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Pour Huawei, le monde ne suffit pas

Pour Huawei, le monde ne suffit pas

Pour Huawei, le monde ne suffit pas

Pour Huawei, le monde ne suffit pas


par Mara BILO/ 03.05.2019

Position dominante sur le marché: le siège du groupe de télécommunications est situé à Shenzhen, dans le sud de la Chine. Photo: Huawei

Voyage dans le sud de la Chine, où le groupe de télécommunications, déterminé à devenir le numéro un mondial, s'est payé le luxe de reproduire certains emblèmes européens. Dont une partie du centre de Luxembourg-Ville.

À Shenzhen, dans le sud de la Chine, le monde de demain se prépare déjà. L'intelligence artificielle est employée pour organiser les infrastructures publiques, la majorité du transport public est électrique et la construction du réseau mobile de la cinquième génération 5G bat son plein.

Il y a 40 ans à peine, Shenzhen n'était encore qu'un petit village de pêcheurs. Aujourd'hui, c'est une métropole de plusieurs millions d'habitants et le siège de la société de télécommunications chinoise Huawei, à qui elle doit son brillant essor. De fait, aucune autre entreprise au monde n'est capable de construire les réseaux 5G plus rapidement.

A Shenzhen, les transports publics sont en grande partie électriques.
Photo: Mara Bilo

Et c'est exactement la raison pour laquelle Huawei fait la une des journaux depuis des mois: les États-Unis, et dans une moindre mesure aussi les pays européens, accusent l'entreprise chinoise de vouloir les espionner au moyen de «Backdoors» - des portes dérobées implantées dans les réseaux - ou même de «Kill switch» - une fonctionnalité, qui permettrait de désactiver ces réseaux. Pour l'instant, il n'existe aucun élément inculpant le géant chinois.

Le rythme de développement de l'entreprise est fulgurant, les chiffres de croissance sont énormes.

Le développement de Huawei montre la détermination de ses dirigeants. L'entreprise chinoise, fondée en 1987 par Ren Zhengfei avec un capital de départ de quelques milliers d'euros, est devenue l'un des plus importants fournisseurs mondiaux de télécommunications. Elle vend des technologies de communication à des opérateurs de télécommunications tels que Deutsche Telekom. Depuis, le groupe s'est également lancé dans le commerce de détail. Avec succès: Huawei domine le marché des smartphones. Après Samsung, la société est le deuxième fabricant mondial de smartphones, devant Apple. Et l'objectif est clair: «nous voulons être le leader du marché.»


(FILES) In this file photo taken on March 06, 2019 a staff member of Huawei uses her mobile phone at the Huawei Digital Transformation Showcase in Shenzhen, China's Guangdong province. - China's Huawei's net profit grew 25 percent last year, the telecom giant said on March 29, 2019, as it vowed to "shake off outside distractions" amid a global US campaign to blacklist the company over espionage fears. (Photo by WANG ZHAO / AFP)
Huawei steigert Gewinn und Umsatz deutlich
Mehr als die Hälfte seines Geschäfts macht Chinas Telekom-Riese außerhalb des Landes - Unternehmen will Widerstand gegen 5G-Beteiligung abschütteln.

Le rythme de développement de l'entreprise est fulgurant, les chiffres de croissance sont énormes: l'année dernière, le chiffre d'affaires de la firme a augmenté de 19,5 % pour atteindre l'équivalent d'environ 95 milliards d'euros. La hausse du chiffre d'affaires est principalement due au commerce de détail, qui a augmenté de 45,1 % par rapport à l'année précédente. En 2018, Huawei a vendu 200 millions de smartphones dans le monde, contre 153 millions en 2017.

Priorité à l'innovation

Un monde connecté: dans les halls d'exposition de l'entreprise chinoise, Huawei utilise l'exemple de Shenzhen pour montrer à quoi ressemble la ville "intelligente" de demain.
Photo: Mara Bilo

L'ambition de l'entreprise devient visible à Shenzhen, où la recherche et le développement sont de mise. Les chiffres en témoignent déjà: l'année dernière, Huawei a investi 14,1 % de son chiffre d'affaires, soit l'équivalent d'environ 13,4 milliards d'euros, dans la recherche et le développement. La société emploie au total 188.000 personnes dans le monde, dont 80.000 dans ce seul secteur.

L'innovation et l'application sont massivement encouragées. Les murs des halls d'usine et des laboratoires sont couverts de photos d'employés - cités en exemple pour le «taux d'erreur le plus faible» ou une idée particulièrement novatrice. Et les conditions de travail sont relativement difficiles; les journées de travail peuvent durer jusqu'à 16 heures dans certains cas. «La culture de travail est basée sur le principe de la performance individuelle», explique un porte-parole de l'entreprise. «Chez Huawei, il est d'usage de ne travailler que 15 à 20 ans mais avec un rythme plus soutenu qu'en Europe, avant de prendre sa retraite». Cela se voit à l'âge moyen des employés de Huawei: 31 ans.

Huawei ne perd pas de vue son objectif: acquérir l'ensemble des marchés mondiaux.

De nombreux employés perçoivent aussi un bon salaire et gagnent «plus qu'un ingénieur en Europe de l'Ouest», précise l'entreprise chinoise. Mais cet argent sert en premier lieu à financer leurs retraites et payer les frais liés aux soins de santé. Actuellement, les systèmes de retraite et de sécurité sociale chinois n'offrent en effet pas d'avantages comparables aux systèmes européens.

Par ailleurs, de nombreux employés détiennent des micro-parts de l'entreprise. Ainsi, le PDG et fondateur de Huawei, Ren Zhengfei, possède moins de deux pour cent de sa propre société.


ARCHIV - 26.04.2018, Mecklenburg-Vorpommern, Born: Ein Mast mit verschiedenen Antennen von Mobilfunkanbietern. (zu dpa «Mobilfunkstandard 5G zwischen Visionen und Machbarkeit") Foto: Jens Büttner/ZB/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
5G: Das schnelle Internet steht in Luxemburg in den Startlöchern
Seit Monaten wird über das superschnelle Mobilfunknetz der fünften Generation 5G diskutiert – in Luxemburg wird die öffentliche Konsultation für die Vergabe der Frequenzen Ende März oder Anfang April gestartet.

Mais même dans le monde de demain, tout le monde ne semble pas vouloir accepter de telles conditions de travail. Huawei, ainsi que d'autres entreprises de technologie chinoises, font actuellement l'objet de critiques; au cours des dernières semaines, de nombreux activistes ont appelé à une manifestation nationale contre les heures supplémentaires. L'action de protestation est connue sous le nom «996.ICU» - pour douze heures de travail, six jours par semaine.

Huawei mise sur la confiance

Priorité à la confiance: des pirates informatiques sont employés dans le laboratoire de sécurité (Cyber Security Lab) de l'entreprise technologique chinoise pour tester la sécurité des produits.
Photo: Mara Bilo

Malgré tout, Huawei se montre sous son plus beau jour aux visiteurs de Shenzhen, dans le sud de la Chine. L'entreprise poursuit une campagne publicitaire offensive - notamment en invitant de plus en plus souvent des journalistes du monde entier à son siège. Une étape incontournable: le laboratoire de sécurité situé à Dongguan. Exploité par Huawei, la société le qualifie d'«indépendant».

Le fondateur de l'entreprise, Ren Zhengfei, peut se féliciter d'une bonne année 2018.
Le fondateur de l'entreprise, Ren Zhengfei, peut se féliciter d'une bonne année 2018.
Photo: AFP

Le fournisseur de télécommunications veut ainsi gagner la confiance de ses partenaires européens, ce qui est crucial dans le cadre du déploiement prochain des réseaux 5G en Europe. Ken Hu, vice-président du conseil d'administration, l'avait de nouveau souligné lors du «Global Analyst Summit» organisé en avril: «la confiance, c'est sacré». Le fondateur Ren Zhengfei avait quant à lui déclaré qu'il préférerait fermer l'entreprise plutôt que de transmettre des informations aux autorités chinoises.


Neue Welt: Die 5G-Technologie soll neben dem privaten Vergnügen vor allem die industrielle Nutzung revolutieren.
Huawei im Aufwind
Das chinesische Telekommunikationsunternehmen bestätigt weltweit 40 Verträge für den Aufbau der 5G-Netze.

A ce jour, 23 contrats 5G ont déjà été signés avec des opérateurs de télécommunications en Europe, dont l'Italie, le Royaume-Uni et la Suisse. Mais si certains pays européens décident prochainement de bannir Huawei de la course à la 5G pour des raisons de sécurité, l'entreprise pourrait subir des pertes de plusieurs milliards d'euros.

C'est pourquoi, en matière de sécurité, une importance toute particulière est accordée aux nombreux certificats délivrés par des tiers et qui ont une validité internationale. Le message est clair: les accusations des partenaires américains et européens sont sans fondements. Huawei se montre même scandalisé: «nous employons des pirates informatiques pour tester nos propres produits», explique le directeur du laboratoire de sécurité Martin Wang. D'après un employé s'exprimant de manière anonyme, la seule façon de rétablir la confiance serait alors d'élaborer des normes mondiales uniformisées en matière de cybersécurité qui ne feraient pas de distinction entre les entreprises chinoises, américaines et européennes. «Et je peux vous assurer que les fournisseurs de télécommunications américains et européens ne peuvent pas respecter de telles normes de sécurité!»


(FILES) In this file photo taken on February 27, 2019 a man uses his phone next to a 5G sign at the Qualcomm stand at the Mobile World Congress (MWC) in Barcelona. - Germany launches the auction on March 19, 2019 for the construction of an ultra-fast 5G mobile network while a transatlantic dispute rages about security concerns surrounding Chinese equipment maker Huawei. (Photo by Pau Barrena / AFP)
EU präsentiert Sicherheitsempfehlungen für neuen 5G-Mobilfunkstandard
Die EU-Kommission pocht wegen möglicher Gefahren durch chinesische Technologie beim Aufbau des superschnellen Mobilfunkstandards der fünften Generation 5G auf ein europaweit abgestimmtes Vorgehen.

La Commission européenne semble cependant avoir un point de vue différent: fin mars, des recommandations de sécurité sur l'utilisation de la technologie 5G avaient été présentées à Bruxelles. Au cours des prochains mois, le Luxembourg et les autres États membres de l'UE devront réviser leurs exigences en matière de sécurité pour les fournisseurs de réseaux, ce qui permettra d'établir des normes et des tests de sécurité applicables à toute l'Europe.

La vieille ville de Luxembourg en Chine

Presque comme en Europe: Huawei a fait reconstruire des monuments européens à Dongguan au nord de Shenzhen - ici le château de Heidelberg.
Photo: Huawei

Malgré cela, Huawei ne perd pas de vue son objectif: acquérir l'ensemble des marchés mondiaux. Le campus d'entreprise «Little Europe» à Dongguan, au nord de Shenzhen, le montre d'une manière presque ostentatoire.

Un train suisse parcourt un réseau de près de huit kilomètres de long.
Photo: Mara Bilo

Soudain, on est à Vérone. À Grenade. Et à Paris. À Dongguan, le fondateur de Huawei a fait reconstruire une partie de l'architecture européenne: des colonnes romaines d'Italie au château classique de Heidelberg - son propre Disneyland. Un train suisse parcourant un réseau de près de huit kilomètres de long relie plusieurs villes européennes: en plus de Vérone, Grenade et Paris, on retrouve Bruges, Oxford, Heidelberg - et Luxembourg-ville. Les ruelles étroites entourées de falaises naturelles et de murs de pierre représentent le Grand-Duché dans le sud de la Chine. «C'est comme un conte de fées», dit l'entreprise.

Ce campus de Huawei montre comment l'entreprise chinoise réussit à combiner le meilleur des deux mondes. Au-delà de l'architecture européenne, le campus s'inspire du modèle des «corporate campus» américains, où des espaces de loisirs, des restaurants et des cafés sont construits dans le but de promouvoir l'interaction et la coopération entre les employés. Le campus, situé à une quarantaine de kilomètres de Shenzhen, a été ouvert en début d'année; ce gigantesque projet a coûté la modique somme de 1,3 milliard d'euros. La superficie totale du campus est de 1,4 million de mètres carrés; 108 bâtiments sont sortis de terre pour accueillir 25.000 employés.

En se promenant dans les rues de Vérone, Grenade et Paris, on se croirait en Europe - si l'humidité de l'air ne dépassait pas les 90 % et s'il ne régnait pas un silence de mort dans les rues. La plupart des bâtiments du campus «Little Europe» s'inspirent de bâtisses de l'époque des Lumières et de la Renaissance - le message que l'entreprise souhaite véhiculer est, comme l'explique un porte-parole de l'entreprise: «nous voulons traduire à notre manière cette période de bouleversements et concentrer tous nos efforts sur l'innovation.»