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nexten.io, le Tinder des développeurs
Les jeunes développeurs sont très recherchés: plus de 1.000 postes ne sont pas pourvus au Luxembourg

nexten.io, le Tinder des développeurs

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Les jeunes développeurs sont très recherchés: plus de 1.000 postes ne sont pas pourvus au Luxembourg
Économie 10 min. 17.05.2018

nexten.io, le Tinder des développeurs

Thierry LABRO
Thierry LABRO
A la manière du célèbre site de rencontres, nexten.io, lancé il y a moins de deux mois, permet à des entreprises et à des développeurs de se rencontrer. A l'ICT Spring, mercredi, la jeune société s'apprêtait à publier une surprenante étude.

«Cherche développeurs désespérément.» Plus de 1.000 emplois sont non pourvus dans les entreprises luxembourgeoises, selon l'Administration pour le développement de l'emploi. 

Malgré les efforts des entreprises pour aller chercher ces spécialistes des langages informatiques, avant la sortie de leurs universités, principalement sur le continent européen, malgré un ministre du Travail qui délivre toutes les cartes bleues nécessaires à accueillir des non-Européens et malgré des packages qui semblent de plus en plus attractifs, les ressources humaines continuent de faire défaut.

D'où l'idée d'Eric Busch et de Gregory Herbé de créer un site de rencontres de ces talents rares. 

D'un côté, les entreprises doivent remplir une fiche sur celui qu'elles cherchent, «et confier à leur directeur technique le soin d'effectuer les premières démarches afin d'avoir un point de vue technique et non ressources humaines», explique M. Busch sur son stand de l'ICT Spring. 

Luxembourg bien placé sur la carte

De l'autre, les candidats sont incités à poser leurs candidatures. «Depuis des mois, nous multiplions les opérations de marketing, auprès des universités, des réseaux sociaux, de Facebook, sur Github ou les forums spécialisés qu'ils fréquentent», dit M. Busch. Plus de cent profils nouveaux sont inscrits chaque semaine sur la plate-forme, assure-t-il. «Nous espérons surtout attirer des juniors qui ont trois ans d'expérience.»

Pour l'instant, 48 % de ces spécialistes de Java, de PHP ou experts du cloud sont frontaliers, 25 % frontaliers au-delà de la Grande Région, 12 % de l'est de l'Europe et 10 % du sud de l'Europe. «Plus quelques-uns de bonnes universités de Tunisie», explique Eric Busch.

Ici, pas de photo de profil sur lequel l'entreprise pourrait s'arrêter. Entre les deux parties, de l'intelligence artificielle repère aussitôt quel profil a quelle chance de plaire à quelle entreprise. Le premier contact est technique et permet au directeur technique de l'entreprise d'avoir une idée de la qualité du développeur. Le directeur des ressources humaines n'a plus qu'à régler les conditions du contrat de travail de la nouvelle recrue tant attendue. 

Pour ce service, que les entreprises confient parfois à des sociétés extérieures ou à des chasseurs de têtes, l'entreprise peut avoir une version de test pour deux semaines à 250 euros et doit ensuite passer à un abonnement trimestriel, semestriel ou annuel. Ce dernier coûte 9.500 euros. Mais vu la tension sur ce marché très spécifique, ce n'est pas forcément si élevé. 

Les start-up de moins de 25 salariés ont un accès gratuit à la plate-forme.

Avant de se lancer, nexten.io a découvert lors de ses études de marchés que le Luxembourg, souvent considéré comme mal placé pour accueillir cette main-d'œuvre jeune, avide de grandes villes, de culture urbaine et de mouvement, n'était pas aussi mal placé que cela. 

Dans les semaines qui viennent, la start-up publiera une étude comparative au niveau européen et au niveau mondial.

Un écosystème encore trop petit

En termes de salaire net, Luxembourg est en cinquième place européenne. Avec 13.000 euros une fois que le coût de la vie, le loyer et les charges ont été payés, le Luxembourg est assez loin de Zurich (26.440 euros) mais nettement moins que Genève (19.550 euros), Copenhague (16.455 euros) et Stockholm (15.365 euros). 

Devant Berlin (12.135 euros), le Grand-Duché voit aussi les capitales «sexy» assez loin: Londres est onzième (10.115 euros), Barcelone douzième (9.380 euros) et Paris dix-neuvième (4.800 euros).

Mais l'étude est intéressante parce qu'elle offre aussi un point de comparaison avec les villes les plus dynamiques dans les technologies de l'information. 

Celle qui paie le mieux au monde est américaine, évidemment. Trois villes américaines occupent d'ailleurs les trois premières places: Seattle (44.800 euros) devance Boston (38.775 euros) et San Francisco (35.325 euros). Cette dernière est celle qui propose des offres brutes les plus élevées au monde à près de 100.000 euros annuels. Tel Aviv (33.765 euros) est quatrième devant New York (33.500 euros). 

Dans le classement mondial, le Luxembourg occupe une douzième place tout à fait honorable. Si San Francisco est «obligée» de payer aussi bien, c'est qu'elle a l'univers start-up le plus développé au monde avec plus de 13.000 start-up contre 7.000 pour New York et 6.500 pour Londres. Même avec une croissance de 25 % par an depuis 2014, le Luxembourg a une taille nettement plus petite avec 75 à 150 start-up, dit encore le rapport.

Dans les couloirs de l'ICT Spring

«Prédictabilité», l'atout trop peu évoqué. Dans l'univers d'intelligence artificielle et de prédictions, le ministre des Finances a eu le mot parfait, «prédictibilité» pour dire pourquoi le Luxembourg était l'endroit parfait pour s'établir. «Non seulement nous avons un triple A, ce qui élimine plus de 200 pays de la compétition mais la prédictibilité est un atout. Nous ne changeons la loi que lorsque cela est absolument nécessaire.»

Empath, parce que votre voix vous trahit. Empath a remporté le concours de start-up organisé à l'occasion de l'ICT Spring. Grâce à l'intelligence artificielle, cette start-up est capable de détecter quatre émotions principales dans la voix, quelle que soit la langue. Outre les 50.000 euros offerts par Docler Holding, Empath Inc. aura deux sièges dans l'espace de collaboration du Luxembourg City Incubator ainsi que l’Innovation Service Package par Luxinnovation. La BIL a récompensé Sniffy, objet connecté qui «joue» avec les odeurs dans une expérience inédite. Mu Design avec sa chouette connecté ULO qui crée un lien unique avec l’utilisateur et établit une nouvelle forme de communication, naturelle et intuitive a remporté le prix du meilleur pitch remis par Gael Denis, associé chez EY, ainsi que le prix Uncle Sam de Luxfactory.com. La LHoFT a offert trois mois de hotdesk dans son bâtiment et une année d'adhésion à Neuroprofiler. Teliportme a obtenu un programme d'accélération de trois mois proposé par Nyuko. et Silversquare fournira trois flex desks aux entreprises Aveine, Digifood et Innosphere.

Premiers clients pour LuxGovSat. Le satellite gouvernemental GovSat 1, lancé fin janvier depuis Cap Canaveral et opérationnel depuis mi-mars, a ses premiers clients non luxembourgeois. Le satellite, réservé aux activités militaires et gouvernementales, a séduit la marine belge qui l'a utilisé pour un de ses navires. D'autres contrats sont en discussion, comme un test avec le ministère roumain de la Défense.

Nadia Manzari quitte la CSSF. Bien connue sur la scène des FinTech, auxquelles elle a toujours prêté une oreille attentive et éclairée au nom du régulateur, Nadia Manzari a quitté la Commission de surveillance du secteur financier pour un cabinet d'avocats. Elle a été remplacée par Natasha Deloge.

Alliance inédite à trois. Deutsche Börse, la maison-mère de Clearstream, a annoncé hier un partenariat inédit avec deux fintechs, une allemande Figo et une luxembourgeoise Finlogee pour créer une «FinTech Acceleration Platform». L'idée est de permettre à des sociétés technologiques financières de pouvoir tester ou implémanter leur solution dans un univers sécurisé qui fait du sens pour la bourse ou pour les acteurs de la place. Un des premiers tests portera sur PSD2, la directive européenne qui oblige les banques à fournir les données à des tiers comme les leaders de l'ecommerce.

Bettel ne veut pas laisser l'IA à la Chine. C'est une tradition: au moins deux ministres viennent vanter les atouts du Luxembourg à l'ICT Spring chaque année. Hier matin, le Premier ministre, Xavier Bettel, a dressé un large tour d'horizon des enjeux des technologies. «La Chine est en train d'investir des milliards dans l'intelligence artificielle! Je ne veux pas que nous soyons là à regarder. Je veux que nous soyons partie de ce business.» Pour la première fois et du bout des lèvres, le chef du gouvernement a aussi évoqué le space mining, sujet de prédilection de son ministre de l'Economie.

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