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Mission économique sur l'espace: Schneider à la conquête de l'Ouest
Le p.-d.g. de Planetary Resources, Chris Lewicki, accueille le grand-duc héritier Guillaume et Stéphanie à son siège de Seattle

Mission économique sur l'espace: Schneider à la conquête de l'Ouest

Jean-Christophe Verhaegen / SIP
Le p.-d.g. de Planetary Resources, Chris Lewicki, accueille le grand-duc héritier Guillaume et Stéphanie à son siège de Seattle
Économie 5 min. 10.04.2017

Mission économique sur l'espace: Schneider à la conquête de l'Ouest

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Un an après le lancement de son initiative sur les matériaux de l'espace, le ministre de l'Economie emmène une imposante délégation conduite par le Grand-Duc Héritier dans l'Ouest américain jusqu'à vendredi.

à Seattle, Thierry Labro

Il ne s'agit plus seulement de «space mining». De matériaux que l'on va chercher sur les astéroïdes les plus proches pour les ramener sur Terre et espérer des millions de dollars. 

Faute de pouvoir présenter des avancées concrètes avant 20 à 30 ans à des administrés qui sont souvent loin de s'extasier devant sa stratégie, le ministre de l'Economie a élargi l'initiative que le gouvernement a prise il y a un an. 

C'est Jean-Paul Bertemes, du Fonds national de la Recherche (FNR), qui en a eu l'exclusivité sur science.lu à quatre jours du départ pour la côte Ouest des Etats-Unis. Si le «space mining» reste la priorité, Etienne Schneider montre un intérêt pour de nombreux autres champs d'activités satellites à celui-là. 

Le ministre concède par exemple qu'il regarde comment le tourisme spatial, les 500 personnes qui sont sur la liste d'attente de Virgin pour être les pionniers, prend de l'importance. 

Les contraintes budgétaires gouvernementales et les milliards de dollars que les superstars des technologies injectent dans leurs sociétés dans la Silicon Valley sont comme autant de caravanes qui iraient chercher de l'or et qu'il faut garder à l'oeil. 

Le ton est donné: Etienne Schneider est aux Etats-Unis pour convaincre. Lundi, l'ambiance était joviale entre Chris Lewicki, le p.-d.g. de Planetary Resources et Pete Worden, l'ancien directeur du Ames Research Center de l'Administration nationale de l'aéronautique et de l'espace (NASA) devenu conseiller du ministre
Le ton est donné: Etienne Schneider est aux Etats-Unis pour convaincre. Lundi, l'ambiance était joviale entre Chris Lewicki, le p.-d.g. de Planetary Resources et Pete Worden, l'ancien directeur du Ames Research Center de l'Administration nationale de l'aéronautique et de l'espace (NASA) devenu conseiller du ministre
Jean-Christophe Verhaegen / SIP

Impression 3D dans l'espace, cartographie, HPC 

Après un passage par Seattle lundi, au siège de Planetary Resources, un des deux géants mondiaux auxquels le Luxembourg est associé, la délégation d'une cinquantaine de personnes, emmenée par le Grand-Duc Héritier et Stéphanie et conduite par le ministre, a mis le cap sur San Francisco. 

Direction le quartier général de SSL, dont les activités partent dans différentes de ces directions que le ministre pointe pour le blog du FNR: la cartographie en temps réel de la Terre, des satellites de toutes les tailles aux particularités diverses et variées et l'impression 3D de ces satellites, voire même un jour dans l'espace avec du matériel de récupération pour éviter que la déchetterie à ciel ouvert des vieux satellites ne continue à grossir. 

Une véritable économie de l'espace bouillonne dans les esprits des milliardaires américains et le Luxembourg entend y jouer un rôle, répète le ministre. Lequel? Attirer des sociétés à développer leurs activités de recherche au Luxembourg, dans un cadre très favorable, avec le soutien d'un gouvernement et d'une fiscalité stables, avec une société multiculturelle et ouverte, avec des datacenters qui permettront au gros ordinateur, le HPC pour high performance computer, de préparer toute leur modélisation avec ses millions de calculs à la seconde. 

Un discret rendez-vous 
avec Larry Page 

Impossible de dire aujourd'hui ce que cela signifiera en termes d'emplois, de points de PIB ou de nombre de sociétés mais le ministre va aller chercher les start-up américaines, japonaises et autres qui font du sens les unes après les autres. Plus de cinquante sociétés auraient manifesté leur intérêt pour établir leur quartier général européen au Luxembourg, rappelle-t-il à chaque occasion. 

Selon nos informations, le ministre a aussi programmé un rendez-vous à l'abri des regards avec le patron de Google, Larry Page, au sujet de ce mystérieux et important projet du géant américain au Luxembourg, laissé entrevoir le 5 décembre dernier... depuis San Francisco et sur Twitter. 

La visite sera intéressante à un autre titre: le ministre a su s'entourer en un an d'un «advisory board», un groupe de conseillers de haut vol, pris sur chaque continent à des endroits stratégiques. 

Mercredi, à San Francisco, le recrutement de l'Américain Pete Worden permettra d'ouvrir les portes du très fermé centre de recherche de la NASA, NASA Ames, que Worden a dirigé. La visite, millimétrée, deux intérêts principaux. Les Américains y utilisent déjà les immenses capacités de calcul d'un HPC. Et, surtout, dans le cadre de l'initiative luxembourgeoise, NASA Ames est un des trois endroits de la planète où l'on a déjà un retour d'expérience du space mining au cours de la mission DAWN, sur les astéroïdes Vesta et Ceres. Les deux autres sont l'Agence spatiale européenne avec Rosetta sur la comète 67P et son homologue japonaise JAXA Hayabusa sur 25143 Itowaka. 

Goldman Sachs valide l'approche de Schneider 

Après la rencontre avec quelques-unes des futures stars du secteur, à la tête des Made in space, Skycorp, Astro Digital, Audacy, Leolabs ou Spire, la délégation luxembourgeoise terminera sa tournée, jeudi, à un autre endroit stratégique, le SETI Institute, aussi couvé par la NASA, qui prépare l'hébergement d'humains dans l'espace. 

Autant de rendez-vous pour rendre le plus concret possible les progrès dans le pari pris par le gouvernement. Lequel n'a pas tellement communiqué sur une des meilleures nouvelles de l'année: le 6 avril, Goldman Sachs a publié une note d'analyse de 98 pages dans laquelle elle invite à investir dans le space mining

Pour Noah Poponak, directeur de l'étude, «même si la barrière psychologique sur le space mining est élevé, les barrières financières et technologiques sont nettement plus basses. Des tests de prospection peuvent facilement être construits pour quelques dizaines de millions de dollars chacun et Caltech a calculé qu'un engin capable d'aller creuser sur un astéroïde pourrait coûter jusqu'à 2,6 milliards de dollars.» Un investissement à mettre en rapport avec les 50 milliards de dollars de platine potentiellement sur un seul astéroïde. 

Sauf qu'un seul astéroïde de 500 mètres de diamètre pourrait couler le marché du platine, prévient Goldman Sachs. Et donc la rentabilité de tels investissements. D'où l'intérêt de préparer un élargissement de la stratégie luxembourgeoise à d'autres volets de la conquête de l'espace. Qui passe par l'Ouest. Des Etats-Unis. 

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