Nekton Group prend 50% de Rise Capital

Le pétrole, nouveau pari de Gérard Lopez

La semaine dernière, devant les jeunes entrepreneurs créatifs, Gérard Lopez a appelé les entrepreneurs à quitter leur zone de confort.
La semaine dernière, devant les jeunes entrepreneurs créatifs, Gérard Lopez a appelé les entrepreneurs à quitter leur zone de confort.
Lex Kleren

Par Thierry Labro

Quand on n’a pas de pétrole, mieux vaut avoir des idées. Et quand on a plein d’idées, on peut devenir le roi du pétrole. Fort des réseaux et des contacts qu’il a su nouer depuis l’épisode Skype et par la Formule 1, extraordinaire vitrine médiatique, Gérard Lopez se lance donc dans l’aventure en annonçant à la fois officiellement le positionnement de son nouveau groupe, Nekton Group, et l’investissement dans un fonds russe en Suède, Rise Capital.

“Nekton Group a été créé en fin d’année dernière après quelques investissements et quelques prises de position dans le domaine de l’énergie”, explique-t-il au terme d’une semaine dense qui l’a mené du Venezuéla au Luxembourg puis au Maroc. “La société, dont je suis le principal actionnaire et p.-d.g. poursuit un triple objectif: du trading de produits bruts ou raffinés, de la levée de fonds dans des dossiers d’infrastructures pétroliers ou des prises de participations, comme c’est le cas avec Rise Capital.”

Nekton Group est en quelques mois devenue une pieuvre mondiale qui va de l’Amérique latine à Singapour en passant par Hong Kong, aux îles Caymans, à Londres, à Genève ou encore Dubaï, pas toujours par des bureaux et des employés. A chaque fois, une structure locale “agile” - terme du monde des start-ups qui s’oppose à la lourdeur institutionnelle - trouvera des connections locales et des expertises locales. Mais pas au Luxembourg pour l’instant. 

Le fondateur de Genii Capital et de Mangrove Capital Partners s’est toutefois entouré de quelques personnalités bien connues du secteur. Peter Henry, en charge des activités de trading, a passé vingt-cinq ans à la J. P. Morgan dans ce secteur particulier. Juan Zavalia Paunero, directeur à Dubaï depuis mars, a commencé chez Barclays et Merril Lynch à New York avant de passer chez EQ Investment, comme responsable des investissements dans l’énergie de 2009 à 2012, puis de devenir le CIO de Genii Capital de janvier 2012 à mars dernier à Genève. L’ancien vice-président de Citigroup (2001 à 2008), devenu directeur GEM Infrastructure Partner entre 2009 et 2001, puis directeur chez Genii Capital d’octobre 2001 à février 2015, Daniel Uzel occupe lui aussi un poste de directeur chez Nekton.

Rise veut quintupler ses capacités d’investissement

“L’intérêt de Rise pour nous est d’aller regarder du côté de l’Oural, en Russie, où il y a de nombreuses possibilités d’investissements et beaucoup d’acteurs déjà en place comme les grands groupes pétroliers, comme Total ou Repsol”, expliquait hier le Luxembourgeois sans vouloir s’étendre sur le montant de cette transaction. “Je n’aime pas beaucoup évoquer ces montants”, s’excuse-t-il poliment. 

Rise Capital, spécialisée en private equity en Russie, qui opère depuis Stockholm, est très active dans le domaine de la construction, notamment celui des pipelines aussi bien au côté de groupes privés que d’institutions. Elle utilise principalement des mécanismes de partenariats publics-privés, dans le domaine des transports, de l’énergie, des infrastructures de santé et de social, des aéroports. Elle est déjà engagée à hauteur de 2 milliards de dollars dans différents projets d’envergure en Russie et espère voir passer ses capacités d’investissement à 12 milliards de dollars d’ici cinq ans.

Poutine, un ami de la maison

A sa tête, Sergey Romashov est loin d’être un inconnu pour Lopez. L’ancien responsable des investissements et du venture capital à la VTB Capital et VTB Asset Management puis des investissements pour Troika Dialog (l’autre nom de la Sberbank UCITS liquidée trois ans après sa création en mars au Luxembourg) et Sberbank, aurait été tout près de Genii Capital, poussé en ce sens par le patron de la Sberbank, Herman Grof, ami de Jeannot Krecké (et surtout de Vladimir Poutine, la Sberbank étant la maison-mère de VTB, sous le contrôle de l’Etat russe et qui représente à elle seule les deux tiers des profits des banques russes). 

Sergey Romashov a “quitté” la Sberbank en avril 2012 pour des raisons personnelles en compagnie de deux autres directeurs pour se retrouver dans le conseil d’administration d’EPC, qui cache EuroPetroleum Consultant, une société de conseil très bien introduite auprès du premier cercle du président russe.

“Je connais Romashov depuis un moment et j’ai confiance en lui. Nous avions ce type de projets depuis un moment mais nos structures, comme Mangrove, étaient clairement orientées vers les nouvelles technologies…”, explique Lopez. La proximité avec le pouvoir russe est une clé de la réussite pour le serial entrepreneur luxembourgeois. Il ne s’en cache pas, rappelant d’abord “que ce secteur géographique n’est pas touché par les sanctions notamment européennes dirigées contre l’intervention russe en Crimée” et ensuite que “la vocation de Nekton est de comprendre la géopolitique pour avoir des contacts à la fois avec les gouvernements et les industriels”, dans un sous-entendu qui rappelle avec pertinence que les gouvernements passent… 

“Tourner le dos à la Russie n’est pas sérieux compte tenu de nos besoins, notamment en gaz. Et ce moment n’est pas un problème mais l’ouverture de nombreuses opportunités.” Comme le souligne le Financial Times, dimanche soir sur son site internet, BP finalise un deal avec Rosneft tandis que les joint ventures de Eni et Statoil ont reçu le feu vert pour continuer à travailler avec le géant russe.

Et pendant ce temps-là, les Russes, qui se sont plaints des sanctions européennes, comme ici Poutine chez la VTB Sberbank justement, peuvent continuer à travailler en toute discrétion au Luxembourg. Comme avec la SB Luxembourg, une sàrl de fin 2014 détenue à 100% par la Sberbank et dont le capital social vient justement de passer de 125 millions de francs suisses à 228 millions de francs suisses avec l'apport de créances de sociétés russes (Lebedinskiy GOK, Oemk, Tatneft, Novy Urengoy Gaz and Chemical Complex ou encore MKK).

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Pour écouter la keynote de Gérard Lopez devant les jeunes entrepreneurs de Luxembourg, mercredi.