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Polémique «verte» autour d'un Nobel d'économie
Économie 3 min. 08.07.2020

Polémique «verte» autour d'un Nobel d'économie

L'économiste américano-autrichien Gernot Wagner juge les travaux de William Nordhaus d'un autre temps.

Polémique «verte» autour d'un Nobel d'économie

L'économiste américano-autrichien Gernot Wagner juge les travaux de William Nordhaus d'un autre temps.
Photo: Shutterstock
Économie 3 min. 08.07.2020

Polémique «verte» autour d'un Nobel d'économie

Si William Nordhaus a été distingué pour avoir mis en évidence l'impact du changement climatique sur l'activité économique, deux ans plus tard, voici ses travaux remis en cause. Ces derniers desserviraient la cause environnementale, selon économistes et climatologues.

Le voilà passé de la lumière au feu des critiques. Lauréat en 2018 du prix Nobel d'économie, William Nordhaus avait été distingué pour avoir «intégré le changement climatique dans l'analyse macroéconomique de long terme.» Mais deux ans plus tard, nombre de discours continuent à opposer progrès économique et protection de l'environnement.  

Pour l'économiste américano-autrichien Gernot Wagner, «s'il avait remporté le prix Nobel il y a vingt ans, cela aurait aidé la politique climatique». Mais sa distinction en 2018 serait pour lui «un recul, à bien des égards». 


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Même son de cloche du côté de Joseph Stiglitz. L'économiste, lui-même prix Nobel d'économie en 2001, considère le modèle de William Nordhaus - DICE, ou Dynamic Integrated model of Climate and the Economy - «tellement défectueux qu'il ne devrait pas être pris au sérieux». Jugeant même le message transmis «imprudent», il alerte : «c'est dangereux, nous n'avons pas d'autre planète où aller si nous nous trompons». 

Il y a près d'un demi-siècle, l'économiste américain fut l'un des premiers à comprendre l'impact de la dégradation de l'environnement sur l'économie. Mais lorsqu'il reçoit le Nobel il y a deux ans, ses modèles ne sont plus en phase avec le rythme galopant du réchauffement ni avec les nouvelles approches dans le domaine de l'économie, selon les experts.  

Un résultat «désastreux pour l'humanité»  

En effet, ses travaux les plus récents concluent que la limitation du réchauffement climatique sous 3°C coûterait plus cher en termes de croissance économique qu'elle ne rapporterait en dommages évités. Son raisonnement est le suivant: si l'économie mondiale croît, les sociétés s'enrichissent et peuvent se doter des technologies pour faire face au changement climatique. 


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William Nordhaus a toutefois refusé de «répondre individuellement» aux questions détaillant ces critiques. «Nous n'avons, en dehors de l'Union européenne, pris aucune mesure, même minime, pour ralentir le changement climatique au cours de ce siècle», a-t-il déclaré. «Nous avons besoin de mécanismes nationaux (tels que des taxes sur le carbone et un soutien aux technologies) et d'une coopération internationale (telle qu'un pacte sur le carbone). C'est vers cela que se dirigent mes efforts aujourd'hui». 

Des arguments pour les sceptiques du climat

Au-delà de la querelle académique, les travaux du prix Nobel ont une forte influence sur les décideurs politiques, notamment son calcul du «coût social du carbone», qui quantifie les dommages du changement climatique. Selon de nombreux scientifiques, ce calcul sous-estime grandement les coûts. Sans compter que l'idée d'une hausse de température «acceptable» de 3 degrés va à l'encontre d'un consensus politique international péniblement établi. 


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Le traité de Paris sur le climat de 2015 prévoit en effet de maintenir la hausse des températures «bien en dessous» de 2°C par rapport aux niveaux de l'ère préindustrielle, tandis que le groupe d'experts des Nations unies sur le climat (Giec) a conclu, dans un rapport dévoilé le jour où William Nordhaus a reçu son prix Nobel, que 1,5°C serait un garde-fou beaucoup plus sûr. 

Pour Johan Rockström, ses idées fournissent désormais des arguments «aux sceptiques du climat». Il assure avoir entendu le raisonnement du prix Nobel repris par des «dirigeants de Shell, BP, ExxonMobil, de l'industrie automobile et des compagnies d'énergie». 

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