Changer d'édition

Privés de chantiers mais pas de missions
Économie 7 4 min. 30.03.2020 Cet article est archivé

Privés de chantiers mais pas de missions

Gérard Thein: «C'est ma première crise. Il faut bien inventer une nouvelle manière de gérer».

Privés de chantiers mais pas de missions

Gérard Thein: «C'est ma première crise. Il faut bien inventer une nouvelle manière de gérer».
Photo: DR
Économie 7 4 min. 30.03.2020 Cet article est archivé

Privés de chantiers mais pas de missions

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Dernièrement, c'est pour la mise en place du centre de soins à Belval que l'entreprise Bonaria Frères a dû enfiler à nouveau le bleu de travail. Même si les chantiers sont à l'arrêt, l'entreprise se doit de rester en veille.

Ce n'est pas un virus qui mettra à mal Bonaria Frères. Gérard Thein s'y engage, lui qui représente la quatrième génération familiale aux commandes de la société eschoise spécialisée dans le BTP. «N'empêche, quand j'ai réuni toute l'équipe dans la cour pour leur annoncer l'arrêt total des chantiers et la mise en chômage partiel, ce n'était pas simple à avaler.» Face à lui, le chef d'entreprise se retrouvait avec 150 salariés inquiets tant pour leur santé immédiate que leur emploi de demain.

A chacun, le patron voulait délivrer le même message. Sur le congé familial, sur le chômage partiel, sur sa confiance dans la reprise. «Car ça redémarrera. Même très fort, genre action-réaction. Tout le monde voudra voir achever sa construction, débuter tel chantier qui a pris du retard, nous confier de nouveaux travaux. C'est aussi à ce moment-là que les donneurs d'ordre devront montrer un peu de solidarité et comprendre que tout ne pourra pas se faire en un claquement de doigts. Il faut valoriser encore plus le dur travail de nos ouvriers dans le secteur de la construction. » 

Et, oui, sans doute faudra-t-il repenser le congé collectif pour cet été 2020. «On doit trouver une solution ensemble avec nos ouvriers et les syndicats, prévient Gérard Thein. Après la tornade d'août 2019, personne n'a rien trouvé à redire quand on a demandé aux artisans de vite interrompre leurs vacances pour réparer les dégâts à Pétange et Bascharage. On nous a même applaudis pour l'avoir fait.» 

Mais l'arrêt n'aura guère duré pour une partie des employés et des cadres de Bonaria Frères. Assurant les réparations d'urgence pour une dizaine de communes du sud du pays, les Ponts & Chaussées, Sudgaz ou Creos, le téléphone a vite sonné pour des urgences express. «C'est clair qu'en ce moment quand tu aides à vite rétablir le courant dans un quartier ou à stopper une fuite d'eau, ça prend une autre dimension. Tu te sens plus utile encore en temps de crise.»

Aussi, quand la commune d'Esch, a appelé l'entrepreneur pour mobiliser des personnels à la mise en place du centre de soins avancé à la Rockhal de Belval, Gérard Thein n'a pas hésité une seconde. Sept ouvriers, deux camions et voilà l'entreprise agissant pour le bien du pays aux côtés de l'Armée, des employés communaux d'Esch et les techniciens de la salle de spectacles. Cas de force majeure.

Leçons à tirer

Comme chef d'entreprise, Gérard Thein reconnaît que ces derniers jours ne sont pas de tout repos. Vérifier les comptes, s'assurer que les paies partent bien et avec le bon montant, bien répondre aux appels d'offres qui tombent toujours, jongler avec les nouveaux reports de collecte de TVA ou charges sociales, peiner à joindre des fournisseurs, être rassuré par les appels des banques qui assurent qu'elles se montreront souples. «Le plus important pour les entreprises est ce message: chaque client doit payer ses factures et les entreprises doivent payer tous leurs fournisseurs pour garantir que l’économie luxembourgeoise ne risque pas de stopper», estime le responsable.

De cette crise, le directeur entend tirer des leçons. A commencer par le déploiement accéléré du télétravail pour certaines missions. La méthode fonctionne, pourquoi ne pas la reconduire sitôt débarrassé de la menace du covid-19? «Ce serait important pour diminuer le trafic routier au Luxembourg ou le stress des employés. Les heures perdues hors famille seraient réduites aussi, ce qui ne serait pas un mal non plus.» 

Et tandis que dans un coin de sa tête, il réfléchit à la réorganisation envisageable demain, l'entrepreneur laisse parler son cœur : «J’espère qu'après cette crise, les gens penseront d’une autre manière et que nous revaloriserons les travaux durs de l’artisanat, des soins et des hôpitaux».

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Le commerce en overdose de télétravail
Le recours au télétravail a permis de contenir l'épidémie de covid au Luxembourg. Mais l'éloignement persistant de milliers de salariés pénalise durement des commerçants et restaurateurs pour qui l'absence physique de clients devient un virus fatal.
Coup de froid pour les fours Hein
Spécialisée dans l'équipement des boulangeries et produisant essentiellement pour l'export, l'entreprise de Strassen a vu son carnet de commandes se vider brutalement. Pour son directeur, il faut déjà envisager la sortie de crise.
Wi , Strassen , fours Hein , ITV Pierre Thein , Foto: Guy Jallay/Luxemburger Wort
Le congé collectif comme prochain chantier
Bloqué depuis le 20 mars, le secteur du bâtiment commence à s'interroger sur l'opportunité d'un nouvel arrêt des chantiers cet été. Pour Roland Kuhn de la Fédération des entreprises de construction, la question devra être posée.
NEW YORK, NY - MARCH 26: Construction workers build a new tower on March 26, 2020 in New York City. Some construction workers building luxury condominiums are being forced to work in the city by their companies, while across the country schools, businesses and places of work have either been shut down or are restricting hours of operation as health officials try to slow the spread of COVID-19.   Eduardo Munoz Alvarez/Getty Images/AFP
== FOR NEWSPAPERS, INTERNET, TELCOS & TELEVISION USE ONLY ==
«Il faut faire le dos rond, ça va passer»
Le conseil sort de la bouche de Franck Fuss, dirigeant notamment de For-Sci-Tech au Luxembourg. Pour lui, le secteur de la construction a une chance de s'en tirer. Sa chance venant du nombre important de chantiers en cours, à finir et tous ceux à venir.
Comment sauver l'économie du pays... en trois points
Les ministres des Finances, de l'Economie et des Classes moyennes ont présenté, mercredi soir, leur plan pour aider les entreprises du pays à passer la crise. Soit 8,8 milliards d'euros répartis entre dépenses d'urgence, report de paiement et aides au crédit.
Luxlait veut voir le verre à moitié plein
Crise ou pas, la coopérative continue à collecter le lait dans 350 élevages, fabriquer ses 250 produits frais et en assurer la commercialisation. Mais chaque jour elle s'adapte à un marché plus restreint et totalement nouveau.