Changer d'édition

Le télétravail fait craindre un risque pour l'économie
Économie 5 min. 25.10.2022
Jusqu'à 350 millions de perte

Le télétravail fait craindre un risque pour l'économie

Le télétravail, une habitude bien ancrée dans le quotidien de nombre de résidents et frontaliers depuis la crise sanitaire.
Jusqu'à 350 millions de perte

Le télétravail fait craindre un risque pour l'économie

Le télétravail, une habitude bien ancrée dans le quotidien de nombre de résidents et frontaliers depuis la crise sanitaire.
Photo: dpa
Économie 5 min. 25.10.2022
Jusqu'à 350 millions de perte

Le télétravail fait craindre un risque pour l'économie

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Dans un avis rendu au début du mois d'octobre, le Conseil économique et social du Luxembourg met en garde le gouvernement sur les effets nocifs du télétravail sur le commerce.

Un salarié resté chez lui est un salarié qui ne consomme pas sur le sol luxembourgeois. Un constat logique, qui n'a pas manqué d'être souligné pendant les différentes vagues successives de covid-19. Mais si le télétravail massif semble désormais appartenir au passé, la démocratisation du home office ne manque pas de préoccuper le Conseil économique et social du Luxembourg (CES).


Un outil pour faciliter le télétravail des frontaliers
Cette solution numérique devrait permettre aux frontaliers de justifier facilement leur présence au Luxembourg auprès de leur administration fiscale respective.

Dans son avis annuel portant sur l'évolution économique, sociale et financière du pays, l'institution se focalise sur les leçons spécifiquement luxembourgeoises à tirer de la crise sanitaire du covid-19. C'est à l'intérieur de ce document de 87 pages que le CES s'intéresse plus particulièrement au télétravail et à ses répercussions sur le commerce et les finances publiques du pays.

Les experts de l'institution se basent premièrement sur un constat: le Luxembourg est champion d'Europe de la ''télétravaillabilité''. Par là, il faut comprendre que le Grand-Duché possède la part la plus élevée d'emplois qui peuvent s'effectuer à distance. 57% des salariés sont dans ce cas, contre moins de 40% à l'échelle de l'Union européenne.

En se basant sur le rapport du Statec, le CES souligne que la percée du télétravail enregistrée pendant la pandémie a entraîné une évolution durable du monde du travail, laissant ainsi présager un recours plus régulier au télétravail à l'avenir. Et c'est particulièrement ce qui inquiète l'institution. 

Une dépense de 40 euros par jour

Ce basculement vers un télétravail de plus en plus ancré dans les mœurs ne serait pas sans conséquence sur l'économie luxembourgeoise. Un argument que le CES a démontré avec un calcul se basant sur les chiffres de l'emploi de 2019. Sur les 460.000 salariés que comptait le pays (258.100 résidents et 201.900 frontaliers), 197.914 étaient en mesure de télétravailler. En admettant que chacun de ces travailleurs travaille de chez lui une fois par semaine, le manque à gagner pour le commerce est de 350 millions d'euros par an.


L'accord fiscal liant les deux pays, pris au moment de la crise sanitaire et rendant le télétravail illimité, avait été prolongé jusqu'à la fin du mois de mars.
Télétravail et frontaliers: décryptage avec une juriste
Les annonces concernant le télétravail pour les travailleurs frontaliers français ont été nombreuses ces dernières semaines, provoquant parfois une certaine confusion. Alors faisons le point, posément, avec Clélia Martin, juriste à Frontaliers Grand Est.

Mais comment l'institution est-elle arrivée à ce chiffre? Elle s'est tout simplement basée sur une estimation de l'Horesca. La fédération estime que les dépenses quotidiennes moyennes d'un salarié se rendant sur son lieu de travail correspondent à 40 euros, dont 25 euros dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, et 15 euros dans les autres commerces. Ainsi, un seul jour de télétravail correspondrait à une perte de 500.000 euros de chiffre d'affaires pour le secteur de l'horeca, soit 110 millions par an.

Au-delà d'estimer la perte de recettes qu'engrangerait le télétravail, l'Horesca a calculé l'impact de ce dernier sur les emplois. Au total, plus de 1.000 emplois pourraient être menacés, sans compter les 7,5 millions d'euros en cotisations, les 5 millions d'euros de TVA et les près de 3 millions d'euros de retenue d'impôt sur salaires qui découleraient de ces suppressions de postes.

Le CES regrette que sa recommandation sur un alignement vers le haut des seuils de tolérance pour les trois pays frontaliers, dans la mesure du possible, n'ait pas encore été suivie.

Conseil économique et social, rapport annuel

Si, selon la Chambre des salariés, les frontaliers français sont les plus favorables au télétravail (53% d'entre eux), les Belges (42%) et les Allemands (43%) restent davantage intéressés par cette possibilité que les travailleurs résidents (29%). Mais au-delà des opinions des uns et des autres, il existe une réelle différence de traitement des employés en fonction de leur pays de résidence, qui peut engendrer des tensions, comme le rappelle la CES.

Cette dernière «regrette que sa recommandation sur un alignement vers le haut des seuils de tolérance pour les trois pays frontaliers, dans la mesure du possible, n'ait pas encore été suivie». Pour rappel, les salariés français et belges peuvent profiter de 34 jours de télétravail, quand les Allemands doivent se cantonner à 19 jours par an, afin de se conformer au seuil fiscal.


Le Luxembourg fait rêver les demandeurs d'emploi étrangers
Le Grand-Duché fait partie, avec la Suisse et le Royaume-Uni, des pays européens les plus attrayants en matière d'emploi, selon un rapport du portail d'annonces Indeed.

Mais c'est bel et bien le seuil social, fixé à 25% du temps total de travail, qui inquiète le CES. Passé cette limite, le salarié doit être affilié au régime social de son pays de résidence, ce qui implique de lourdes charges administratives pour son employeur. Cette règle européenne fait craindre une fuite des talents, mais également un impact sur les finances publiques, à l'institution. «Dans l'actuelle situation de pénurie de main-d'œuvre, ces problèmes peuvent devenir vitaux pour l'économie. [...] Il devient plus facile pour un jeune talent bien formé qui habite Metz, de chercher un emploi sur Paris avec trois jours de télétravail et deux jours de trajets en TGV, que de s'arranger avec les conditions luxembourgeoises», appuie le CES.

Dans ce contexte, l'institution estime qu'il est inévitable pour les employeurs grand-ducaux d'ignorer les seuils fiscaux, et d'ainsi se soumettre à des tracas administratifs, et donc à des pertes de recettes fiscales. Mais «si les employeurs se voyaient acculés à admettre le dépassement du seuil de la sécurité sociale, les pertes pour le Grand-Duché deviendraient telles que le modèle actuel d’attraction de main-d’œuvre étrangère serait remis en question», prévient le CES.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Télétravail pour les frontaliers belges
Le conseil des ministres en Belgique a approuvé ce jeudi l'avant-projet de loi modifiant la convention concernant la double imposition avec le Grand-Duché. Le vote de l'avenant est attendu pour la fin de l'année.
Un article du projet de loi finances simplifiant les démarches administratives pour le télétravail a été adopté mercredi par l'Assemblée nationale en France. De son côté, le Luxembourg propose de passer le seuil social de 25 à 41%. Explications.
Un des points durs de la négociation sera la question de la prise en charge des frais liés au télétravail, à l'heure où les employeurs peuvent être tentés d'encourager cette pratique pour diminuer les coûts énergétiques des entreprises.
Si la marche forcée vers le télétravail a été enclenchée il y a plus de deux ans, certains managers ont encore du mal à accorder une pleine confiance à leurs équipes, comme le démontre une récente étude de Microsoft.
Virtual meetings between workers are now the norm. But strict tax rules stand in the way of more cross-border commuters working from home.