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Luxleaks - Antoine Deltour au Luxembourg: "Dénoncer des pratiques systémiques"
Antoine Deltour au CarréRotondes ce jeudi soir.

Luxleaks - Antoine Deltour au Luxembourg: "Dénoncer des pratiques systémiques"

Gerry Huberty
Antoine Deltour au CarréRotondes ce jeudi soir.
Économie 2 min. 16.04.2015

Luxleaks - Antoine Deltour au Luxembourg: "Dénoncer des pratiques systémiques"

Le voleur des documents à l'origine de LuxLeaks s'expliquait ce soir pour la première fois sur les lieux du délit. Antoine Deltour n'a pas renié sa responsabilité, mais a tenté d'expliquer le contexte dans lequel il a agi .

 Le Carré Rotondes accueillait ce soir Antoine Deltour pour sa première prise de parole en public au Luxembourg depuis son inculpation en décembre de l'année dernière. Les milliers de pages de documents volés à son employeur en 2010, PriceWaterhouseCoopers, avaient servi de matière première à deux émissions-chocs en France en 2012 puis – surtout – au scandale LuxLeaks en novembre 2014. 

À l'événement organisé par l'association Etika, les amis du Monde diplomatique Luxembourg et Attac, Antoine Deltour a donc tenté d'expliquer pourquoi il devait davantage être considéré comme un «lanceur d'alerte» qu'un «voleur de données»... sans toutefois contester la deuxième appellation.

Pas une provocation

Puisque l'intéressé a avoué son geste à plusieurs reprises dans la presse et devant les juges, il est surtout venu expliquer ici, dans la juridiction où il est accusé, le contexte dans lequel il a «copié» des centaines de rescrits fiscaux en 2010 chez son ancien employeur et les raisons qui l'ont poussé à agir ainsi.

«Certaines personnes peuvent légitimement penser que je viens par provocation,» a ainsi dit celui qui travaille aujourd'hui dans l'administration à Nancy, «mais je viens ici pour réajuster certaines prétendues vérités». Pas question de se faire pardonner donc, mais d'expliquer par le récit factuel. 

"Je désapprouvais certaines pratiques"

Au sortir d'une école de gestion bordelaise, lorrain d'origine, il avait trouvé naturel de venir travailler au Grand-Duché. Stage puis CDI chez PwC, «cela se passait bien. J'étais plutôt apprécié pour mon travail, mais je désapprouvais certaines pratiques», a-t-il témoigné. Pas vraiment à l'aise, Antoine Deltour a cependant réussi à dérouler son argumentation pour faire comprendre qu'il avait perdu le contrôle des documents après les avoir confiés au journaliste français Édouard Perrin avec qui il est entré en contact... dans des conditions finalement pas vraiment éclaircies.

Le soi-disant «lanceur d'alerte» a en tout cas indiqué ne jamais avoir souhaité le matraquage sur le Luxembourg. «Ma motivation était de dénoncer des pratiques systémiques. L'optimisation fiscale atteint une telle radicalité que la plupart des multinationales échappent quasi totalement à l'impôt,» a-t-il souligné avant de faire remarquer que les politiques européennes allaient aujourd'hui vers plus de justice fiscale. Pour faire comprendre en quelque sorte que son délit n'avait eu pour résultat, via LuxLeaks, que d'accélérer le sens de l'histoire vers plus de transparence.

Amadouer l'opinion

Antoine Deltour a même livré des bons points au gouvernement Bettel qui avait agi en la matière avant que le scandale n'éclate. Comme pour apaiser le courroux qui aurait pu se déchaîner sur lui, l'ancien auditeur a ainsi souligné qu'il n'était pas forcément nuisible aux affaires luxembourgeoises que de changer de paradigme. Un mal pour un bien en somme puisque les filiales d'entreprises internationales quittaient progressivement les paradis fiscaux. Pas question de se dédouaner donc, «je coopère pleinement avec la justice et j'ai répondu à toutes ses sollicitations,» a-t-il confié. Plutôt de préparer l'opinion.

Pierre Sorlut


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