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«Les technologies médicales en phase d'accélération»
Jean-Philippe Arié, secrétaire général du cluster biohealth

«Les technologies médicales en phase d'accélération»

Pierre Matgé
Jean-Philippe Arié, secrétaire général du cluster biohealth
Économie 9 min. 12.04.2019

«Les technologies médicales en phase d'accélération»

Nadia DI PILLO
Nadia DI PILLO
Jean-Philippe Arié, manager du Luxembourg BioHealth Cluster chez Luxinnovation, fait le point sur un secteur porteur et en plein développement.

Elles s'appellent B Medical Systems, Fast Track Diagnostics ou encore Flen Health. En dehors des cercles spécialisés ou de la biomédecine, elles restent méconnues du public. Pourtant, ces pépites des biotechnologies sont devenues de véritables championnes et continuent d'innover. Jean-Philippe Arié, manager du Luxembourg BioHealth Cluster chez Luxinnovation, explique pourquoi le secteur a un bel avenir devant lui.

Jean-Philippe Arié, on entend peu parler des biotechs luxembourgeoises. Pourquoi sont-elles si peu visibles?

Le monde de la biotechnologie présente la particularité d'avoir des temps de développement très longs. Que l'on développe une aiguille chirurgicale, un logiciel ou un nouveau médicament par exemple, à chaque fois on a besoin de démontrer l'innocuité du produit et son efficacité thérapeutique ou diagnostique. Les contraintes réglementaires sont importantes, et heureusement! Elles induisent des validations cliniques auprès de patients et d'individus sains, pour obtenir des autorisations de commercialisation européenne, rentrer en discussion avec les systèmes de santé nationaux, etc... Ces procédures sont beaucoup plus longues que dans d'autres secteurs innovants. Il y a aussi une période, pendant la phase de développement d'un médicament par exemple, qui est assez secrète, puisqu'on ne veut pas être copié par des concurrents. Il est évident qu'on ne veut pas divulguer des informations confidentielles avant de mettre son produit sur le marché. Enfin, les innovations médicales sont pour la plupart destinées aux centres de soin, aux médecins ou aux laboratoires d'analyse; on ne les trouve généralement pas sur les étagères des supermarchés.

Jean-Philippe Arié
Jean-Philippe Arié
Pierre Matgé

Cela est d'autant plus vrai que la tendance, aujourd'hui, est à l'intelligence artificielle...

L'intelligence artificielle bouleverse le secteur biomédical. C'est un phénomène encore tout neuf. La première intelligence artificielle habilitée à établir un diagnostic médical n'a été autorisée sur le marché américain qu'en 2018, alors que la société qui l'a portée avait été créée huit ans plus tôt. Le Luxembourg, spécialement dans le domaine médical, doit lui aussi développer des projets d'intelligence artificielle pour réaliser des diagnostics médicaux. Or, quand on développe une intelligence artificielle sur une indication thérapeutique donnée, le secret est de mise tant qu'on n'a pas le marquage réglementaire qui autorise le fabricant à commercialiser le produit. Donc, l'une des raisons pour lesquelles on entend peu parler du développement des biotechs luxembourgeoises, c'est que ces sociétés se trouvent aujourd'hui dans ce cycle de développement, de recherche et de validation.

Il y a tout de même régulièrement de nouveaux produits pour les usages médicaux qui sont mis sur le marché?

C'est le cas récemment de la société B-Medical Systems qui développe des systèmes de froid pour les échantillons biologiques. Cette société vient de mettre au point un nouveau frigo pour le maintien au froid des vaccins dans des endroits où la tension électrique est aléatoire. On pense bien évidemment aux pays en voie de développement où il y a des coupures électriques de temps en temps et où il faut garantir que les vaccins devant être inoculés à des individus soient de bonne qualité. Ces systèmes de froid ne sont bien entendu pas destinés au grand public.

Le secteur continue donc de croître...

Nous avons publié le 15 janvier dernier un flyer qui présente la structure du secteur biomédical au Luxembourg. Nous comptons actuellement 131 entreprises actives dans ce domaine. C'est un secteur où les entreprises sont plutôt de petite taille, puisque 80% d'entre elles ont moins de 10 salariés. Une des raisons est que les biotechs ont beaucoup recours à la sous-traitance, parce qu'il faut faire appel à beaucoup de savoir-faire différents. Si je sais suivre un patient comme le fait un médecin, je ne sais évidemment pas fabriquer un médicament. Si je sais fabriquer un médicament, je ne sais pas forcément le défendre auprès des autorités réglementaires.

Ensuite, 50 % des entreprises du domaine ont moins de cinq ans, ce qui veut dire qu'on a beaucoup d'entreprises jeunes qui se trouvent dans une phase de développement ou de recherche. Néanmoins on voit déjà sortir beaucoup de projets intéressants au Luxembourg, en particulier dans le domaine de la santé numérique. Cela concerne le parcours de soins, le système de soins lui-même ou encore la télémédecine. On voit aussi beaucoup de projets se développer autour des objets connectés reliés à la santé comme le tensiomètre connecté ou des systèmes qui enregistrent le sommeil, pour ne donner que quelques exemples.

Le Luxembourg ambitionnait, il y a quelques années, de se spécialiser dans la médecine personnalisée. Où en est-on aujourd'hui?

La médecine personnalisée nécessite des tests personnalisés. Actuellement on est dans la phase de développement de ces tests personnalisés. La société ABL (Advanced Biological Laboratories), par exemple, vient d'annoncer le développement d'un nouvel outil appelé Microbiocheck qui vise à aider les laboratoires d'analyse médicale dans l'identification des agents infectieux. Ces tests biologiques, couplés à des analyses numériques, vont permettre de comprendre chez un patient particulier quel type de maladie peut être suspecté.


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Il s'agit d'un outil très fin qui permettra justement de faire de la médecine personnalisée et d'adapter les traitements. L'entreprise Fast Track Diagnostics, créée en 2006 et rachetée fin 2017 par Siemens Healthineers, développe des tests de biologie moléculaire permettant d'identifier l'agent infectieux responsable d'un syndrome, c'est-à-dire un "groupe de symptômes". À côté de cela, la société développe également des logiciels pour parfaire la lecture de ces tests biologiques dans les laboratoires d'analyse médicale. On assiste de toute évidence à la numérisation de toute la biologie depuis le patient jusqu'au système de soins.

Comment se passe la collaboration entre l'Université, les instituts spécialisés et les acteurs privés?

Une des missions du Luxembourg BioHealth Cluster est justement aussi de comprendre cet écosystème composé de nombreux acteurs privés et centres académiques et de faire en sorte de trouver des projets communs et innovants, pour amener les chercheurs et l'industrie luxembourgeoise à collaborer ensemble. Nous avons notamment des échanges réguliers avec le Fonds national de recherche (FNR) sur certains projets académiques. Il existe beaucoup d'interactions, même s'il reste sans doute toujours des axes à améliorer. En tout cas, il y a des choses qui fonctionnent très bien dans ces interactions régulières.

Guy Jallay

Le Luxembourg a su attirer d'excellents chercheurs étrangers. Mais qu'en est-il des autres profils recherchés dans ce secteur?

Il y a deux pénuries paneuropéennes dans notre secteur. D'abord celle des informaticiens. Le système de la santé est en train de bouger vers tout ce qui est digital. Comme pour les entreprises du numérique et celles de la finance, les talents qui savent développer des systèmes informatiques sont plutôt rares. La seconde pénurie a trait à tout ce qui est lié à la réglementation médicale européenne. Le secteur a du mal à trouver des compétences capables d'aider les entreprises à certifier les produits, à les amener sur le marché, à mettre en place des essais cliniques, à monter des dossiers pour les autorités réglementaires. Les changements récents de la réglementation des dispositifs médicaux en Europe durcissent encore le tableau. Ce sont des compétences extrêmement techniques et des savoir-faire qui deviennent rares. D'où la nécessité aussi de montrer aux talents que le Luxembourg existe sur la scène biomédicale européenne.

Au niveau européen, le Luxembourg a de nombreux atouts en particulier dans le domaine de la santé numérique; nous avons en effet cumulé des savoir-faire et des infrastructures de qualité dans, par exemple, l'intelligence artificielle, la sécurisation des données, la cryptographie, les réseaux physique et le cloud.

Cela veut dire aussi que le Luxembourg n'est pas vraiment un acteur de poids sur la scène européenne...

Nous avons quelques champions comme B Medical Systems, Fast Track Diagnostics ou encore Flen Health, qui sont visibles sur la scène internationale. La société Fast Track Diagnostics ne comptait que deux salariés en 2006, aujourd'hui elle en a près de 110. Flen Health compte plus de cent salariés et commercialise ses produits en Allemagne, au Royaume-Uni et en Belgique. On commence donc à avoir des acteurs privés qui s'imposent à l'échelle internationale.

Au niveau européen, le Luxembourg a de nombreux atouts en particulier dans le domaine de la santé numérique; nous avons en effet cumulé des savoir-faire et des infrastructures de qualité dans, par exemple, l'intelligence artificielle, la sécurisation des données, la cryptographie, les réseaux physiques et le cloud. L'écosystème luxembourgeois des technologies médicales est entré dans une phase d'accélération et nous sommes très confiants quant à l'avenir du secteur.

La House of BioHealth, qui accueille les start-up dans le domaine des biotechnologies, affichait déjà complet au moment de son ouverture en février 2015. N'êtes-vous pas confronté à un manque d'infrastructures?

Quand on parle de "biohealth" ou de technologies médicales, il faut garder en tête qu'il s'agit de métiers très différents, d'entreprises très variées. Les locaux peuvent donc être très différents d'une entreprise à l'autre. Certaines n'ont besoin que d'ordinateurs, d'autres de laboratoires et de machineries spécialisées. La House of BioHealth est actuellement en phase d'agrandissement, notamment en raison d'une forte demande de la part des start-up. Mais à côté de ces acteurs, il y a aussi des entreprises qui créent au Grand-Duché leurs propres bâtiments, usines ou facilités de recherche. Tout cela reste possible au Luxembourg, même si les prix des terrains sont très élevés.

Mais le manque d'infrastructures n'est-il pas un frein au développement des biotechs au Luxembourg?

Dans le domaine biomédical, avant qu'une entreprise ne s'installe et se déploie vraiment, il y a une très longue phase de recherche, de préparation et de planification en amont. Une start-up qui travaille sur un projet de biotechnologie passe en général entre un an et un an et demi à bien réfléchir à tous les aspects de son projet, à bien l'encadrer. Cela veut dire qu'une jeune entreprise innovante n'est pas dans le besoin immédiat de déployer des infrastructures importantes dès le départ. Quand bien même ce besoin serait important, on trouve toujours des solutions, que ce soit au niveau de la House of Startups, du Lux Future Lab ou d'autres incubateurs. C'est aussi l'un des rôles du BioHealth Cluster que d'identifier et de comprendre ces besoins.

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