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Rendre le monde plus propre
Économie 6 min. 31.07.2019

Rendre le monde plus propre

Le laboratoire de Martin Schoonbroodt est situé à Beiler.

Rendre le monde plus propre

Le laboratoire de Martin Schoonbroodt est situé à Beiler.
Photo: Pierre Matgé
Économie 6 min. 31.07.2019

Rendre le monde plus propre

Mara BILO
Mara BILO
La start-up luxembourgeoise Probiotic Group développe à Beiler des solutions pour lutter contre la résistance des bactéries pathogènes.

Combattre les mauvaises bactéries avec des bonnes? C'est le pari que s'est lancé la start-up Probiotic Group, active dans le secteur des biotechnologies. La société familiale, installée à Beiler, dans le nord du Luxembourg, emploie actuellement douze collaborateurs et est en pleine expansion: d'ici à septembre, quatre nouveaux salariés devraient rejoindre Probiotic Group. «Nous avons un bel avenir devant nous», se réjouit le directeur de société Martin Schoonbroodt.

L'aventure Probiotic Group commence il y a environ cinq ans. Martin Schoonbroodt, ingénieur diplômé dans les domaines de l'informatique et des sciences de gestion de l'entreprise, constate avec son père, médecin de formation, qu'il existe une augmentation de la dénommée multirésistance des bactéries pathogènes dans les hôpitaux. En clair, les bactéries à l'origine de maladies infectieuses sont de plus en plus résistantes et donc plus difficiles à combattre. «Cela s'explique par deux facteurs», constate M. Schoonbroodt, «d'une part, par la surconsommation ou la mauvaise utilisation de produits antiseptiques, qui détruisent non seulement les mauvaises bactéries mais aussi les bonnes, et d'autre part par la capacité de plus en plus importante des bactéries à résister aux molécules d'antibiotiques.»


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MM. Martin Schoonbroodt père et fils se sont alors penchés sur les différentes techniques de nettoyage et de décontamination utilisées actuellement avant de lancer un programme de recherche – financé par leurs fonds propres – visant à développer des produits de soin, d'hygiène et nettoyage à base d'ingrédients naturels. Leur but: développer des produits capables de lutter contre la résistance des bactéries pathogènes en ne ciblant que les mauvais micro-organismes. «Notre outil le plus efficace sont les probiotiques, que nous incorporons dans nos produits», explique Martin Schoonbroodt. Selon l'Organisation mondiale de santé (OMS), il s'agit de «micro-organismes vivants qui, lorsqu'ils sont ingérés en quantité suffisante, exercent des effets positifs sur la santé». «C'est de là que vient le nom de notre société», souligne son directeur, «nous utilisons des bons micro-organismes pour combattre les mauvais.»

Le Grand-Duché a affiché très clairement sa volonté d'investir dans le secteur des biotechnologies.

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Initialement installée aux Pays-Bas, dans un incubateur à Eindhoven, M. Schoonbroodt a relocalisé fin 2016 l'ensemble des activités de sa start-up au Grand-Duché. «Non seulement le Luxembourg est plus proche du lieu d'où je viens [le directeur de société est d'origine belge, ndlr], mais le Grand-Duché a affiché très clairement sa volonté d'investir dans le secteur des biotechnologies.» Depuis plusieurs années, les biotechs se retrouvent en effet au centre de la politique de diversification de l'économie nationale: un cluster a même été créé au sein de l'agence de promotion Luxinnovation, pour soutenir les petites entreprises actives dans le secteur des biotechnologies. 

Après une prise de contact avec le ministère de l'Economie, M. Schoonbroodt décide alors de poursuivre ses travaux de recherche sur le sol luxembourgeois. «Le Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST) a été un facteur déterminant dans notre choix de venir ici», explique-t-il. «Cet institut de recherche est en mesure d'étudier l'impact d'un produit comme le nôtre sur l'environnement.» Tout comme le Luxembourg Centre for Systems Biomedicine (LCSB), un des centres de recherche de l'Université de Luxembourg: «Le Dr. Paul Wilmes, qui y travaille, est connu sur le plan international pour ses recherches dans le domaine des micro-organismes.

Martin Schoonbroodt analyse dans son laboratoire entre autres la composition de liquides.
Martin Schoonbroodt analyse dans son laboratoire entre autres la composition de liquides.
Photo: Pierre Matgé

Les probiotiques – des micro-organismes issus d'environnements végétaux – doivent être cultivés et fermentés avant de pouvoir être utilisés. «Il existe des milliards de souches de bactéries», précise Martin Schoonbroodt, «le LIST et le LCSB nous aident dans la sélection, la caractérisation des souches ayant des bienfaits.» A cette fin, Probiotic Group signe début 2019 un contrat de collaboration avec les deux instituts de recherche: «le ministère de l'Economie nous a accordé une enveloppe de 3,6 millions d'euros sur trois ans pour financer exclusivement la recherche et le développement industriel.» Et pour soutenir le développement des exportations de l'entreprise familiale, un contrat de collaboration avec l'Office du Ducroire permet «d'accroître nos capacités d'exportation, notamment en nous donnant la possibilité de participer à des foires internationales.»

30 à 40% du chiffre d'affaires réalisés au Luxembourg

Au terme de plusieurs années de recherche, Probiotic Group a sorti une nouvelle marque, Provilan, sous laquelle le groupe commercialise une série de produits de soin (notamment dans le domaine vétérinaire), d'hygiène et de nettoyage. «Nous disposons du label ,Made in Luxembourg‘», souligne fièrement le jeune entrepreneur. «Tout, de la recherche à la production et à l'emballage, est réalisé sur le sol luxembourgeois.» La société est aujourd'hui active au Benelux, en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni et compte environ 400 vétérinaires et 50 pharmacies parmi ses clients réguliers. Le marché national représente 30 à 40 % du chiffre d'affaires, le plus grand marché restant celui de la Belgique. «Une partie de nos activités consiste également à conseiller des stations d'épuration dans l’assainissement et la décontamination biologique de l’eau et les boues résiduelles.»


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Et bien que la société ne soit pas encore en mesure d'afficher des chiffres positifs à l'heure actuelle, M. Schoonbroodt pense que ce sera le cas d'ici cinq à six ans. «Le secteur de la biotechnologie présente la particularité d'avoir des temps de développement très longs.» Et le directeur ne compte pas s'arrêter là: outre ses investissements continuels dans la recherche et le développement, sa société participe non seulement à un groupe de travail au niveau de la Commission européenne qui vise à explorer les moyens de combattre la multirésistance des bactéries, mais a également déjà déposé une nouvelle marque. «Après les produits de soin dans le domaine vétérinaire, d'hygiène et de nettoyage, nous voulons nous lancer d'ici 2022 dans le domaine des cosmétiques.»

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