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Le «space mining» remis à plus tard
Économie 6 min. 08.01.2019

Le «space mining» remis à plus tard

Juin 2016. Etienne Schneider dévoile une partie de l'accord avec Planetary Resources. Son p.-d.g. Chris Lewicki, a l'air heureux. Il sait pourtant que l'argent disponible est loin d'être suffisant.

Le «space mining» remis à plus tard

Juin 2016. Etienne Schneider dévoile une partie de l'accord avec Planetary Resources. Son p.-d.g. Chris Lewicki, a l'air heureux. Il sait pourtant que l'argent disponible est loin d'être suffisant.
Foto: Julien Ramos
Économie 6 min. 08.01.2019

Le «space mining» remis à plus tard

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Investissements trop lourds, fonds chinois, bénéfices incertains: le choix du Luxembourg n'a pas porté ses fruits.

L'un, Planetary Resources, a été racheté pour un prix symbolique pour la propriété intellectuelle. L'autre, Deep Space Industries, par un concurrent plus malin. L'aventure du «space mining» au Luxembourg s'est heurtée aux murs qui étaient connus avant qu'elle ne démarre.

A l'enterrement des pionniers du «space mining», Planetary Resources et Deep Space Industries, personne n'a pleuré. L'excitation des geeks milliardaires et des financiers New Age, qui avaient séduit le ministre de l'Economie fin 2015-début 2016, est retombée. Comme si les deux sociétés américaines qui ont ouvert une antenne au Luxembourg dans le cadre de l'initiative lancée par Etienne Schneider étaient condamnées par avance.


Planetary Resources sans... ressources
La start-up à laquelle le Luxembourg a apporté 13,75 millions d'euros contre 10% de parts fin 2016 a de plus en plus de difficultés financières. Seul Arkyd 6, son satellite spécialisé en imagerie des astéroïdes, pourra la sauver.

Petit à petit, des documents remontent à la surface, qui montrent combien le challenge était au minimum compliqué. Comme cette étude de la NASA, de 2012, à laquelle le p.-d.g. de Planetary Resources, Chris Lewicki, a participé. Que dit-elle? Qu'une mission pour aller capturer un astéroïde de 7 mètres de diamètre et le ramener dans l'orbite de la Lune en 2025 coûterait plus de 2,6 milliards de dollars. Sans aucune garantie que les 500 tonnes de roches contiennent quoi que ce soit qui intéresse l'industrie, ni même qu'on puisse les ramener sur Terre.

Mi-décembre, pour la première fois de l'histoire, la Société astronomique du Japon a assuré avoir la certitude que les astéroïdes de type C (les trois quarts des astéroïdes) ont de l'eau, selon la caméra à infrarouge du satellite Akari, qu'il a lancé en 2003. Mais l'eau n'a un intérêt que pour remplir le réservoir des fusées du futur.

Trois sociétés chinoises avaient devancé la SNCI

Sous couvert d'anonymat, certains investisseurs potentiels disent même faire une autre lecture de l'étude de Goldman Sachs sur le potentiel des minerais de l'espace. «Vous croyez vraiment que nous investirions, ce qui aurait pour impact de dégommer le cours de certains matériaux et donc des participations que nous détenons?», dit l'un d'entre eux.

«Il faudrait d'abord que le prix de certains matériaux augmente considérablement en raison d'un accès difficile sur Terre et d'une demande en hausse, pour que cela rende le coût d'aller les chercher sur un astéroïde rentable», avait déjà assuré un spécialiste des planètes à l'Université de Londres, Ian Crowford. «Cela pourrait être le cas dans quelques décennies.»


(de g. à dr.) Chris Lewicki, président et CEO de Planetary Resources (de dos) ; Étienne Schneider, Vice-Premier ministre, ministre de l'Économie ; S.A.R. le Grand-Duc héritier
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Certes, en 2012, Space X n'avait pas encore révolutionné le monde des lanceurs de satellites et tout le monde souriait de voir Elon Musk rêver à voix haute de coloniser Mars. Certes, les investissements massifs ont permis de donner un coup de fouet à un secteur en sommeil depuis la fin de la Guerre froide. Mais avec 49,9 millions de dollars levés entre 2009 et 2017, Planetary Resources ne pouvait pas espérer aller très loin dans cette aventure. «Ce projet est comme un projet d'exploration de gaz ou de pétrole», expliquait le directeur financier Joe Landon à la New Space Confence en février dernier. «Cela peut prendre 10 à 15 ans à devenir rentable et coûter des milliards de dollars à atteindre ce moment». «De nombreuses sociétés sont fondées et leur objectif final est d'être rachetées», ajoute le p.-d.g. Chris Lewicki, comme une option.

Une partie de ces fonds, six mois avant que le Luxembourg n'investisse 14 millions de dollars par la SNCI, sont chinois. En mai 2016, Planetary Resources annonce avoir levé 21,1 millions de dollars dans le cadre d'une série A, auprès de 14 investisseurs.

Trump durcit la position d'Obama

Même si le ministre s'est finalement retranché en décembre derrière un pacte d'actionnaire pour ne plus répondre à ces questions, Tencent Holding, le ZhenFund et Sinovation Ventures font partie du tour de table dirigé par Bryan Johnsson (OS Ventures) entré au conseil d'administration à côté d'Eric Anderson, Chris Lewicki, Michael Murray, Joseph Landon et Peter Diamondis. Bien avant que Trump devienne le 45e président des Etats-Unis, Barack Obama avait interrompu deux transactions au bénéfice d'intérêts chinois. Son successeur a accéléré la cadence sur le sujet, surtout depuis le rapport de la commission sur la propriété intellectuelle qui estime à 600 milliards de dollars le coût de cette guerre économique avec la Chine en 2017.

Le 6 décembre dernier, Boeing trouvait un prétexte pour annuler son contrat avec Global IP – soutenue elle aussi par 300 millions de dollars d'une société chinoise. Outre Planetary Resources, Tencent avait investi dans Moon Express, toujours en finale d'un projet de près de 3 milliards avec la NASA, et dans World View. Kuang Chi a signé un partenariat commercial avec Nanoracks.


11.11. Wi / Min Cooperation / PK Space Law Luxembourg / Space Mining / Etienne Schneider und Jean Louis Schiltz Foto:Guy Jallay
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Une étude du secrétariat à la Défense, en janvier 2018, estime à 10 à 16% le montant de l'argent chinois investi directement dans les start-up à haute valeur technologique américaines en 2015 et 2016 dans 300 deals (11,5 milliards de dollars) surtout concentrés dans les premiers moments de la vie de ces sociétés (59%). Au total, les investissements chinois dans l'économie américaine ont atteint 100 milliards de dollars en cinq ans.

Le Secrétaire à la Défense reconnaît que les Etats-Unis n'ont qu'une arme: le Committee on Foreign Investment, par qui sont passées 74 demandes chinoises entre 2013 et 2015, un record.

En mars, sans attendre sa nouvelle loi, le président Trump avait lui-même bloqué la vente de Qualcomm à Broadcom (Singapour) pour 117 milliards de dollars. Depuis, la loi 400-2 renforce encore la protection des intérêts stratégiques américains. Et comme en fin de parcours, toutes les sociétés finissent toujours par concourir à un projet de la NASA, autant pouvoir montrer «patte blanche».

Les deux sociétés ont pivoté, Deep Space avec Comet, son système de propulsion à eau, qui a directement remporté quelques contrats, et Planetary Resources vers l'observation de la Terre depuis 2016, sans le même «succès». Et cela n'a pas suffi à poursuivre leur aventure vers le forage de l'espace. Il y a longtemps le ministère de l'Economie a rebaptisé son initiative en «initiative sur l'exploitation des ressources de l'espace». Moins risquée.

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