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Parfum de scandale financier sur la Place
Économie 3 min. 22.09.2020

Parfum de scandale financier sur la Place

85 institutions bancaires luxembourgeoises sont impliquées dans une analyse portant sur des déclarations tardives de rapports d'activités suspectes

Parfum de scandale financier sur la Place

85 institutions bancaires luxembourgeoises sont impliquées dans une analyse portant sur des déclarations tardives de rapports d'activités suspectes
Photo: Guy Wolff/archives
Économie 3 min. 22.09.2020

Parfum de scandale financier sur la Place

85 institutions bancaires luxembourgeoises sont soupçonnées de laxisme dans la déclaration de transactions suspectes pour un montant total de plusieurs milliards d'euros. Une information révélée par le Consortium international des journalistes d'investigation.

(JFC, avec Thomas Klein) - Voilà une nouvelle révélation susceptible de faire trembler certains dirigeants de banques au Luxembourg. Après LuxLeaks et les Panama Papers, le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) vient en effet de jeter un nouveau pavé dans la mare de la finance internationale. Cette fois, le scandale se rapporte à des déclarations tardives de rapports d'activités suspectes. Il impliquerait 85 banques luxembourgeoises.

Les institutions financières sont en effet tenues de signaler ces activités dites suspectes endéans les 30 jours au «Financial Crimes Enforcement Network» (FinCEN), qui fait partie du département du Trésor américain. Suite à une fuite de données, le collectif de recherche a eu accès à plus de 2.100 rapports de soupçons de blanchiment d'argent, que les banques ont soumis au FinCEN entre 2000 et 2017. 110 médias de 88 pays ont fouillé ces documents.


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Leur analyse a révélé que la majorité des banques adoptent un comportement beaucoup trop laxiste à l'égard des règlements. L'étude souligne en outre que les activités suspectes n'ont été signalées qu'après... 166 jours en moyenne. Le record en la matière appartient à la banque américaine BNY Mellon, qui n'a signalé un cas suspect qu'après plus de... 18 ans! Selon l'ICIJ, au cours de la période faisant l'objet de l'enquête - de 1999 à 2017 -, les banques ont effectué des transactions d'une valeur de plus de 2.000 milliards de dollars (environ 1.690 milliards d'euros) entachées de soupçons d'activités suspectes.

Sur l'ensemble des cas étudiés par l'ICIJ, 85 transactions impliquent des banques luxembourgeoises. Dans le cadre de ces opérations, celles-ci ont reçu un total de 765.636.755 dollars (652 millions d'euros) et ont transféré 640.108.879 dollars (545 millions d'euros). La KBL European Private Bankers (aujourd'hui renommée Quintet) se retrouve en haut de la liste, après avoir reçu un total de 554.871.814 dollars (472 millions d'euros) en trois transactions.


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Toutefois, le fait que ces transactions apparaissent dans les recherches de l'ICIJ n'implique pas nécessairement une activité illégale. Il ne s'agit que de rapports d'activités suspectes que les banques elles-mêmes ont soumis. «Ce n'est pas comparable à l'affaire des Panama Papers, car le fait que les activités suspectes soient signalées montre avant tout que les banques font leur travail», déclare un directeur de banque à Luxembourg qui souhaite conserver l'anonymat.

Rappelons qu'au Luxembourg, les banques sont aussi tenues de déclarer les transactions suspectes à la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) et à la «Cellule de renseignement financier» (CRF) du ministère public. Selon le rapport annuel de la CRF, le nombre de déclarations de transactions suspectes est d'ailleurs passé de moins de 5.000 en 2010 à plus de 50.000 l'année dernière.


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Les six juges et 14 analystes financiers en charge de ce contrôle sont depuis longtemps arrivés à la saturation. Mais selon le ministère des Finances, la réglementation grand-ducale s'avère conforme aux exigences européennes, tandis que les nouvelles versions des directives sur la lutte contre le blanchiment d'argent ont déjà créé les conditions d'une action plus sévère.

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