Changer d'édition

Les gagnants et les perdants de la hausse des taux
Économie 3 min. 18.07.2022
La BCE augmente ses taux directeurs ce jeudi

Les gagnants et les perdants de la hausse des taux

Cette première hausse depuis 2011 aura des répercussions sur de nombreux acteurs de l'économie.
La BCE augmente ses taux directeurs ce jeudi

Les gagnants et les perdants de la hausse des taux

Cette première hausse depuis 2011 aura des répercussions sur de nombreux acteurs de l'économie.
Photo: AFP
Économie 3 min. 18.07.2022
La BCE augmente ses taux directeurs ce jeudi

Les gagnants et les perdants de la hausse des taux

Après une décennie de généreuse politique budgétaire, la Banque centrale européenne va relever ses taux directeurs ce jeudi.

(AFP) - La Banque centrale européenne (BCE) va tourner la page d'une décennie de généreuse politique monétaire en relevant, jeudi, ses taux directeurs pour tenter de juguler l'inflation galopante.


L'indice des prix à la consommation national était en recul de 0,1% en décembre par rapport au mois de novembre.
Les prix des fruits, des viandes et du pain en hausse
Les prix d'autres denrées ont quant à eux sensiblement baissé. C'est notamment le cas des boissons alcoolisées ou encore des plantes et des fleurs.

Cette première hausse depuis 2011 aura des répercussions sur de nombreux acteurs de l'économie.

Un frein pour les emprunteurs

Les banques commerciales se fournissent en liquidités, c'est-à-dire en argent, auprès de la Banque centrale européenne. En relevant son taux de refinancement, l'un de ses trois taux directeurs, la BCE va faire payer ces liquidités plus cher. Par effet domino, les banques vont répercuter les hausses sur leurs clients.

Acheter une maison deviendra plus compliqué: la hausse des taux immobiliers, déjà notable depuis plusieurs mois, devrait se poursuivre. Les entreprises, qui ont eu un accès facile au crédit ces dernières années, devraient être également touchées. Les banques pourraient préférer refuser des prêts aux projets les plus risqués.


Les taux d'intérêt continuent de grimper
Emprunter de l'argent auprès d'une banque coûte de plus en plus cher, comme le confirment les chiffres dévoilés par la Banque Centrale du Luxembourg.

Cependant, «les coûts du financement immobilier ne dépendent que partiellement des taux directeurs de la BCE et sont aussi déterminés par l'offre et la demande ou la solvabilité de l'emprunteur. En outre, la durée du crédit joue également un rôle important, car elle ne correspond souvent pas aux durées des taux directeurs de la BCE», nuance Andreas Lipkow, analyste chez Comdirect.

Coup de pouce aux épargnants

Ceux qui sont plutôt fourmis que cigales devraient y trouver leur compte. Ces dernières années, les banques étaient taxées à 0,5% lorsqu'elles laissaient dormir de l'argent auprès de la BCE. Une façon pour cette dernière de les inciter à injecter leurs liquidités dans l'économie.

De nombreux établissements ont répercuté cette charge sur leurs clients sous la forme de «frais de garde» si le solde sur leurs comptes courants dépasse un certain montant. Ce surcoût est amené à disparaître.

La hausse des taux va redonner des marges aux établissements bancaires qui devraient pouvoir proposer des rendements plus attractifs sur certains placements, après des années de vaches maigres.


«Comment les populations vont-elles réagir?»
Voir l'euro au même niveau que le dollar n'inquiète pas spécialement Benjamin Holcblat. Ce chercheur à l'Université de Luxembourg s'interroge davantage sur les raisons de cette baisse...

Produit d'épargne détenu par une majorité de Français, le Livret A verra son taux doubler au 1er août.

Cependant, il faudra probablement un certain temps avant que les épargnants puissent de nouveau percevoir des intérêts significatifs, prévient Elmar Völker, analyste à la banque LBBW.

«La hausse des taux directeurs (et des taux d'épargne) ne devrait pas être suffisamment importante pour compenser les taux d'inflation élevés. Selon toute vraisemblance, les taux d'intérêt réels resteront encore nettement négatifs l'année prochaine.»

Mauvaise nouvelle pour les Etats endettés

Tout comme les emprunteurs et les entreprises, les Etats qui se financent sur les marchés seront dans le camp des perdants. La France, par exemple, déjà endettée à hauteur de plus de 2.800 milliards d'euros, ne profitera plus de taux d'emprunt avantageux.

Après des années de taux d'emprunt à zéro - voire négatifs - la charge de la dette va augmenter, réduisant la marge de manœuvre budgétaire des gouvernements au moment où les mesures de soutien au pouvoir d'achat leur coûtent des milliards d'euros.

Prudence pour les investisseurs

Pendant des années, les bourses ont profité des taux d'intérêt bas et de l'afflux d'argent des grandes banques centrales. Face aux faibles rendements des obligations d'Etat, les valorisations boursières ont atteint des sommets car les investisseurs sont allés chercher des rendements plus élevés sur des produits risqués, notamment les actions.

Les Bourses mondiales ont plongé ces dernières semaines avec le tour de vis des banques centrales contre l'inflation. Les valeurs technologiques sont particulièrement secouées: l'indice Nasdaq a déjà chuté de 30% depuis les plus hauts de fin 2021 car les entreprises de la tech vont payer plus cher leurs énormes besoins d'argent frais.


Fitch maintient la notation AAA du Luxembourg
L'agence de notation internationale maintient le statut AAA malgré un contexte difficile pour le Luxembourg.

Le mois de juin a été le pire de l'histoire du bitcoin avec une dégringolade de plus de 40%.

Mais comme la BCE «agit très lentement et communique par anticipation sur les hausses de taux, les investisseurs sont depuis longtemps préparés, ce qui plaide contre des fluctuations importantes» sur les marchés boursiers, note Elmar Völker.


Sur le même sujet

Une hausse historique
Pour la première fois depuis sa création, la Banque centrale européenne a annoncé la hausse de ses taux de 75 points de base d'un seul coup.
The President of the European Central Bank (ECB) Christine Lagarde arrives to address a press conference on eurozone monetary policy following the meeting of the governing council of the ECB in Frankfurt am Main, western Germany, on September 8, 2022. - The ECB made its biggest ever interest rate hike on September 8, 2022 as policymakers seek to tame record eurozone inflation. The ECB lifted its key rates by 75 basis points, leaving them sitting in a range of between 0.75 and 1.5 percent. It came after the bank hiked rates by 50 basis points in July, its first increase in more than a decade. (Photo by Daniel ROLAND / AFP)
En Moselle, de nombreux dossiers de prêt immobilier sont actuellement refusés. La faute à une inflation qui pousse les banques à la plus grande prudence. Même chose au Luxembourg.
La Banque centrale européenne (BCE) a acté jeudi l'arrêt de son soutien monétaire à l'économie, mettant fin à des années d'achats nets d'actifs et planifiant pour fin juillet la première hausse, en plus de dix ans, de ses taux directeurs.
Le choc d'inflation a eu raison du soutien à l'économie : la Banque centrale européenne va préparer le terrain jeudi à la sortie de sa politique controversée de taux négatifs, en commençant par remballer son dernier outil de rachat de dettes.
Au sein de la BCE, les partisans d'une politique monétaire plus restrictive face à l'inflation élevée sont pressés de démarrer le cycle de hausses des taux.