Changer d'édition

«Pour une place financière suisse forte et compétitive»
Économie 5 min. 29.04.2015 Cet article est archivé
Urs Hammer, ambassadeur de Suisse au Luxembourg:

«Pour une place financière suisse forte et compétitive»

Urs Hammer, ambassadeur de Suisse au Luxembourg, qui s'exprimait à l'occasion d'une conférence du «Luxembourg Institute for Global Financial Integrity». (Photo: Guy Jallay)
Urs Hammer, ambassadeur de Suisse au Luxembourg:

«Pour une place financière suisse forte et compétitive»

Urs Hammer, ambassadeur de Suisse au Luxembourg, qui s'exprimait à l'occasion d'une conférence du «Luxembourg Institute for Global Financial Integrity». (Photo: Guy Jallay)
Guy Jallay
Économie 5 min. 29.04.2015 Cet article est archivé
Urs Hammer, ambassadeur de Suisse au Luxembourg:

«Pour une place financière suisse forte et compétitive»

Transparence fiscale, procédures judiciaires, amendes en milliards, fuites de données: la place financière suisse a dû faire face à de nombreux défis ces dernières années. Alors que certains annonçaient une hécatombe, les statistiques révèlent au contraire une certaine stabilité, voire une belle progression dans certains cas. ¶

Transparence fiscale, procédures judiciaires, amendes en milliards, fuites de données: la place financière suisse a dû faire face à de nombreux défis ces dernières années. Alors que certains annonçaient une hécatombe, les statistiques révèlent au contraire une certaine stabilité, voire une belle progression dans certains cas. Ainsi, le résultat consolidé des banques en Suisse a encore progressé de 3,1 % en 2013 pour s'établir à 60,8 milliards de francs suisses, a rappelé Urs Hammer, ambassadeur de Suisse au Luxembourg, qui s'exprimait à l'occasion d'une conférence du «Luxembourg Institute for Global Financial Integrity» sur le thème: «Les défis du secteur financier suisse: différence entre perception et réalité».

Autre chiffre positif: le montant des actifs gérés par les banques helvètes s'élève à 6.136 milliards de francs suisses (5.900 milliards d'euros), contre 5.089 milliards de francs en 2012. Certes, cette somme reste éloignée des 7.073 milliards atteints en 2007, juste avant que n'éclate la crise financière, mais elle demeure supérieure aux 4.015 milliards enregistrés en 2002. Avec 10,2 %, la place financière apporte une contribution essentielle au PIB. En comparaison internationale, cette contribution est légèrement plus élevée que dans d'autres places financières, mais nettement plus basse qu'au Luxembourg (26,9 %). Sur le plan de l'emploi, 210.000 personnes travaillent dans le secteur financier suisse, soit 6 % du total des emplois du pays. Fin 2013, le pays comptait 283 établissements bancaires, dont plus de 40 % étaient des banques étrangères. Autant de chiffres qui témoignent de l'attractivité toujours importante de la place financière suisse.

Douze banques suisses
 au Luxembourg

Les banques helvètes sont aussi «de plus en plus nombreuses à choisir le Luxembourg comme hub européen», a souligné Urs Hammer. Douze banques suisses, employant près de 2.000 personnes, sont actuellement présentes sur la place financière luxembourgeoise. Dans le secteur du private banking, elles s'arrogent aujourd'hui près de 15 % de part de marché, 14 % dans les fonds d'investissement. Pour la Suisse, «le Luxembourg joue un rôle majeur dans l'industrie des fonds, en particulier en raison du nombre élevé de promoteurs suisses établis au Luxembourg. A peu près un tiers des fonds d'investissement domiciliés au Grand-Duché sont autorisés à la distribution sur le marché suisse».

La Suisse prend le chemin 
de la conformité

L'ambassadeur a ensuite passé en revue les nombreux efforts entrepris par la Suisse sur le chemin de la «conformité». Les autorités suisses et l'UE ont ainsi paraphé le 19 mars 2015 à Bruxelles un accord visant à introduire la norme internationale d'échange automatique de renseignements en matière fiscale. «La Suisse entend ainsi collecter des données bancaires dès 2017 et les échanger à partir de 2018, une fois les bases légales nécessaires mises en place», a rappelé Urs Hammer.

Le 14 octobre 2014, la Suisse et l'Union européenne ont signé une déclaration commune sur la fiscalité des entreprises, ce qui met un terme à près de dix années de controverse.

Par ailleurs, la Suisse s'est activement employée à mettre à jour son réseau d'accords d'échange de renseignements. Ainsi, la Suisse a signé pas moins de 50 conventions en conformité avec le nouveau standard de l'OCDE contre les doubles impositions au cours des cinq dernières années.

L'accord Fatca avec les Etats-Unis est entré en vigueur le 2 juin 2014, mais les autorités locales négocient actuellement le passage d'un accord de modèle 2 vers un accord de modèle 1. Un tel accord permettra aux autorités d'échanger des renseignements de manière automatique sur une base réciproque.

Enfin, le 12 décembre 2014, les Chambres fédérales ont adopté un projet de loi sur les recommandations révisées du GAFI en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, ce qui permet d'assurer la transparence des actions au porteur. Les mesures adoptées entreront graduellement en vigueur à partir du 1er juillet prochain.

Toutes ces réformes ont permis à la Suisse d'accéder à la deuxième phase de l'examen par les pairs du Forum mondial sur la transparence et l'échange de renseignements, a rappelé l'ambassadeur. «Dans cette période de transition difficile, nous nous engageons pour une place financière forte et compétitive et conforme aux normes internationales», a-t-il ajouté.

Alors que le scénario d'un «Brexit» refait surface, l'ambassadeur est interrogé sur la question de l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne. Selon lui, la «voie bilatérale» sur laquelle la Suisse s'est engagée, bénéficie d'une large acceptation parmi la population. Il n'y aurait à l'heure actuelle pas de majorité sur le sujet, seuls 10 à 20 % des Suisses seraient favorables à une adhésion, selon des sondages.


Sur le même sujet

Officiellement, le Luxembourg souhaite ardemment que le Royaume-Uni reste dans l'UE. Mais en coulisses, l'importante place financière de ce pays fondateur de l'Union est bien décidée à ne pas laisser passer les opportunités d'un éventuel "Brexit".
Brexit:  le Luxembourg pourrait y gagner, anticipent certains analystes à mi-voix.
Le nouveau classement mondial des centres financiers (Global financial centres index) vient d'être publié. Et les nouvelles ne sont pas excellentes pour la place financière luxembourgeoise, qui perd cinq places en un an et s'enfonce au 17e rang de ce classement mondial.
Le Grand-Duché recule au 17e rang des places financières mondiales. (Photo: Gerry Huberty)
Grandes manœuvres chez Precision Capital
La banque de la route d'Esch reprend les activités helvétiques de sa «demi-soeur» du boulevard Royal. De son côté, KBL annonce acquérir le portefeuille d'actifs belges de la BIL. Les synergies se dessinent au sein du groupe qatari.
Les activités belges et suisses des deux banques, propriété des Qataris, sont échangées.
Le consommateur victime de l'augmentation du franc suisse
Le consommateur luxembourgeois lambda ne devrait pas trop souffrir de la hausse brutale du franc suisse contre l'euro, car les échanges de marchandises sont traditionnellement modestes entre les deux pays. Pour certains spéculateurs en revanche, ce fut un jeudi noir. 
Des gens faisaient la queue hier devant un bureau de change à Genève.
Entretien avec Yves Maas, président de l'ABBL
Une étape décisive a été franchie la semaine passée par l'Union européenne. Avec la nouvelle directive sur la coopération administrative, l'UE – et donc le Luxembourg – va intégrer la norme de l'OCDE sur l'échange automatique d'informations en matière fiscale. Elle va aussi accélérer la fin du secret bancaire. Yves Maas, président de l'ABBL, salue ces décisions comme globalement positives pour la Place.
Le président de l'ABBL, Yves Maas, salue le choix de l'Union européenne d'adopter un standard unique en matière d'échange automatique d'informations.