Priorité du gouvernement

FinTech: Rizzi a des idées pour le Luxembourg

Pour Matteo Rizzi , le managing partner du fonds SBT Venture Capital, il faut amener les trois piliers, innovateurs, venture capitalist et professionnels du secteur, à davantage communiquer. D'où ses FinTechStage.
Pour Matteo Rizzi , le managing partner du fonds SBT Venture Capital, il faut amener les trois piliers, innovateurs, venture capitalist et professionnels du secteur, à davantage communiquer. D'où ses FinTechStage.
Guy Jallay

Par Thierry Labro

«A la saint Valentin, votre fleuriste doit se préparer à vendre beaucoup plus de fleurs que d'habitude. Du coup, par exemple, il a besoin d'obtenir 20.000 euros pour commander et payer ces fleurs, somme qu'il remboursera dès le lendemain de la fête des amoureux. Seulement sa banque ne veut pas lui prêter cette somme de cette manière-là! La FinTech va pouvoir l'aider: c'est l'alternative landing, une des tendances les plus en vogue!»

Assis sur les coussins très colorés de la créative room de la Société générale, l'Italien Matteo Rizzi, managing partner d'un des douze plus gros fonds d'investissement, le SBT Venture Capital (100 millions de dollars), exclusivement destiné à la révolution bancaire et financière, explique à sa mère ce qu'est la FinTech. Et pour un Milanais, une mère, c'est sacré!

Des points communs 
entre Londres et Luxembourg

Considéré comme un des 40 meilleurs spécialistes de la FinTech par «Financial News», celui qui a créé un «Facebook italien» avant celui de Mark Zuckerberg voit «beaucoup de parallèles entre Luxembourg et Londres, notamment dans la concentration du secteur financier, dans la possibilité de fédérer toute la communauté. A Luxembourg, il est possible de voir dix acteurs dans la journée. Après, à Londres, il est possible de créer deux sociétés en quinze minutes alors que chez moi, en Italie, il m'a fallu attendre quatre semaines pour la première et encore autant pour la seconde alors que les mêmes informations figurent dans le dossier...»

Les trois piliers que sont les start-ups, le capital et le gouvernement doivent favoriser l'émergence de projets qui, pour lui, «relèvent à 95% d'innovations et pas de disruption», autrement dit d'adaptation à la technologie de ce que faisaient déjà les banquiers. «Les seules véritables disruptions du secteur sont plutôt dans le domaine du bitcoin et des monnaies alternatives».

Pour les autres, «il s'agit seulement de faire plus rapidement, mieux et pour moins cher ce qui se pratiquait déjà. Dans trois domaines principaux: la relation du client à la banque par son mobile, les royalties et le management des finances personnelles.»

«Nous avons l'obligation de nous saisir de ce challenge mais nous ne verrons pas la véritable révolution. Mon père a 70 ans et a tout juste compris que FaceTime lui permet de voir ses petits-
enfants. Nous, à son âge, nous 
serons plus enclins à accepter ce monde mais ce sont nos enfants qui auront grandi dans ce monde qui créeront cette disruption quand ils auront trente ans!»

Alors, depuis une douzaine d'années, cet évangéliste de la FinTech a pris son bâton de pèlerin pour amener les uns à parler 
aux autres. «C'est un dragon à trois têtes, un seul corps mais trois têtes à nourrir, les innovateurs, les banquiers et les investisseurs!» Depuis décembre, il a mis en route des «FinTechStage», qui passeront par Milan fin mars puis par Barcelone en mai avant, peut-être de revenir au Luxembourg. L'idée est d'identifier des acteurs dans chacun des trois piliers qui devraient se rencontrer pour faire avancer leurs idées.

A quand le paiement de sa pizza par Facebook?

A ce qu'il appelle le «Graal du Big Data», qui permettrait par exemple de se passer de gestionnaires humains des fonds d'investissement au profit d'algorithmes qui calculeraient les risques, il préfère prédire un avenir doré à celui qui révolutionnera le secteur de l'assurance. «Il n'aura que deux problèmes à résoudre: le prix et la gestion du risque», explique-t-il. Avec l'émergence des objets connectés, un assureur ne tardera plus à 
savoir comment chaque conducteur se comporte au volant...

Il garde aussi au coin de l'oeil l'évolution des géants du Net, ces Google et Facebook «qui accumulent déjà dix ans de données sur chacun d'entre nous. Il n'y a personne de mieux placé qu'eux pour nous connaître. Imaginez qu'on puisse payer sa pizza à partir de son compte Facebook sur toute la planète... Ça arrivera parce que les banquiers ne sont pas fair-play. Il n'y aurait pas un milliard d'exclus sinon, des frais ou des impossibilités techniques!»