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Les experts-comptables en mode digital
Économie 5 min. 30.12.2019 Cet article est archivé

Les experts-comptables en mode digital

La profession d'expert-comptable est confrontée à une disruption culturelle.

Les experts-comptables en mode digital

La profession d'expert-comptable est confrontée à une disruption culturelle.
Photo: Shutterstock
Économie 5 min. 30.12.2019 Cet article est archivé

Les experts-comptables en mode digital

Marc AUXENFANTS
Marc AUXENFANTS
L'entrée en vigueur du Plan comptable normalisé 2020, pousse la profession à revoir ses services au client.

Le nouveau Plan comptable normalisé (PCN 2020) entrera en vigueur en 2021, avec une période de transition d'un an, à compter du 1er janvier prochain. Ce nouveau mode prévoit une nomenclature actualisée et mieux adaptée aux besoins des entreprises et des utilisateurs publics: certains comptes peu utilisés ou bien ambigus ont ainsi été supprimés tandis que d'autres ont été ajoutés ou renumérotés. 

Autre changement dans le dispositif: l'introduction d'une distinction obligatoire entre les comptes d'imputation – dans lesquels les données d'un compte sont rattachées à une même opération – et les comptes de regroupement, qui réunissent un ensemble d'informations, permettant ainsi de rendre la lecture de la balance des comptes plus intelligible et pertinente. 

Tableau de passage

Le nouveau schéma comptable sera en outre doté d'un tableau de passage obligatoire, mais adaptable par les entreprises: ce catalogage vise à améliorer la traçabilité de l'information comptable, et à simplifier le processus de préparation des comptes annuels, notamment pour les plus petites entreprises. 

Photo: Fiduciaire LPG

La nouvelle édition du plan comptable normalisé répertorie par ailleurs sept classes de comptes différentes: les comptes de capitaux, de provisions et de dettes; les comptes de frais d'établissement et d’actifs immobilisés; les comptes de stocks; les comptes de tiers; les comptes financiers; les comptes de charges; et les comptes de produits. 

Les principales entreprises visées par le PCN 2020 sont les personnes physiques exerçant en tant que commerçants, les sociétés commerciales dotées de la personnalité morale, les groupements européens d'intérêt économique (GEIE),  ainsi que les groupements d'intérêt économique de droit luxembourgeois (GIE). 

1.500 modifications en vue

La mise en oeuvre du nouveau PCN nécessitera pas moins de 1.500 modifications dans les comptabilités des sociétés, estiment les experts. «L'objectif est d'augmenter la transparence», explique Alex Dossche, le managing director de Sage Belgique et Luxembourg, un éditeur de logiciels de comptabilité et de gestion commerciale. «Le plus grand changement est sans doute que les entreprises et leurs comptables ne publieront pas eux-mêmes leurs résultats financiers.» 

Selon Alex Dossche, si jusqu'à présent, les comptables luxembourgeois éditaient les comptes de leurs clients, tout comme leurs collègues belges ou allemands, «à l'avenir, ils devront désormais transmettre tous les chiffres aux autorités fiscales sous un nouveau format XML uniforme, qui aura été précédemment validé dans leur propre système. A charge pour les autorités fiscales d'ensuite publier ces comptes». 

Ce changement comptable de grande ampleur, qui se prépare au Luxembourg, devrait accélérer la digitalisation des processus comptables. 

 Nouvelles donnes 

L'occasion pour Sage de rappeler que la profession d'expert-comptable est elle-même confrontée à de profonds changements. Côté culture client par exemple, la quasi-totalité des professionnels du secteur estiment que leurs clients exigent davantage d'eux en termes de services et de ressources qu'il y a cinq ans, selon une étude internationale, que le spécialiste a menée auprès de 3.000 cabinets.  

Les clients veulent plus que des calculs de chiffres.

Cameron John (Sage)

Ces mêmes clients attendent désormais de leur spécialiste comptable qu'il leur fournisse davantage d'attention, de disponibilité et de conseils stratégiques: «42 % des clients veulent plus que des calculs de chiffres,» constate Cameron John, directeur chez Sage. 

«Le temps où l’on attendait simplement de son expert-comptable qu’il boucle les comptes et envoie sa facture, sans aucune interaction, est révolu. Nous sommes dans une industrie de services. Les relations sont au cœur de notre métier et c'est exactement ce qu'attendent les entreprises.» 

Cette nouvelle donne oblige les experts-comptables à gagner à la fois en temps, en efficacité et en qualité du service. Non sans surprise, la moitié d'entre eux souhaiteraient pour cela automatiser leurs opérations à faible valeur ajoutée, afin de réduire le nombre de tâches répétitives et chronophages, ainsi que les risques d'erreurs humaines. 

Intelligence artificielle et cloud

Parmi les technologies envisagées dans ce sens, l'intelligence artificielle émarge en premier. «Une nette majorité des experts-comptables (86%) se dit prête à investir dans cette technologie, si celle-ci automatisait les opérations de calcul, la saisie des données, la gestion des e-mails et des agendas, ou encore le traitement des simples requêtes des clients», constate le sondage. 

Le monde de la comptabilité a subi des changements spectaculaires ces derniers temps.

Jennifer Warawa

Autre outil stratégique: le cloud. Selon l'enquête de Sage, les deux tiers des experts-comptables sondés estiment que la technologie facilite leur rôle en favorisant la collaboration avec les clients. Mais, si la technologie offre de nombreux avantages, elle ne résout pas tout: «Elle ne permettra pas d'améliorer les interactions avec les clients et l'offre de services»,  note Jennifer Warawa, chargée des partenariats chez Sage. 

Aussi, pour cette dernière, les cabinets qui se disent prêts à s'ouvrir à de nouveaux modes de travail et à faire évoluer leur modèle économique en tireront réellement profit. «Au tout début, ils ont été déconcertés par l'idée de proposer des services supplémentaires, susceptibles de les éloigner de leur mission fondamentale de prestations et de conseils fiscaux», rappelle-t-elle. «Mais maintenant que le cloud s'est généralisé, ils prennent conscience que cela présente plus d'opportunités que de risques.» 

Perte de confiance 

Cela n’empêche toutefois pas une bonne partie des protagonistes interrogés (40%) de se déclarer moins confiants quant aux perspectives pour leur cabinet.  «Le monde de la comptabilité a subi des changements spectaculaires ces derniers temps. Et il ne fait aucun doute que des enjeux comme le Brexit ou les incertitudes économiques peuvent miner la confiance de tout professionnel qui joue un rôle de premier plan dans l'entreprise, comme les experts-comptables», conclut Jennifer Warawa.