Changer d'édition

«Nous briguons un deuxième siège à la CSL»
Patrick Michelet et Gabriel Di Letizia mettent en avant le travail syndical de terrain.

«Nous briguons un deuxième siège à la CSL»

Photo: Anouk Antony
Patrick Michelet et Gabriel Di Letizia mettent en avant le travail syndical de terrain.
Économie 6 min. 11.03.2019

«Nous briguons un deuxième siège à la CSL»

Le LCGB-SESF, syndicat des employés du secteur financier, affiche ses ambitions avant les élections sociales.

Interview: Aude Forestier et Nadia Di Pillo

Pour le LCGB-SESF (Syndicat des employés du secteur financier), les élections sociales se présentent bien puisqu'il dépasse la barre des 500 candidats dans le secteur des banques et assurances. Gabriel Di Letizia, président du LCGB-SESF, et Patrick Michelet, secrétaire syndical, affichent leur confiance pour les résultats du scrutin de demain à la Chambre des salariés (CSL).

  • Gabriel Di Letizia, quels sont vos objectifs pour les élections sociales qui se déroulent demain?

G.D.: Notre objectif est de gagner un deuxième siège à la Chambre des salariés. Nous l'avons manqué de peu lors des élections sociales de 2013. Cette année, nous sommes confiants en notre capacité à atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.

  • Qu'est-ce qui vous rend tellement confiants?

G.D.: Nous n'avons jamais eu autant de candidats au niveau du groupe 4 de la Chambre des salariés. Nous avons même largement dépassé nos attentes, puisque nous avons dépassé la barre des 500 candidats dans le secteur des banques et assurances. 518 candidats sont inscrits sur les listes du LCGB dans ce secteur; cela représente une augmentation de 35 %.

  • Et dans combien d'entreprises, de banques êtes-vous présents?

P.M.: Nous serons présents dans 61 entreprises. Nous comptons 318 candidats au niveau des banques. Nous avons également fortement progressé au niveau des assurances, où nous allons présenter 57 candidats. Et pour la première fois, nous aurons une liste au sein du groupe Foyer. En outre, 63 candidats se présentent dans le secteur des PSF (professionnels du secteur financier).

Nous n'avons jamais eu autant de candidats dans le groupe 4

  • Comment expliquez-vous cette forte progression?

P.M.: Cette progression s'explique essentiellement par le travail accompli sur le terrain. Il s'agit d'un travail de longue haleine qui a été amorcé depuis quelques années et qui porte ses fruits de façon progressive. Cette expérience sur le terrain nous a aussi permis de gagner de nouveaux membres.

G.D.: Nous avons aussi progressé au niveau des services que nous offrons à nos membres. Aujourd'hui, ces services ne se limitent pas uniquement à de l'assistance juridique; on peut aussi venir chez nous pour sa déclaration de revenus, la recherche d'un nouvel emploi, la rédaction d'un CV ou encore l'assistance juridique pour des problèmes de la vie privée. Aujourd'hui, pour attirer de nouveaux membres et notamment les jeunes salariés, il est nécessaire de proposer une panoplie de services personnalisés en fonction de leurs besoins et de leurs intérêts.

  • Quelle est la force du LCGB-SESF dans le paysage syndical? Pourquoi un salarié du secteur financier devrait-il voter pour vous?

G.D.: En tant que LCGB-SESF, nous bénéficions d'une certaine indépendance. Nous avons notre propre structure, notre propre comité et nous élaborons notre propre catalogue de revendications. Ce sont nos délégués qui décident s'ils veulent signer ou pas une convention collective. La compétence et l'expérience sur le terrain constituent notre principale force dans le secteur financier. A cette présence sectorielle s'ajoute notre représentativité au niveau national. C'est important, car les problèmes de nos membres ne se limitent pas au niveau du secteur.

P.M.: Chez nous, rien ne se décide seul, tout le monde a son mot à dire et nous avons des comités en place pour cela. Quand on négocie des conventions collectives, on les négocie avec l'avis de tous les délégués. On fait participer tout le monde! Le travail en équipe est très important et c'est aussi une des raisons pour lesquelles nous avons ce résultat au niveau des candidats.

En 2013, le LCBG a eu un siège sur les huit dans le groupe 4 (services et intermédiation financiers) de la CSL.
En 2013, le LCBG a eu un siège sur les huit dans le groupe 4 (services et intermédiation financiers) de la CSL.
Photo: Guy Jallay
  • Sur quelles thématiques avez-vous travaillé ces cinq dernières années?

G.D.: Une thématique très importante pour nous est l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Les outils connectés contribuent à faire travailler les salariés hors de l'entreprise. Pour cela, il est important de mettre en place un droit à la déconnexion. Pour nous, il est essentiel d'assurer le respect du temps de travail, du temps de repos et de congé. Un autre sujet qui nous préoccupe aussi est celui du télétravail. Etant donné que le Luxembourg compte un nombre élevé de salariés frontaliers, il va falloir apporter une réponse adéquate au problème de la fiscalité applicable dans le cadre du télétravail.

  • En ce qui concerne le droit à la déconnexion, est-ce que le Luxembourg doit créer son propre modèle ou adopter celui des voisins français ou allemands?

G.D.: Comme de coutume, on va certainement aussi s'inspirer des modèles qui existent dans les pays voisins. Il ne faut pas oublier que les maisons-mères des banques au Luxembourg se trouvent souvent à l'étranger. Ainsi, par exemple, BNP Paribas a déjà mis en place un droit à la déconnexion dans le cadre d'un accord européen.

  • Est-ce que vous adhérez à cette idée de convention collective pour les cadres du secteur financier?

G.D.: Il faudrait d'abord commencer par définir ce qu'est précisément un cadre. C'est l'une des discussions que nous avons au niveau de la convention collective de travail. Il faudrait que les syndicats et les fédérations patronales se mettent d'accord sur une définition commune avant de réfléchir à la possibilité d'une convention collective pour les hors-convention.

  • Quel peut être l'avenir de la place financière en sachant qu’il y a eu autant de plans sociaux en 2018?

P.M.: Nous avons en effet eu huit plans sociaux en 2018, dont un chez Clearstream en fin de l'année dernière. Il s'agit soit d'outsourcing, soit de redéploiements, soit de décisions qui sont prises dans d'autres pays. L'enjeu est toujours le même: comment aider les salariés à retrouver un emploi? Cela passe avant tout par la formation. Celle-ci est reprise dans la convention collective sectorielle. Beaucoup de banques ont perdu un certain nombre d'emplois il y a deux ou trois ans et sont en train de récupérer notamment par rapport au Brexit. Mais les métiers changent. Ce ne sont pas les mêmes personnes qui vont retrouver ces emplois-là. D'où la nécessité de renforcer la formation des professionnels du secteur.

  • Ces formations sont-elles vraiment efficaces sur le terrain?

G.D.: Dans le cadre de la convention des banques 2018-2020, on va aller de six à quatre groupes. Si les salariés souhaitent changer de groupe ou négocier une augmentation salariale, ils devront passer par l'acquisition de compétences. Ce qui est important, c'est qu'on leur propose de vrais parcours de formation. Cela va se jouer maintenant. La nouvelle convention collective sera mise en pratique dans le courant de l'année 2020. Le volet de la formation aura donc pour nous une importance capitale. Nous allons veiller à ce que les banques respectent leurs obligations.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Aleba et OGBL: le duel que tout oppose
L'OGBL veut devenir le syndicat numéro 1 dans le secteur financier tandis que l'Aleba souhaite conserver sa majorité dans le groupe des services et intermédiation financiers.
Wirtschaft- Face à Face Véronique Eischen (OGBL) et Laurent Mertz (Aleba) foto: Chris Karaba
"S'adapter aux nouvelles réalités"
Quel rôle pour les syndicats dans un monde du travail en pleine mutation? Quels défis pour le premier syndicat de la place financière? Dans le cadre du 100e anniversaire de l'Aleba, son président Roberto Scolati évoque les enjeux passés et à venir.
L'Aleba compte plus de 10.000 membres et dispose de 700 délégués du personnel.
«Une convention de grande qualité»
Après s'être astreint à un silence médiatique le temps des discussions, le directeur de l'Association des Banques et Banquiers du Luxembourg (ABBL), Serge de Cillia, s'exprime pour la première fois sur les revendications patronales et l'accord de principe trouvé avec les syndicats.
Serge de Cillia se montre satisfait, mais ne crie pas victoire: «L'accord est le fruit de concessions réciproques.»