Rendez-vous à Assel: Un sapin "made in Lux" pour Noël, ça vous dit?
Rendez-vous à Assel: Un sapin "made in Lux" pour Noël, ça vous dit?
Par Linda Cortey
Un grand sapin, plus haut que la maison attenante, accueille les visiteurs avec ses guirlandes de lumières. A son pied, plusieurs dizaines de sapins Nordmann aux tailles plus raisonnables sont à vendre. Nous sommes chez Jos et Francis Meyers à Assel. La route de Heesberhaff se termine ici, dans la cour de la ferme.
Chaque mois de décembre, elle voit passer des amateurs de sapins de Noël qui viennent acheter un Nordmann «made in Luxembourg». Les samedis, Francis Meyers et sa famille les accueillent avec du vin chaud et un petit feu pour les réchauffer. Une fois le sapin choisi sur pied, il est emballé dans un filet sur place, l'acheteur repart avec son sapin dans le coffre de sa voiture.
Les visiteurs les plus curieux peuvent parcourir à pied les 300 mètres qui séparent la ferme de la forêt de sapins. Il y a 25 ans, la famille Meyers s'est lancée dans la production de Nordmann avec un hectare consacré à cette variété de sapin la plus vendue pour Noël. Depuis, le succès a poussé l'agriculteur à augmenter la parcelle. Ses sapins aux aiguilles particulièrement résistantes grandissent désormais sur cinq hectares. A raison de 800 arbres par hectare, cela représente pas mal de sapins mais la majorité n'est pas encore mature pour être coupée.
Des sapins abattus en fonction de la demande
Les petites pousses font à peine 20 cm quand elles arrivent dans la ferme Meyers. Elles ont alors cinq ans et viennent des forêts russes ou turques via l’Allemagne. Il leur faudra encore au moins cinq ans pour devenir un sapin d’au moins 1,5 mètre. C’est à ce moment que les arbres sont commercialisables en tant que sapin de Noël. Sur la parcelle, certains plants dépassent les 8 mètres de haut. Ils sont destinés aux collectivités. Les particuliers préfèrent en général un sapin de 2 mètres environ. C’est donc à cette taille que la plupart sont coupés.
Dans cette petite forêt bien ordonnée, les arbres prêts à la vente portent une étiquette de couleur. Ils sont étiquetés au début de l’automne afin de faciliter le travail de décembre.
Les sapins sont coupés au fur et à mesure de la demande, afin de leur assurer un maximum de fraîcheur. «Nous les coupons au moins deux ou trois jours avant de les vendre», précise Francis Meyers, «cela leur donne le temps de reposer avant de partir dans les maisons où il fait beaucoup plus chaud que dehors». Le Nordmann, unique espèce cultivée à Assel, est un arbre robuste qui résiste plusieurs semaines après sa coupe. Il sera encore plus résistant s'il bénéficie de quelques jours de repos entre la coupe et la vente.
La production annuelle se vend en quelques semaines
Alors que la production demande au moins cinq ans de patience, la vente, elle, dure moins d’un mois. Elle commence le premier décembre, voire le premier weekend de l’Avent et se termine à Noël. Les deux weekends entre la Saint-Nicolas et Noël constitue le vrai «rush» de la clientèle. «Il faut venir nous voir pendant l'un de ces deux weekends, la cour est pleine de monde», assure Francis Meyers.
La fin d’année est donc une période d’effervescence pour l’agriculteur. Deux saisonniers sont embauchés pour l’occasion. Ils l'aident à l'abattage des sapins et à leur mise en filet. Francis Meyers écoule quelques milliers d’arbres de cette façon. Principalement auprès des particuliers qui se déplacent jusqu’à sa ferme.
Le Luxembourgeois avait un temps cherché à occuper l’emplacement le plus en vue pour les sapins, sur le Glacis en ville. Mais le coût de la location limitait fortement la marge qu’il réalisait sur les ventes et il n’a pas souhaité renouveler cette expérience.
Une activité de complément stable
Le sapin ne constitue une activité rentable qu'à condition d’en limiter les coûts, d’avoir l’espace suffisant pour atteindre une production viable et de fidéliser sa clientèle. Cette dernière condition est primordiale pour ne pas dépendre des réseaux de distribution. Francis Meyers mise sur le bouche-à-oreille. Ses clients viennent des environs de Assel et jusqu’à la capitale.
Le sapin n'est toutefois pas devenu l’activité principale de la ferme. L’agriculteur est avant tout un éleveur avec une soixantaine de vaches laitières. Il s’est investi dans le mouvement «Fair Mëllech», qui vise à garantir un prix équitable pour les producteurs de lait luxembourgeois. Les sapins représentent pour lui un complément non négligeable qui permet de compenser les fortes fluctuations du prix du lait depuis la fin de la politique des quotas laitiers en Europe.

