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Liberty Steel fragilisé de ce côté-ci de la Manche
Économie 3 min. 10.03.2021 Cet article est archivé

Liberty Steel fragilisé de ce côté-ci de la Manche

En 2019, Sanjeev Gupta en personne était venu prendre possession de "sa" nouvelle usine à Dudelange.

Liberty Steel fragilisé de ce côté-ci de la Manche

En 2019, Sanjeev Gupta en personne était venu prendre possession de "sa" nouvelle usine à Dudelange.
Photo : Alain Piron
Économie 3 min. 10.03.2021 Cet article est archivé

Liberty Steel fragilisé de ce côté-ci de la Manche

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Les sites industriels de Dudelange, Hayange, mais aussi à Liège voient leur avenir se troubler après la chute de Greensill au Royaume-Uni. cette multinationale étant le principal bailleur de fonds de GFG Alliance propriétaire de nombre d'aciéries en Europe et dans le monde.

(pj avec Marco MENG) L'empire industriel du magnat de l'acier Sanjeev Gupta, GFG Alliance, tremble depuis le début de la semaine. Précisément depuis que le groupe financier Greenfill a déposé le bilan à Londres. Car voilà Liberty Steel désormais privé de sa principale ressource en financements. Greensill s'effondrant, c'est tout le groupe spécialisé dans l'acier qui vacille. Liberty Steel, un nom familier au Luxembourg et environs car c'est cette société qui a pris la main sur nombre d'anciens sites détenus par ArcelorMittal (Dudelange en 2019, Liège notamment) mais aussi sur l'usine de production de rails basée en Moselle, dans la vallée de la Fensch.


L'Etat prêt à céder ses parts dans Paul-Wurth
Le groupe industriel luxembourgeois passerait alors à 100% sous le giron allemand de la firme SMS. Les pourparlers devraient bientôt aboutir.

Mardi, le ministre de l'Economie luxembourgeois reconnaissait avoir été contacté par M. Gupta. Le dirigeant souhaitant rassurer Franz Fayot (LSAP) sur le devenir de l'usine sidérurgique de Dudelange où près de 250 personnes produisent de l'acier plat. En France, Bruno Le Maire a lui aussi tenu à faire savoir aux personnels inquiets sur leur sort que l'Etat était particulièrement attentif à la situation. Même chose en Belgique, où les préoccupations concernent là aussi d'anciens sites rachetés à ArcelorMittal.

Car l'enseigne GFG pèse dans le monde pour 35.000 salariés répartis dans 30 pays, avec une forte présence au Royaume-Uni (5.000 emplois) mais également en Belgique (Ferblatil et Flémalle) et en France, où il possède trois sites l’aciérie Ascoval à Saint-Saulve (nord), l’usine de rails d’Hayange et un site d’aluminium à Dunkerque.

Pendant longtemps, le groupe indo-anglais s'est reposé sur cette seule source de financement qu'était Greensill. Un point faible qui a sans doute coûté à Liberty Steel la possibilité de mettre la main sur la division acier de Thyssen-Krupp qu'il convoitait.

Bonne situation commerciale

A la City, Greensill n’apparaissait pas comme une banque traditionnelle, plutôt comme une société prêtant de l’argent à des entreprises pour qu’elles payent leurs fournisseurs. Ses recettes provenaient donc de la transformation des dettes que lui doivent ces entreprises en produits financiers qu’elle vend à de grands investisseurs. Mais les autorités de régulation ont émis des doutes sur sa réelle solvabilité, et au final la structure, basée en Allemagne, a été fermée et les fonds qu'elle gérait (en partenariat avec le Crédit Suisse) seront liquidés.


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100 millions à partager pour Liberty Dudelange
Le site luxembourgeois bénéficiera bien d'investissements. Mais l'enveloppe, annoncée mercredi, par GFG Alliance sera répartie avec l'usine de Liège.

Du côté de l'usine de Dudelange, on se rassurera en constatant que Liberty Steel est dans une bonne situation commerciale. La demande d'acier est satisfaisante, de sorte que le site luxembourgeois n'a pas grand besoin d'argent frais. Mais nul ne saurait vraiment dire si, pour recapitaliser son groupe, Sanjeev  Gupta ne va pas être contraint de se séparer de quelques points de production.

Cela marquerait la fin de cinq années de développement extraordinaire. Sur cette période, le groupe a en effet dépensé près de cinq milliards d'euros pour acheter et moderniser de vieilles usines métallurgiques. Le tout en s'appuyant grandement sur Greensill.


ArcelorMittal bietet Werk Dudelange zum Verkauf, Foto Lex Kleren
«Le modèle social luxembourgeois fonctionne encore»
Quatre mois après l'annonce d'une restructuration au sein d'ArcelorMittal, les partenaires sociaux ont signé lundi un accord qui aboutit à l'absence de licenciements économiques, de maintien de tous les sites de production et l'obligation pour le géant de l'acier d'investir.

Si, pour l'heure, aucune malversation n'est mise sur le dos des dirigeants de GFG, une plainte pénale pour manipulation comptable présumée a été déposée à Brème. Du côté de l'industriel, le groupe s'efforce de faire bonne figure. «Nous continuons à fonctionner normalement et nos activités principales continuent de bénéficier de conditions de marché favorables générant des revenus et des flux de trésorerie solides», est-il assuré. 

Reste que cette actualité ne tombe pas forcément au meilleur moment. La sidérurgie luxembourgeoise reste affaiblie par la crise, et les solutions trouvées par la tripartite de décembre dernier demanderont sans doute à être confortées dans les semaines à venir. 

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Einweihung Liberty Steel Düdelingen in der Z.I. Wolser. Sanjeev Gupta (Executive Chairman)  (Foto: Alain Piron)