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Masseret à propos du programme du FN: «La fermeture des frontières est une aberration»
Économie 3 min. 03.12.2015 Cet article est archivé

Masseret à propos du programme du FN: «La fermeture des frontières est une aberration»

Un brin fataliste (il dit "réaliste") Jean-Pierre Masseret commente l'actualité politique et économique de la région qu'il préside.

Masseret à propos du programme du FN: «La fermeture des frontières est une aberration»

Un brin fataliste (il dit "réaliste") Jean-Pierre Masseret commente l'actualité politique et économique de la région qu'il préside.
Guy Jallay
Économie 3 min. 03.12.2015 Cet article est archivé

Masseret à propos du programme du FN: «La fermeture des frontières est une aberration»

Le président sortant du Conseil régional lorrain et ancien maire de Hayange, Jean-Pierre Masseret, commente l'éventualité d'une victoire du Front national dans sa région.

Nous avons rencontré Jean-Pierre Masseret, président sortant du Conseil régional de Lorraine et candidat du Parti socialiste à la présidence du Conseil régional Grand Est, dans son local de campagne à Maizières-les-Metz. Une dizaine de jours après les attentats de Paris, il a livré ces commentaires sur l'économie lorraine, sur le programme du Front national et sur son action à Hayange, ville dont il a été le maire de 1995 à 1997.

Monsieur Masseret, quelles conséquences a selon vous l'arrivée du FN dans une ville comme Hayange?

«La question concerne ici surtout les commerçants hayangeois pour qui l'alternance à la mairie n'a pas généré de changement de fond. La municipalité FN s'efforce d'agir sur des ressorts très simples du quotidien, comme la propreté des rues, qui ne sont pas anodins pour un commerçant. Ou même pour un citoyen.

Les gens sont très attachés à ce qu'ils voient dans leur immédiateté. Ils se disent, on me respecte. Tout le monde devrait faire ça d'ailleurs. Le fait est que quand on n'a pas une stratégie autre que celle-ci, on n'applique que celle-ci. Or la politique, c'est la gestion du quotidien et la préparation de l'avenir. Il faut en permanence garder en tête ces deux objectifs.

À un niveau local ou régional, quelles conséquences aurait l'arrivée du FN?

Avec les Lorrains qui vont travailler au Luxembourg, vous tenez aujourd'hui un bon exemple qui démontre que les propositions du Front national sont à côté de la plaque. Nous nous sommes longtemps battus pour faire disparaître ces postes-frontière qui ralentissaient. Tout a été fait pour faciliter la mobilité, même s'il y a toujours malheureusement un volume de trafic tel qu'un engorgement se crée à certaines heures aux points d'entrée ou de sortie.

Mais quand on met un contrôle à la frontière, tout de suite, le trajet ne dure plus une heure, mais trois heures.  On rencontre des difficultés qui à terme peuvent mener à la perte d'emploi. Si vous n'arrivez jamais à l'heure, votre employeur va finir par réagir.

L'élimination de la prétendue cause de l'échec

La fermeture des frontières est une aberration dans un monde qui est ouvert. Les thèses du FN ne sont accessibles en matière économique que dans un pays aux frontières fermées. Ce sont des propositions qui jouent contre l'économie du pays, contre le pouvoir d'achat et contre l'emploi de ces citoyens. Cela devrait donc amener chacun à se dire «c'est absurde». Mais dans la difficulté, les mots qu'utilise le FN interpellent, car ils agitent à la fois des peurs et désignent des boucs émissaires. Des fois ce sont les Arabes, d'autres l'Europe. Pour un parti totalitaire, l'objectif, c'est l'élimination de ce qu'ils considèrent être la cause de l'échec. Là la libre circulation.

Comment se positionnent les entrepreneurs de la région?

Avez-vous vu des chefs d'entreprise prendre une position officielle contestant les propositions du Front national. Vous avez votre réponse. En tout cas, il n'y a pas d'opposition.

Comment l'expliquez-vous?

Il y a des craintes. Certains disent qu'ils espèrent que le FN ne va pas gagner, mais il n'y a pas de positionnement frontal.

D'une manière générale, comment percevez-vous la présence du Luxembourg à proximité de la Lorraine? En matière entrepreneuriale notamment, s'agit-il d'une concurrence ou d'une complémentarité?

Les deux. C'est de la concurrence parce que la disparité des situations fiscales et sociales peut nuire à la compétitivité relative d'une entreprise. Les entreprises lorraines succombent parfois à la tentation d'établir leur siège au Luxembourg de telle sorte qu'elles peuvent participer depuis là-bas à des activités économiques qui ne leur seraient peut-être pas autorisées depuis la France.

Ce n'est pas seulement pour éviter des charges, il y a quand même des conventions fiscales et financières. Ce n'est pas non plus n'importe quoi. Les Luxembourgeois suivent avec plus de précautions qu'avant les questions fiscales et financières. Nous appartenons à cette communauté-là, à cette activité économique qui existe au-delà des frontières. Les frontaliers en constituent un exemple.» 

Interview: Pierre Sorlut

Le reportage à Hayange en Wort+


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