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Luxlait veut voir le verre à moitié plein
Économie 5 min. 24.03.2020

Luxlait veut voir le verre à moitié plein

La production s'est réorganisée vers des plus petits volumes, mais ça tourne.

Luxlait veut voir le verre à moitié plein

La production s'est réorganisée vers des plus petits volumes, mais ça tourne.
Photo : DR
Économie 5 min. 24.03.2020

Luxlait veut voir le verre à moitié plein

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Crise ou pas, la coopérative continue à collecter le lait dans 350 élevages, fabriquer ses 250 produits frais et en assurer la commercialisation. Mais chaque jour elle s'adapte à un marché plus restreint et totalement nouveau.

Luxlait ne l'a pas crié sur les toits. Avant même que la grande distribution ne décide d'accorder des primes à celles et ceux qui font tourner les magasins, la coopérative avait déjà décidé d'octroyer un bonus à ses 320 employés. 500 euros promis en sortie de crise pour avoir maintenu l'activité d'une firme que le gouvernement luxembourgeois a classée parmi celles «essentielles à la bonne marche du pays». «Il fallait que notre personnel perçoive qu'il s'agit d'une lourde responsabilité et Luxlait se doit aussi de leur être reconnaissante», commente Gilles Gerard, directeur général.

Certes, jamais la société n'aura traversé pareille crise sanitaire. Si l'inquiétude pointe côté commandes, pour le reste la direction de l'association agricole positive. «Par exemple, certains découvrent l'importance des règles d'hygiène. Chez nous, cela fait partie du quotidien». Avant de manipuler une matière vivante comme le lait, le personnel de l'usine de Roost applique déjà l'indispensable changement de tenue entre extérieur et atelier, le lavage et la désinfection des mains, le passage des chaussures de travail par le pédiluve  ou la pose de charlotte sur la tête.

Epidémie oblige, la coopérative a relevé un peu plus son niveau d'exigence. Les 25 chauffeurs chargés de faire le tour des 350 fermes adhérentes ont obtenu leur dose de gel hydroalcoolique, reçu une formation aux gestes barrières. Surtout pareille information a été transmise aux agriculteurs. «Il faut en effet que les interactions avec notre personnel ou le matériel touché dans les exploitations ne puissent être vecteurs du virus, nous avons donc pris les devants avant même les recommandations officielles», indique Gilles Gerard.

En interne plus question de fermer les bureaux; les gens circulent donc sans toucher aux poignées de portes. Consigne a été donnée aux personnels d'entretien de désinfecter les claviers chaque soir. Fini l'accès via la cabine des gardiens du site de production. Plus de réunion en vis-à-vis. On laisse une chaise d'écart à la cantine. «Ce sont des mesures sanitaires basiques, mais à mes yeux elles ont le bénéfice de rassurer. Venir avec la peur au travail ne pourrait que nuire à notre efficacité», note celui qui chaque jour doit gérer l'arrivée de 500.000 litres de lait.

«Nous avons la chance de traiter une matière qui est non susceptible d'être atteinte par le covid-19, cela doit rassurer nos consommateurs. Seulement, nous sommes aussi garants auprès des fermes adhérentes de leur prendre tout leur lait. A nous donc de trouver les débouchés jour après jour», rappelle le CEO de Luxlait. La brusque fermeture des crèches, des écoles (et donc de leurs cantines) et de tous les restaurants a donc sérieusement modifié les habitudes. Fini les ventes de morceaux de beurre de 25 kg ou les seaux de crème de 10 kg, il a fallu réorienter la production vers les petits volumes.

Plaquettes de beurre, petits pots de crème, fromages, Luxlait s'est vite adaptée aux nouveaux besoins des ménages. A charge pour sa dizaine de commerciaux (en télétravail) de relayer les desiderata de la grande distribution, comme les attentes des commerces de proximité encore ouverts. «La période de panique qui a vu les gens se ruer dans les rayons est passée. Pour nous, cela s'est traduit par une demande importante de briques de lait UHT. Pour cette deuxième semaine de confinement, les consommateurs redeviennent raisonnables.» Mais toutefois rien qui puisse compenser les pertes en lien avec la fin des achats dans le secteur hôtellerie-restauration.

Shakers et boissons protéinées

Ici encore, des croisiéristes  reportent une commande importante, faute d'activité touristique. Là, un client français se voit contraint d'annuler sa demande de 80 tonnes d'emmental. Chaque jour, les équipes s'adaptent donc. «Nous sommes soucieux de la façon dont les choses vont évoluer. En effet, nos charges restent inchangées: il faut toujours collecter le lait, assurer les salaires  et régler les frais d'énergie. Mais il faudra voir comment l'Etat va nous aider» Sinon, immanquablement, il faudra faire chuter le prix du litre de lait payé aux agriculteurs adhérents à Luxlait.  

L'espoir, le directeur le place donc dans le consommateur. A ses yeux, cette crise peut faire comprendre aux citoyens l'importance des fournisseurs et des produits locaux. Aussi, compte-t-il sur la population pour bien choisir ce qu'elle va manger, ce qu'elle va acheter en toute conscience.

Et puis  malgré tout, restent encore des projets à mettre en place cette année. De nouveaux shakers ou des boissons protéinées viendront s'ajouter aux 120 références déjà au catalogue. «L'épidémie n'a fait que retarder le lancement, pas question d'annuler.» A 126 ans, Luxlait ne va pas se laisser aller. Qu'on se le dise. 

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