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«Le satellite sera la clé de la 5G»
Intelsat 38 sera lancé en fin de semaine depuis Kourou. Une nouvelle étape pour Intelsat

«Le satellite sera la clé de la 5G»

Photo: Intelsat
Intelsat 38 sera lancé en fin de semaine depuis Kourou. Une nouvelle étape pour Intelsat
Économie 5 min. 04.09.2018

«Le satellite sera la clé de la 5G»

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le directeur général d'Intelsat - dont le quartier général est au Kirchberg - , Stephen Spengler, s'apprête à livrer une «bataille» cruciale pour l'avenir.

A quatre jours du lancement de deux satellites importants, le directeur général d'Intelsat, Stephen Spengler, passe un été aussi chargé qu'agréable. Son implication dans le dossier très sensible de la 5G américaine a valu à l'opérateur de satellites (dont le quartier général est au Luxembourg) non seulement de réussir à lever plus de 600 millions d'euros malgré un endettement très élevé mais l'action flirte avec les 24 dollars contre moins de 2 dollars il y a deux ans et demi. 

Stephen Spengler, vous êtes à l'initiative de la proposition des grands acteurs du satellite, vous chez Intelsat et la SES principalement, autour de la future 5G américaine. Comment vous êtes-vous retrouvé là? 

Il y a un an, à peu près, nous avons vu des problèmes arriver, quelques préoccupations, à propos de deux textes de loi que le Congrès américain voulait revoir. La FCC (pour Federal Communications Commission, le régulateur américain des télécoms) avait commencé à discuter des plans de partage du spectre dans la C-Band pour favoriser le développement de la 5G aux Etats-Unis. C'est celui que nous utilisons avec la SES et quelques autres acteurs (Les deux réunis prennent 90% du marché, ndlA.) 

A ce moment-là, c'est déjà devenu une priorité nationale... 

Oui, les Américains veulent aller vite et trouver des solutions pragmatiques, qui permettent de développer la 5G et de nouveaux services. 

Pourquoi cette partie du spectre? 

La C-Band est robuste, fiable, c'est la seule parfaitement adaptée pour la télévision... et il n'y en a pas d'autres qui soit aussi performante... 

Et la fibre? 

La fibre n'offre pas les mêmes caractéristiques. Et dans certains cas, elle nécessite de lourds investissements... 

Donc vous répondez à un appel à commentaires de la FCC... 

Oui, la FCC voulait une proposition de marché, créative et innovante, qui permette à de nouveaux entrants de prendre leur place et à notre industrie de défendre les clients existants, ça veut dire éviter les interférences dans la diffusion de leurs programmes. Nous avons été directement suivis par Intel puis, depuis février, par la SES et maintenant par Eutelsat. Seul notre consortium peut à la fois assurer le bon équilibre entre les nouveaux et les opérateurs de satellites. 

Combien la FCC veut «récupérer» de ce spectre de 500 Mhz de large? La SES ne semblait pas prête à aller plus loin que 100 Mhz de large, vous, c'est moins clair... 

Aujourd'hui, la proposition porte sur 100 Mhz. Mais il y a un certain nombre de décideurs qui voudraient que nous libérions plus que 100 Mhz. C'est ce qui nous paraît technologiquement équilibré. 

Pourquoi techniquement équilibré? 200, 300 ou même 500 Mhz, ce ne le serait plus? 

Nous étudions toutes les possibilités, chez Intelsat. Mais il y a d'abord la question des interférences et il faut protéger nos clients. Et puis c'est une question à regarder à la fois sous l'angle du temps, de la complexité et des frais à engager. 


Spectators at Jetty Park pier watch as a Delta II rocket with the Dawn spacecraft aboard, lifts off from the Cape Canaveral Air Force Station in Cape Canaveral, Fla., Thursday, Sept. 27, 2007. NASA's Dawn spacecraft rocketed away toward an unprecedented double encounter in the asteroid belt between Mars and Jupiter. (AP Photo/John Raoux)
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Nous avons aussi nos propres analyses, que nous ne communiquons pas... 

Pourquoi? 

Pour plusieurs raisons. D'abord l'accord de principe de la FCC à notre proposition doit être publié au «mémorial» américain, après quoi s'ouvrira une période de 60 jours pour lui envoyer des commentaires puis 30 jours supplémentaires pour pouvoir répondre avant que le sujet n'entre dans sa phase critique. Ensuite, nous partageons l'analyse qui consiste à dire que ce spectre serait le plus intéressant, qu'il faudrait donc que de nouveaux opérateurs puissent entrer sur le marché mais ce spectre a une valeur, liée à nos investissements. Nous devrons modifier de nombreuses choses pour rendre cela possible, nos clients aussi et nous remettre à relancer des satellites. Ces coûts doivent être couverts. Et ensuite, ce sera un win-win pour tout le monde. 

Stephen Spengler, à la baguette du développement de la 5G aux Etats-Unis, a vu la cote de sa société augmenter avec la perspective du dédommagement financier
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Photo: Guy Jallay

Ce sujet a dopé le moral des analystes qui forment le consensus de votre action, au point que celle-ci s'envole à plus de 24 euros la semaine dernière, niveau qu'elle n'avait plus atteint depuis septembre 2013, une éternité! 

C'est sûr que les attentes liées à la monétisation de la libération du spectre pour la 5G est un élément. Mais je ne crois pas que ce soit le seul qui explique le cours. Nous sommes une industrie très challengée, nous ne sommes pas les seuls à être secoués. Et par rapport à d'autres, du même niveau que nous, nous nous en sortons bien. 

Vous trouvez? 

Les chiffres du deuxième trimestre, publiés en juin, montrent une situation stable, avec des recettes à 537,7 millions de dollars – et des pertes à 46,8 millions de dollars – qui vous permettent de rester sur la trajectoire que vous aviez fixée à 2,060 à 2,11 milliards de dollars pour 2018. 

Mais la dette est toujours de plus de 13 milliards de dollars... 

L'important c'est la structuration de la dette et de ce point de vue-là, notre situation s'améliore. Nous avons levé 630 millions de dollars en juin, qui nous permettent de continuer à financer cette restructuration, à saisir les opportunités de marché et de continuer à investir dans les développements technologiques. Notre prochaine échéance importante, à propos de la dette, sera 2020. Nous allons nous en occuper en restant sur notre stratégie, en maximisant les effets de notre constellation Epic, avec notre nouveau service «Intelsat One Flex», qui rencontre un certain succès auprès du secteur maritime ou aérien. Nous devrons investir dans les technologies liées aux standards de la 5G mais aussi aux technologies terrestres pour profiter du satellite. Car le satellite sera un élément clé de la 5G. 


Businessman working at laptop on night airplane
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Oui! Le lancement est prévu vendredi. Cela nous réjouit à plus d'un titre. Ces deux satellites sont le fruit d'un partenariat et ils sont équipés des meilleures technologies. Le Horizon 3E, fabriqué par Boeing, appartient à une joint-venture d'Intelsat avec les Japonais de Sky Perfect JSAT Group. Ce quatrième projet avec eux, le plus avancé, sera le septième et dernier satellite de la constellation Epic, qui nous permet de couvrir la totalité de la planète, et servira à la région pacifique sur les bandes C, Ka et Ku. Ce sera le premier en HTS, qui maximise la transmission de bytes dans toutes les situations et qui permet de basculer simplement d'une fréquence à une autre. Le second, Intelsat 38, avec Azerspace, couvrira l'est de l'Europe, l'Asie pacifique et offrira de la connectivité en Afrique.


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