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Le secteur des transports à un tournant
Économie 4 min. 02.04.2020 Cet article est archivé

Le secteur des transports à un tournant

Au total, le Luxembourg compterait environ 7.000 chauffeurs routiers.

Le secteur des transports à un tournant

Au total, le Luxembourg compterait environ 7.000 chauffeurs routiers.
Photo : Shutterstock
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Le secteur des transports à un tournant

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
De mal-aimés hier, les routiers sont devenus les héros du quotidien en approvisionnant les entreprises encore en fonctionnement, les hôpitaux et les commerces alimentaires. Une mission essentielle mais difficile à mener pour nombre de chauffeurs.

Avec près de 340 entreprises pour quelque 9.500 employés, le secteur du transport routier est loin d'être négligeable au Luxembourg. Et encore moins à l'heure où la profession a été reconnue comme essentielle à la bonne marche du pays. La crise du covid-19 aura aux yeux de la profession, au  moins, eu ce mérite : «faire comprendre aux décideurs et à la population que les camions sont une activité primordiale et sans alternative comparable actuellement», analyse Antoine Ries, secrétaire du Groupement des entrepreneurs de transports

De fait, les camionneurs ont la route dégagée pour effacer l'image de pollueurs, fauteurs de bouchons et d'accidents. Mais il ne faut pas croire que tout roule dans le métier. Certaines entreprises, notamment spécialisées dans le transport d'automobiles ou en lien avec des usines ayant temporairement cessé leur activité, ont dû placer la majeur partie de leurs personnels en chômage partiel. D'autres tournent au ralenti. «L'arrêt brutal de certains secteurs ou encore la baisse d'activité globale nous pénalisent évidemment. Les poids lourds circulent mais pas autant qu'il y a un mois», indique-t-on au groupement.

Alors que la société s'est confinée, à l'abri, les routiers assurent le ravitaillement de tout ce qui est devenu indispensable. Et si les axes de circulation sont nettement moins encombrés, la pénibilité du travail n'a pas baissé. En cause, par exemple, la méfiance des clients qui, à l'arrivée du camion, refusent que le chauffeur ait accès aux toilettes ou aux douches. Un inconfort encore plus visible sur les aires de repos d'autoroute. «C'est devenu un enfer rapidement: plus de sanitaires, plus de restaurant, plus d'accueil où se délasser», rappelle Antoine Ries.

La situation n'est pas simple à gérer.

Ben Frin, directeur financier société Arthur Welter

Sans même parler de ces professionnels du volant qui, loin de chez eux, se sont vu refuser un chargement faute de porter un masque. Ou qui ont perdu des heures à l'occasion de passages de frontières subitement bloqués au début de la crise. C'était particulièrement le cas du côté de la Pologne ou de la Hongrie. «Nous avons demandé au gouvernement luxembourgeois de faire pression au niveau de l'Europe. Et cela semble s'arranger.» Des green lines ont notamment été ouvertes pour que les poids lourds circulent sans trop de contraintes administratives au sein de l'espace Schengen.

Chez Arthur Welter, l'un des opérateurs de transport routier majeurs du Grand-Duché, il serait ainsi possible de remplir des carnets de doléances entiers avec les anecdotes rapportées par les 600 chauffeurs de la maison. Ben Frin, directeur financier de la société, le reconnaît : «Quand vous êtes dans l'impossibilité de fournir le gel ou les protections sanitaires qu'il faudrait à vos personnels qui voyagent à l'étranger, c'est terriblement préoccupant. Là, ce matériel sanitaire commence à arriver et se retrouve dans les cabines. Mais la situation n'est pas simple à gérer.»

Depuis Leudelange, l'entreprise a intensifié les contacts avec ses conducteurs. Sur leur console en liaison satellite, les uns et les autres ont tous reçu des informations sur le virus, les conseils de prévention et aujourd'hui se succèdent les messages pour encourager chacun à continuer à avaler les kilomètres. «Nous avons même partagé le fait que le Grand-Duc avait joint la société pour la remercier pour l'accomplissement de sa mission au service du public», indique Ben Frin.

La société a également apporté sa contribution à l'opération JobSwitch.lu. Plusieurs de ses manutentionnaires ont préféré se mettre au service des hôpitaux Robert-Schuman, en mal de main-d'oeuvre, plutôt que de se retrouver au chômage partiel. Beau geste.

«La crise du covid-19 nous a aussi contraints de réorganiser certains postes administratifs. Maintenant, une équipe de jour et d'après-midi fonctionnent chacune 6 heures par jour, avec des membres répartis dans différents bureaux et ordre de ne pas se croiser», souligne le directeur financier. Car, même à petite vitesse, il faut bien assurer l'organisation logistique. Pour la grande distribution, pour les centres médicaux et encore certains partenaires industriels. «Le plus hallucinant, c'est de voir la part que l'activité fret aérien a pris dans nos missions. Avec le Cargocenter, on est au pic de ce qu'on fait habituellement.» L'avion prenant le pas sur le ferroutage actuellement.

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