Luxport navigue plus sereinement
Luxport navigue plus sereinement
(pj avec Marco MENG) Ce matin-là, seules deux péniches sont amarrées au quai de Mertert. «A midi, ce sera le grand rush», promet Jürgen Helten, qui est à la tête du groupe Luxport depuis janvier 2020. Le manque de bateaux s'explique juste par un problème technique, en aval. Un barrage en réparation près de Coblence. Moins grave que lors du blocage du canal de Suez au printemps dernier. La principale route maritime entre l'Europe et l'Asie étant alors bloquée, pendant quinze jours, plus aucun navire n'avait traversé la Méditerranée vers Anvers ou Rotterdam. Par conséquent : aucun fret via le Rhin et la Moselle. Un coup dur pour le port marchand de Mertert.
A peine la traversée de l'Egypte rendue possible que les installations luxembourgeoises voyaient affluer vers elles des montagnes de containers. Au point qu'il a fallu organiser des postes le dimanche pour traiter les volumes, avant que tout ne redescende au flux habituel. De son bureau, le patron de Luxport profite de ce quotidien retrouvé. A commencer par cette grue qui empile des déchets d'acier. «Ici, on voit bien l'économie circulaire», souligne l'intéressé alors que la pince ne cesse de piquer dans une montagne de 20 tonnes d'acier qui finiront vers le four d'ArcelorMittal à Esch. Tout cela finira en poutres ou palplanches qui repasseront par Mertert à destination d'une nouvelle destination.
Ferraille d'acier et produits finis en acier représentent environ 50% du chiffre d'affaires de Luxport. Mais pas question de rester aussi dépendant de l'activité sidérurgique à l'avenir. La crise covid est passée par là, et le port a souffert quand certaines usines luxembourgeoises ont cessé de produire lors du premier lockdown notamment. Vingt dockers avaient fait l'objet d'un prêt temporaire de main-d'oeuvre à Cargolux. La compagnie de fret aérien faisant, elle, le plein d'activité.
Ainsi, au printemps 2020, le chiffre d'affaires de Luxport s'est-il soudainement contracté, avant de se redresser. «Nous nous sommes bien débrouillés», affirme un an et demi plus tard Jürgen Helten. Un dirigeant qui voit dans la diversification une des clefs de la bonne société du groupe logistique. Du sable pour le secteur de la construction, du sel de voirie, des engrais, il faut de la variété.
En 2020, malgré des vents contraires, le chiffre d'affaires de Luxport a grimpé. Passant de 60 à 65 millions d'euros. «Et cette année, nous sommes en bonne voie pour atteindre les 70, peut-être même légèrement au-dessus.» L'objectif : atteindre la centaine d'ici trois ou quatre ans.
Pour ce faire, en plus de son activité principale, l'acier, Luxport a développé au fil des ans un autre pôle : les «biens de consommation à rotation rapide». Et la meilleure traduction de cette orientation tient dans cet entrepôt de haute sécurité où sont stockées des marchandises de grande valeur. Il est ici question par exemple du crémant Bernard-Massard mais aussi (et surtout) des spiritueux et cigarettes d'Imperial Tobacco ou de Heintz van Landewyck, qui n'attendent plus que d'être livrées vers les stations-service du pays.
Dans le giron du groupe Luxport, il n'y a pas que le port. Il faut aussi compter sur la compagnie de transport routier Lorang. Et si, au Luxembourg, les 85 camions de Lorang SA transportent principalement des chargements en acier, les 35 véhicules de Lorang GmbH, basée à Trèves, véhiculent plutôt des biens de consommation. En plus des 120 camions que possède l'entreprise, au moins autant de camions sont affrétés par Luxport chaque jour.
5G attendue
Mais c'est sous le signe de la multimodalité que Jürgen Helten envisage l'avenir de sa société. Une coopération plus étroite avec le CFL et le hub de Bettembourg est sur de bons rails. «La voie navigable a encore de la capacité disponible», souligne le chef d'entreprise. Cela alors que le rail luxembourgeois peut souffrir d'engorgements parfois, voire de pannes. La collaboration se fait déjà entre les deux acteurs en situation d'urgence, il faut que cela devienne une habitude maintenant.
Aujourd'hui, Luxport ne se contente pas non plus d'assurer transport, entreposage et logistique. Elle a ajouté une part de spécialisation avec l'arrivée d'une trentaine de soudeurs.
Des personnels qui soudent des poutres ou des palplanches en acier avant qu'elles ne soient transportées plus loin par barge. Direction Amsterdam principalement pour ces éléments de 60 mètres de long pour 120 tonnes. Une mission qui a connu des bas en 2020, du fait de l'arrêt de l'activité à l'échelle mondiale, et qui maintenant connaît un regain. Si bien que le port travaille aussi le samedi pour faire face aux volumes.
Par ailleurs, l'avenir de Luxport et plus globalement des installations des bords de Moselle passera par une numérisation poussée des activités. De quoi améliorer de façon significative l'efficacité des missions sur les 25 hectares d'entrepôts à disposition ici. «Nous en discutons à la fois en interne et avec l'État ou le Cluster for logistics, afin d'obtenir un réseau 5G ici dans le port».
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