publique qui «opère sous le contrôle et la responsabilité politiques de Jean-Claude Juncker, ministre des Finances, et de Jeannot Krecké, ministre de l'Economie», comme on peut le lire dans le rapport d'activité 2008.

«Sandstone est rentable depuis 2016», explique son administrateur délégué. La société emploie six personnes à Luxembourg et une à Londres où son bureau vient d'ouvrir en janvier. Celui créé à Singapour en 2015 sommeille pour l'instant, mais Sandstone jouit de «réseaux à l'international», détaille l'entrepreneur du renseignement. Le message est passé.