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Les banques échouent en matière de conseil durable
Économie 5 min. 09.11.2022
Enquête

Les banques échouent en matière de conseil durable

Selon Greenpeace, les conseils prodigués dans de nombreuses banques continuent de se concentrer trop peu sur l'aspect de la durabilité.
Enquête

Les banques échouent en matière de conseil durable

Selon Greenpeace, les conseils prodigués dans de nombreuses banques continuent de se concentrer trop peu sur l'aspect de la durabilité.
Photo: Marc Wilwert
Économie 5 min. 09.11.2022
Enquête

Les banques échouent en matière de conseil durable

Thomas KLEIN
Thomas KLEIN
Greenpeace a mené une enquête "sous couverture" pour tester la qualité du service offert par les banques luxembourgeoises aux clients qui souhaitent investir dans le respect du climat.

L'intérêt des investisseurs pour l'investissement durable ne cesse de croître, mais cette tendance ne se reflète pas encore dans le comportement des banques luxembourgeoises en matière de conseil. C'est du moins la conclusion de Greenpeace Luxembourg qui, en collaboration avec la société de conseil Nextra Consulting, a mené une enquête «sous couverture» auprès des établissements financiers du Grand-Duché.


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L'organisation environnementale a envoyé 19 soutiens volontaires dans six banques luxembourgeoises (Banque de Luxembourg, Banque et Caisse d'Epargne de l'Etat (BCEE), BGL BNP Paribas, Banque Internationale à Luxembourg (BIL), Banque Raiffeisen, ING Group) afin d'obtenir des conseils sur l'investissement durable. Les résultats des 27 consultations ont été plutôt décevants, comme le résume Greenpeace dans un rapport présenté mercredi.

La durabilité joue un rôle secondaire

Nextra a analysé le «parcours client» des prétendus clients, c'est-à-dire du premier contact jusqu'à l'envoi final des documents de conseil. Il en ressort que le problème se pose souvent dès l'entrée en matière, car les clients ne se voient pas directement attribuer un expert en investissements durables lorsqu'ils prennent rendez-vous pour un conseil.

Pourtant, le nouveau règlement de la directive sur les marchés financiers MiFID II stipule qu'à partir du 1er août, les conseillers bancaires sont tenus de demander aux clients leurs préférences en matière d'investissements durables. Or, cela n'a été fait que dans un tiers des entretiens, a expliqué Martin Granzow, directeur général de Nextra, lors de la présentation du rapport. Même après que les clients potentiels ont exprimé leur intérêt pour les placements durables, les préférences exactes en matière de durabilité n'ont pas été demandées dans 37% des cas.

Rendement et risques au centre du conseil

Même lors de la présentation des produits bancaires qui a suivi, la durabilité n'a guère été abordée. Au lieu de cela, les questions classiques du conseil en placement comme le rendement et les risques étaient au centre des préoccupations. La durabilité des investissements a été examinée en détail dans moins de la moitié des entretiens, et la protection du climat dans moins d'un cinquième des cas. «La conseillère ne m'a donné aucune explication sur les fonds verts. Pour elle, un fonds était vert si l'ESG ( «Environmental, Social and Corporate Governance», ndlr) figurait sur la fiche technique», cite l'un des clients sous couverture.

La conseillère ne m'a donné aucune explication sur les fonds verts. Pour elle, un fonds était vert si l'ESG figurait sur la fiche technique.

"Client" sous couverture

Malgré le souhait exprimé par les investisseurs potentiels d'effectuer des investissements respectueux du climat, des produits de placement conventionnels leur auraient été proposés dans la moitié des entretiens. C'est clairement en contradiction avec les exigences légales, comme le souligne le rapport.

Manque de connaissances des conseillers

Enfin, la fourniture de matériel d'information à l'issue des entretiens n'aurait pas été utile dans de nombreux cas. La stratégie d'investissement des fonds présentés par rapport aux objectifs climatiques restait incompréhensible. Un client s'est plaint d'avoir reçu un mail avec dix pièces jointes après l'entretien.

La question est donc de savoir pourquoi ce sujet, qui préoccupe manifestement de nombreux clients, semble actuellement encore si peu abordé dans les établissements bancaires luxembourgeois. Pour Martin Granzow, les raisons possibles sont le manque de connaissances des collaborateurs des banques en ce qui concerne les exigences légales en matière de conseil et une offre insuffisante de produits d'investissement durable.

Martin Granzow, directeur général de Nextra Consulting, est l'un des auteurs du rapport.
Martin Granzow, directeur général de Nextra Consulting, est l'un des auteurs du rapport.
Photo: Nextra Consulting

Greenpeace estime également qu'il y a du retard à rattraper en ce qui concerne les produits d'investissement proposés au Luxembourg. Dans le cadre du test, onze fonds respectueux du climat ont été recommandés aux personnes intéressées. Une analyse détaillée des portefeuilles a cependant montré qu'un seul des fonds remplissait à 100 % les critères d'un tel placement. Dans de nombreux cas, on a même vanté des produits qui n'étaient pas axés sur le climat ou même sur la durabilité. Aucun des fonds n'a fait référence à l'objectif formulé dans l'accord de Paris de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius.

L'association bancaire critique la méthodologie

L'association bancaire ABBL réagit à ces critiques. Des études comme celle-ci peuvent certes apporter une contribution lorsqu'il s'agit de «dresser un état des lieux des connaissances et des pratiques des conseillers bancaires en matière de finance durable», écrit l'ABBL dans une prise de position en réponse à une demande.


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Mais dans le même temps, l'association critique la démarche : «Ce qui est regrettable, c'est la méthodologie utilisée dans cette étude, qui ne s'appuie pas sur les définitions précises de la réglementation européenne actuellement mise en place, comme la notion de préférences des clients en matière de durabilité, qui va bien au-delà des simples aspects climatiques», explique Julien Froumouth, conseiller en finance durable à l'ABBL. «Les banquiers sont toutefois tenus d'appliquer ces règles et de s'y référer dans leurs discussions avec leurs clients, et les produits financiers spécifiquement adaptés à l'Accord de Paris ne représentent qu'une très petite partie de l'univers de l'investissement durable».

Martin Granzow, de Nextra Consulting, souligne également que l'échantillon de 27 consultations n'est pas suffisant pour être représentatif de l'ensemble du secteur. En outre, la moitié des participants ont jugé la qualité du conseil globalement bonne ou très bonne, malgré les déficits. Si l'évaluation globale est donc plutôt correcte, en matière de durabilité, la retenue est de mise.

Cet article a été publié pour la première fois sur wort.lu/de

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