Changer d'édition

Les spécialistes des TIC restent une denrée rare
Économie 5 min. 27.11.2019

Les spécialistes des TIC restent une denrée rare

Les spécialistes des TIC sont parmi les profils les plus recherchés sur le marché luxembourgeois du travail.

Les spécialistes des TIC restent une denrée rare

Les spécialistes des TIC sont parmi les profils les plus recherchés sur le marché luxembourgeois du travail.
Photo: Shutterstock
Économie 5 min. 27.11.2019

Les spécialistes des TIC restent une denrée rare

Didier HIEGEL
Didier HIEGEL
Si la transition économique vers le numérique a été érigée en priorité par le gouvernement, les entreprises peinent à recruter les experts dont elles ont besoin pour se développer. Une tendance encore difficile à infléchir.

Bien que le taux de chômage poursuive son mouvement de baisse depuis 2014, les tensions sur le marché du travail demeurent. Et se développent même, à en croire les chiffres de l'Adem qui enregistre une hausse de 69% du nombre de postes vacants entre 2015 et 2018.

Un décalage entre les offres d'emploi proposées et les compétences disponibles particulièrement visible au sein du principal pilier de l'économie luxembourgeoise, à savoir la place financière. Avec un accent mis sur les Fintech ou la finance verte, les efforts de recrutements se portent sans surprise sur les métiers ICT, mais aussi sur ceux liés aux activités de support aux entreprises. Sur le top 10 des métiers les plus recherchés auprès de l'Adem, plus de la moitié sont liés directement ou indirectement liés aux différentes activités de la Place. 

Si la guerre des talents que se livrent les différents acteurs du secteur financier représente déjà une tension au sein du secteur informatique, cette dernière se trouve exacerbée par la politique globale du gouvernement, qui a érigé la digitalisation en priorité de la diversification économique. Face à cette réalité, la filière de formation se retrouve à la peine, bien que le nombre de diplômés ICT progresse au sein du marché luxembourgeois. 

Entre 2014 et 2018, leur nombre est passé de 5,1 à 5,6% de la population active totale, selon les données de l'Adem. Ce qui place le pays à la quatrième place de l'UE dans le domaine, derrière l'Estonie mais devant les Pays-Bas. Autre évolution intéressante de ces dernières années: le numérique se féminise.  Si la dose apparaît encore comme homéopathique, la tendance existe bel et bien puisque les femmes représentaient, en 2018, 12,1% des diplômés, contre 8,2% dix ans plus tôt.

Si appartenir au secteur ICT accorde un avantage indéniable dans la recherche d'un emploi au Grand-Duché, tous les métiers ne possèdent pas le même degré d'attractivité. Dans cette hiérarchie interne, les développeurs occupent le haut du panier. Notamment les ingénieurs développeurs spécialisés en PHP, Java, J2EE ou C++. Idem pour ceux ayant des compétences dans la gestion du big data ou de l'intelligence artificielle, mais aussi pour les spécialistes en cybersécurité. Un secteur en plein boom dans le contexte du renforcement de la protection des données, aussi bien pour les entreprises que leurs clients. 

Avec une économie ouverte sur l'international et résolument tournée vers les nouvelles technologies, cette pénurie impacte directement et indirectement l'économie nationale. À en croire l'OCDE, le Grand-Duché figure ainsi en tête des pays au sein desquels les entreprises peinent le plus à attirer ces spécialistes. Un phénomène observé au moins depuis 2012.

Pour tenter de résoudre ce problème, le gouvernement a créé un dispositif d'immigration plus favorable pour toute une série de métiers. C'est ainsi qu'il a optimisé les critères d'attribution d'une carte bleue européenne. Ce sésame permettant l'accès au marché du travail au sein de l'UE pour les ressortissants de pays tiers. Depuis 2015, le ministère de l'Immigration en a délivré 1.069.


Les formations IT des trois pays baltes intéresseraient particulièrement les entreprises luxembourgeoises.
Le Luxembourg lorgne sur les diplômés baltes
Pourquoi le Benelux vient-il de signer une déclaration d'intention pour la reconnaissance automatique des diplômes d'enseignement supérieur issus d'Estonie, Lituanie et Lettonie? Certainement pour ensuite faire les yeux doux à de futurs salariés en IT.

Autres pistes explorées, la réinsertion de chômeurs grâce à des formations spécialisées ou la mise en place de parcours scolaires orientés sur le numérique, à l'image des formations telles que WebForce3 ou Digital4Education.   

Parallèlement, le gouvernement joue aussi la carte de la formation en entreprise avec notamment la mise en place du programme «Luxembourg digital skill bridges» qui offre aux entreprises une assistance technique et financière. Luxinnovation, l'agence nationale de l'innovation, soutient elle aussi la transition des PME vers le numérique.

Le domaine est plus que jamais à l'ordre du jour. Et, s'il fallait encore le prouver, la dernière étude TNS Ilres, commandée par le ministère de la Digitalisation, vient de démontrer l'impact des nouvelles technologies dans le pays. 95% des résidents se sont dits connectés et 84% estiment que la digitalisation est essentielle pour l'avenir du pays.


Sur le même sujet

La digitalisation à l'assaut du quotidien
Si les résidents jugent les offres créées par les nouvelles technologies positivement dans leur ensemble, les plus âgés restent prudents et la perspective de la 5G se heurte au scepticisme du plus grand nombre, selon une étude du TNS-Ilres publiée mercredi.
La dématérialisation des services de l'Etat est réclamée par la plupart des sondés, selon l'étude du TNS-Ilres.
Le budget 2020 dépassera les 20 milliards d'euros
Jamais le Grand-Duché n'aura pu s'appuyer sur une pareille somme. Le ministre des Finances, Pierre Gramegna, a même annoncé ce lundi matin des investissements records pour le pays, à hauteur de 2,8 milliards d'euros.
Le ministre des Finances Pierre Gramegna a présenté les orientations budgétaires ce lundi.
Le Luxembourg s'attaque à la digitalisation du travail
Quels sont les défis et les opportunités du tout numérique pour le marché du travail? Quels emplois sont en danger face à ce chambardement? Une étude, baptisée "Travailler 4.0" a été réalisée au Luxembourg par deux laboratoires allemands.
Emplois liés à Internet: Ces compétences qui font défaut au Luxembourg
L'offre de formation est insuffisante et les salariés qualifiés trop peu nombreux au regard des besoins des entreprises actives dans le secteur des nouvelles technologies et surtout des perspectives de croissance du secteur. Tels sont les principaux enseignements d'une enquête menée par l'IUIL et le CRP Henri Tudor qui dresse notamment la liste des métiers et profils les plus recherchés.