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«Nous avons réussi à convaincre l’écosystème Internet»
Économie 5 min. 04.07.2019

«Nous avons réussi à convaincre l’écosystème Internet»

 Fondé en juillet 2009, LU-CIX, le nœud d'échange Internet luxembourgeois, compte 3.500 membres dans le monde

«Nous avons réussi à convaincre l’écosystème Internet»

Fondé en juillet 2009, LU-CIX, le nœud d'échange Internet luxembourgeois, compte 3.500 membres dans le monde
Foto: Shutterstock
Économie 5 min. 04.07.2019

«Nous avons réussi à convaincre l’écosystème Internet»

Marc AUXENFANTS
Marc AUXENFANTS
Dix ans après sa création, LU-CIX a su prouver son professionnalisme et son utilité, explique Marco Houwen, son fondateur.

LU-CIX, le Luxembourg Commercial Internet eXchange, a fêté ses dix ans mardi. Créé en juillet 2009, le nœud d’échange Internet du Luxembourg réunit les acteurs des technologies de l’information et des télécommunications du pays. Marco Houwen, son président fondateur revient sur une initiative aujourd’hui reconnue d’intérêt économique général par le gouvernement.

Marco Houwen, comment est née l’idée de l’asbl?

Alors que Londres, Amsterdam et Francfort notamment avaient leur propre nœud d’échange Internet qui reposait sur une philosophie communautaire d’ouverture et de neutralité, le Luxembourg ne disposait quasiment d’aucune d’infrastructure réseau propre ni de véritables connexions internationales, hormis une seule liaison via la Belgique, qui plaçait notre pays dans une sorte de cul-de-sac Internet. Basée sur ces modèles à but non lucratif, l’idée fut donc de créer au Grand-Duché une communauté similaire d’acteurs, bien que souvent concurrents, qui échangeraient entre eux du trafic Internet, mais qui pourraient aussi et surtout se connecter aux nœuds internationaux.

Pourtant derrière l’idée, se profilait aussi une logique commerciale.

Notre objectif était en effet de réunir un maximum de professionnels du secteur, et de créer un marché TIC au Luxembourg. Le tout selon la logique qu’ensemble on est plus fort et qu’on peut mieux se battre à l’international pour attirer plus de business au pays. Il s’agissait entre autres de faire venir dans le pays des acteurs télécom et informatiques, en leur offrant la possibilité ainsi qu’à leurs clients de faire transiter leurs contenus et données Internet via des liaisons courtes et directes, sans avoir à passer par une multitude de hubs successifs basés à l’étranger. Par ce biais, le Luxembourg pouvait valoriser son rôle traditionnel de centre géographique de l’Europe, dans le domaine de l’Internet cette fois.

Marco Houwen
Marco Houwen
Photo: Guy Jallay

LU-CIX, c’est aussi un groupement d’intérêts économiques. Que reste-t-il finalement de la philosophie originelle de l'asbl?

Il est vrai que la plupart des points d’échange n’ont pas pour objectif la recherche de profit. L’activité de notre asbl comporte toutefois des risques légaux et financiers. Le GIE a donc été créé pour porter et exploiter le nœud d’échange. Concrètement, il est responsable de la gestion des commutateurs, des équipements et des lignes en place. Il prend également en charge toutes ces contraintes légales, financières, etc. L’asbl quant à elle, permettra à ses membres, comme Google par exemple, d’accéder à notre réseau et à leurs services, pour mener sa propre activité uniquement, sans avoir à supporter les investissements et les risques éventuels liés à la gestion du point d’échange.

Comment définiriez-vous LU-CIX aujourd’hui?

Aujourd’hui, LU-CIX est une solution technique, qui offre aux différents acteurs la possibilité d’échanger via Internet. C’est également la vitrine du Luxembourg et un partenaire de la promotion des infrastructures et savoir-faire TIC du pays à l’international. Et enfin, c’est un lieu de mises en commun de techniques, d’expériences et de compétences. Notre communauté repose sur une vision promotionnelle. Il faut montrer à l’international que le Luxembourg fait aussi bien, voire mieux que les autres. Dix ans après sa création, 80 % du trafic Internet luxembourgeois passe par LU-CIX. Quasiment toutes les infrastructures Web nationales importantes et essentielles pour le pays sont directement ou indirectement interconnectées à ce nœud d’échange.

Comment se finance LU-CIX?

Nous avons trois sources de financement: les cotisations de nos membres, la perception mensuelle de frais de connexion de 10 ou 100 gigabits à notre réseau. Troisième rentrée d'argent, les frais d’inscription aux Luxembourg Internet Days, un événement qui a lieu tous les ans en octobre. C’est avec cet argent que nous payons nos équipes, notre GIE et toutes nos dépenses de fonctionnement. Le GIE ne rapporte pas d'argent.

Quels sont actuellement les défis de LU-CIX?

Les défis sont d’une part clairement techniques, car la technologie et les infrastructures évoluent. Endéans trois ans, nous avons par deux fois, en 2016 et 2019, mis en place un nouveau réseau. Défi du marché également: celui-ci change et nous devons rester à son écoute et amener des solutions. La sécurité enfin: nous avons en interne un responsable de ces questions, qui suit les problématiques liées à notre métier.

Quel bilan tirez-vous, dix ans après le lancement de LU-CIX?

Endéans dix ans, nous avons réussi à convaincre l’écosystème Internet luxembourgeois, puis international de notre professionnalisme et de notre utilité. Nous avons également acquis la confiance de nos décideurs, ce qui nous permet désormais d’être partie prenante dans la stratégie TIC et de sécurité du pays.


(de g. à dr.) Marco Houwen, président de LU-CIX ; Xavier Bettel, Premier ministre, ministre d’État ; Claude Demuth, CEO de LU-CIX
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Comment envisagez-vous le futur?

Aujourd’hui, nous sommes prêts à faire ce qui est nécessaire pour apporter notre soutien et offrir des solutions, à la fois à l’environnement Web et au pays, en termes d’infrastructures. Nous suivons les futures tendances TIC du pays, afin de proposer, en cas de besoin, des solutions en termes d'infrastructures, aux décideurs.

De quoi êtes-vous le plus fier?

Ce dont je suis le plus fier, c’est que nous avons réussi à surpasser nos a priori de concurrents. Nous avons pu mettre en œuvre une vision commune d’un marché qui nous réunirait pour devenir plus fort ensemble, et nous battre à l’international afin de ramener plus de business. Je suis également fier d’avoir pu réunir tout le monde autour de la table sur ce projet. Dix ans après, notre communauté continue à tenir ensemble. Pour moi donc, la plus grande réalisation de LU-CIX, c’est d’exister.

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