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Legitech prend le pari de l'intelligence artificielle: La technologie pour gagner des procès
Économie 4 min. 05.01.2018

Legitech prend le pari de l'intelligence artificielle: La technologie pour gagner des procès

Dès que la base sera bien documentée, les avocats et autres juristes pourront se faire une meilleure idée de la situation

Legitech prend le pari de l'intelligence artificielle: La technologie pour gagner des procès

Dès que la base sera bien documentée, les avocats et autres juristes pourront se faire une meilleure idée de la situation
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Économie 4 min. 05.01.2018

Legitech prend le pari de l'intelligence artificielle: La technologie pour gagner des procès

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Legitech, l'éditeur luxembourgeois de droit, prend un virage numérique. L'intelligence artificielle doit permettre à ceux qui utiliseront sa base de données de mieux se préparer à défendre leurs causes.

Par Thierry Labro

Quel est le droit qui s'applique? Et comment son application a-t-elle permis de gagner des procès? Jusqu'ici, un avocat qui se prépare à défendre un client s'intéresse à ces deux questions avant que ses talents d'orateur ne finissent de convaincre. 

Avec le pari de l'intelligence artificielle que prend Legitech en ce début d'année, la méthode pourrait changer. La technologie ira chercher dans les jugements et les arrêts quels moyens de droit ont été utilisés dans un cas précis et quel a été finalement le verdict. 

Et plus l'intelligence artificielle sera «nourrie» d'arrêts et de jugements, plus elle sera capable de «prédire» l'issue d'une affaire ou la manière dont un juge se positionne, avant même que le procès ait eu lieu. 

Trois bases de données en une 

«On est encore loin du compte!», assure Marc-Olivier Lifrange. Promu à la tête de la société luxembourgeoise depuis la fin de l'été, l'informaticien de 48 ans, débauché de chez De Boek-Larcier, a pris son bâton de pèlerin pour aller convaincre les professionnels du droit de l'aider à enrichir la base de données de Legitech pour qu'elle puisse ensuite leur permettre de travailler plus et plus efficacement. 

Les données sont presque plus importantes que la technologie elle-même, de plus en plus un mélange de «machine learning» (quand la machine apprend elle-même) et de «natural language processing (NLP)» (des moteurs de recherche de nouvelle génération et des systèmes d’aide à la décision). 

Cet enjeu est le plus important mais pas le seul. Le droit a une dimension sectorielle, mais aussi territoriale. La fiscalité n'est pas partout appréhendée de la même manière. Puis la langue de la justice n'est pas toujours la même et certains types de justice opposent même le droit parlé et le droit écrit. 

Les trois bases de données, celle sur la fiscalité, celle sur le droit du travail et celle sur le droit des sociétés, ont été fusionnées en une seule pour satisfaire des clients, qui sont à 80% des abonnés. 

Lexnow devra satisfaire à la fois les juristes et les jurisconsultes, tous ceux qui ont du droit dans leur cadre professionnel, comme les DRH ou les experts-comptables, et les «monsieur tout le monde» qui veulent comprendre les conséquences d'une décision de justice sur leur quotidien. 

Sur ce dernier point, il s'agit aussi de vulgariser le droit et donc que l'équipe, pour l'instant de douze personnes, soit capable d'expliquer clairement ce que signifie telle ou telle décision de justice. Le recours à l'intelligence artificielle dans le monde du droit n'est pas nouvelle. 

En octobre 2016, un article de la revue de Harvard expliquait par exemple que chaque année, 60 millions de conflits entre des vendeurs sur eBay étaient réglés par le formulaire numérique automatisé, soit plus que l'ensemble des poursuites engagées devant les tribunaux aux Etats-Unis. 

Ross, premier robot embauché 

«Ross», le premier robot, développé par le superordinateur d'IBM Watson, a été embauché en 2016 par le cabinet d'avocats américains BakerHostetler, fondé en 1916, pour travailler sur les faillites d'entreprises. Il est capable, en temps réel, d'indiquer à l'avocat qui plaide toutes les modifications de la loi et toutes les utilisations de tel ou tel paragraphe des textes. 

Thomson-Reuters continue de pousser le développement de son «Westlaw», qu'on peut embarquer dans sa poche pour obtenir les informations dont on a besoin en permanence. LexisNexis corrige les contrats du ministère américain de la Défense, avant qu'ils ne soient finalisés, pour éviter les déboires judiciaires. 

En France, quatre acteurs se sont lancés dans la jurisprudence administrative, contentieux pénal exclu: Supra Legem, Predictice, Case Law Analytics et le pionnier Jurisprudence chiffrée de Francis Lefebvre (développée depuis 2010). 

Après les roboadvisors du secteur bancaire, comme le SpeedInvest de la Spuerkeess, le monde du droit devra s'habituer à ces «conseillers d'un nouveau genre». «Ce sera un outil au service de l'ensemble de la profession, des avocats aux magistrats en passant par le monde académique», assure le nouveau directeur général de Legitech, balayant le chiffon rouge de l'emploi. «Ils obtiendront de meilleurs résultats en moins de temps!» 

D'autres soulignent que ceux qui font avancer l'intelligence artificielle vont avoir besoin des professionnels pour que leur projet ait du sens.

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