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Les banques redoutent une vague de faillites
Économie 6 min. 20.05.2020

Les banques redoutent une vague de faillites

Sans garantie de l'Etat, les banques avouent de ne pas être en mesure de toujours accorder des prêts.

Les banques redoutent une vague de faillites

Sans garantie de l'Etat, les banques avouent de ne pas être en mesure de toujours accorder des prêts.
Photo: Guy Wolff
Économie 6 min. 20.05.2020

Les banques redoutent une vague de faillites

Malgré l'arsenal déployé pour lutter contre la crise liée à la pandémie de covid-19, les professionnels de la finance font appel à l'Etat pour intensifier les efforts destinés à sauver les entreprises en difficulté.

(DH avec Marco Meng) - Alors que le pays a souscrit un emprunt de 2,5 milliards d'euros pour faire face à la crise du covid-19 et assurer les prêts garantis par l'Etat en faveur des sociétés, l'optimisme ne gagne pas les rangs des entrepreneurs. Le secteur bancaire, principal interlocuteur des entreprises, demande que les mesures de soutien soient maintenues et même renforcées pour éviter la multiplication des liquidations.  

«Pour le moment, les entreprises restent prudentes car personne ne sait vraiment si nous sommes déjà au bout du tunnel», explique Jeffrey Dentzer, responsable Corporate & Institutional Banking de la Banque Internationale à Luxembourg (BIL). Selon lui, les grandes inconnues demeurent car l'activité économique a chuté de 25% au pic de la crise et les risques d'«une courbe en V ou en W, qui signifierait un ralentissement après une courte reprise» existent.


Des entrepreneurs pris entre peur et incertitude
Depuis la mi-mars, de nombreux petits entrepreneurs attendent patiemment le jour où ils seront autorisés à rouvrir leur entreprise. Le gouvernement a annoncé la mise en place de mesures d'aides, mais est-ce vraiment suffisant ?

Pour les entreprises qui viennent de reprendre leurs activités, le moratoire accordé par les banques quant aux remboursement des prêts accordés avant le 18 mars atténue les tensions. En effet, à la fin du mois d'avril, plus de 8.000 moratoires de six mois, représentant une valeur cumulée de plus de 2,6 milliards d'euros - entièrement à la charge des banques - avaient été accordés aux entreprises. Mais si le taux d'acceptation correspondait à près de 98% des demandes, cette mesure ne garantit pas pour autant la survie économique des emprunteurs.

Herbert Eberhard, directeur général de Creditreform Luxembourg, n'entend pas faire de plans sur la comète, même s'il estime qu'il ne fait guère de doute qu'une vague de faillites sera prochainement observée. Une nouvelle phase qui ferait suite à l'augmentation de près de 6% du nombre de sociétés mises en liquidation. En effet, en 2019, ce sont 1.263 entreprises qui avaient mis la clé sous la porte sur un contingent de plus de 36.000 sociétés, selon la Chambre de commerce.

En moyenne, depuis 2010, environ un millier d'entreprises par an font faillite au Grand-Duché. Soit autant de défauts de paiement pour les banques. Afin d'alléger la pression sur le secteur, l'Europe s'est mobilisée et certaines exigences ont été réduites, comme le report d'un an de l'augmentation de fonds propres des établissements financiers voulue par Bruxelles.

Pour autant, avec la garantie de l'Etat à hauteur de 85% des nouveaux prêts accordés aux entreprises, les banques bénéficient-elles de cette situation de crise? «Il n'y a pas de gagnants dans cette crise», assure Philippe Depoorter, membre du Comité exécutif de la Banque de Luxembourg et responsable de l'activité entreprises & entrepreneurs. Et ce pour une bonne raison. «La crise affecte également en partie les banques elles-mêmes», souligne-t-il en mentionnant la chute des demandes de crédit. 

«De nombreux projets sont suspendus en raison de l'incertitude économique générale. Tout le monde se trouve dans le brouillard», mesure-t-il encore alors que Bruxelles prévoit une baisse de la production économique de 7,4% cette année dans l'UE alors qu'au Luxembourg, selon le Statec, elle ne serait que de 5,4%. Ce qui n'est en rien un gage de maintien de l'activité et de la survie de sociétés ébranlées depuis le début de la crise sanitaire.

«L'aide accordée, d'une durée maximale de six ans, devra encore être remboursée par les entreprises», insiste Philippe Depoorter. «Et si vous n'avez pas les reins assez solides, ce sera impossible.» La situation est d'ailleurs très critique pour les petites entreprises, notamment dans les domaines de la gastronomie, du tourisme et du commerce de détail comme l'indiquent les chiffres publiés par le Statec au mois d'avril. A ce propos, le coup de pouce pour le secteur de 700 à 800 millions d'euros, annoncé ce mercredi par le Premier ministre Xavier Bettel (DP), apparaît comme une bonne nouvelle.

«Mais les prêts ne sont pas là pour financer les coûts fixes», indique encore le dirigeant de la Banque de Luxembourg qui demande une aide directe de l'Etat, «car désormais beaucoup d'entreprises n'ont pas les capacités de contracter et de rembourser des prêts importants».

Pour Yves Biewer, membre du directoire de la Banque Raiffeisen, l'incertitude majeure que les banques devraient prendre en compte est la question de savoir si une deuxième vague d'infections va déferler et comment celle-ci serait gérée. «Y aura-t-il un nouveau confinement et à quoi ressemblera-t-il?» Nicolas Henckes, directeur de la Confédération luxembourgeoise du commerce (CLC), confirme également que les entreprises qui n'ont pas de revenus depuis mars, ne se précipitent pas pour de nouveaux prêts. 

«Ce facteur pourrait être atténué si le gouvernement augmentait à 100% sa garantie», déclare-t-il. «Nous n'avons pas peur que les entreprises soient surendettées, nous avons peur qu’elles fassent faillite». «Avec un prêt, la seule question est de savoir si vous voulez mourir aujourd'hui ou un peu plus tard.» Selon lui, d'autres mesures sont nécessaires: des rabais en termes de loyer, d'impôts ou de charges sociales. Et même de taux d’intérêt appliqués par les banques «qui atteignent parfois 6%», au lieu des 2 ou 3% annoncés par Pierre Gramegna (DP), le ministre des Finances. 

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