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Le salaire minimum augmente, la grogne des patrons aussi
Économie 4 min. 20.11.2020

Le salaire minimum augmente, la grogne des patrons aussi

Le commerce constitue le secteur ayant le plus recours au revenu social minimum (devant Horesca et construction). Ils devront supporter cette charge inattendue en plus de la crise...

Le salaire minimum augmente, la grogne des patrons aussi

Le commerce constitue le secteur ayant le plus recours au revenu social minimum (devant Horesca et construction). Ils devront supporter cette charge inattendue en plus de la crise...
Économie 4 min. 20.11.2020

Le salaire minimum augmente, la grogne des patrons aussi

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Xavier Bettel a annoncé une hausse du salaire minimum mensuel pour le 1er janvier 2021. Il s'élèvera alors à 2.642 euros. Mais, côté employeurs, on craint que ce geste ne soit plus fâcheux que généreux.

La crise covid affecte la santé de la population, comme celle de l'activité économique. Si d'un côté le virus a tué 260 résidents à ce jour, il a aussi affaibli l'activité du Luxembourg. En témoignent une partie des 988 faillites déjà enregistrées dans le pays, mais aussi les 3.848 entreprises encore sous la perfusion du chômage partiel en cette fin novembre. Mais huit mois après le début de l'épidémie, c'est aussi en direction des plus bas revenus que le gouvernement a décidé d'agir.

Un coup de pouce de 2,8% du salaire minimum qui sera apprécié des ménages modestes. Une augmentation de quelques euros qui mettront du beurre dans les assiettes de plus de 60.000 salariés. Et cela sans tarder, dès le 1er janvier 2021, a annoncé Xavier Bettel entre diverses mesures sanitaires faites pour endiguer la préoccupante deuxième vague d'infections. Voilà donc le salaire social minimum (SSM) porté à 2.642 euros, contre toute attente.

Aux yeux du Premier ministre, la justification de cette augmentation est toute trouvée en ces temps difficiles : «Malgré la crise, il faut s'assurer que le pouvoir d'achat puisse être maintenu». Et ce choix s'avère purement politique de la part de la majorité DP-LSAP-Gréng. Car la décision de rehausser le salaire minimum n'a rien à voir avec l'index, par exemple. Le gouvernement argumente sa décision plutôt comme «un rattrapage de la hausse des salaires moyens sur 2018 et 2019». Un ajustement que la coalition en place s'est promis de réaliser tous les deux ans, et qui tomberait à point... Alors va pour 2,8% de plus!

Mais la mesure est loin de faire l'unanimité. Certains n'hésitant pas à se moquer des largesses d'un Premier ministre qui «distribue de l'argent qu'il n'aura pas à sortir de sa poche». En effet, si c'est l'Etat qui décide de cette augmentation, ce sera bien aux employeurs de payer ce surcoût inattendu.

«Avouez que cela tombe au pire moment, regrette Jean-Paul Olinger, directeur de l'Union des entreprises luxembourgeoises (UEL). Cela va impacter les dépenses de secteurs qui sont déjà affaiblis et qui vont encore voir leurs marges de manœuvre fondre».


Wirtschaft, Interview mit Jean-Paul Olinger, UEL, Unions des Entreprises Luxembourgeoise, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
«La crise actuelle ne constitue pas un alibi»
Jean-Paul Olinger, directeur de l'Union des entreprises luxembourgeoises (UEL), estime que le chômage partiel devrait se poursuivre pendant une bonne partie de 2021 et devrait constituer une réponse aux conséquences de la crise. A l'image de ce qui se passe ailleurs en Europe.

La réaction de l'UEL ne s'est pas fait attendre: «Tout simplement pas soutenable». Les calculs ont été faits, l'augmentation entraînera un surcoût de plus de 60 millions d'euros pour les sociétés du pays (salaires et cotisations indexées), sans compter l’impact sur la grille générale des salaires. «Car bien sûr il va falloir maintenir l’écart avec les salaires qui se trouvaient juste au-dessus et les augmenter eux aussi...»

Et puis, note l'Union des entreprises, qui sont les secteurs qui justement rémunèrent le plus selon cette base du SSM? «Justement les secteurs qui sont le plus touchés par la crise». Ainsi, l'effort demandé s'élèverait à minimum 8 millions d'euros pour les sociétés de l'hôtellerie-restauration, voire 15 millions pour le commerce et le transport. De quoi soit les tuer, soit étouffer dans l’œuf tout espoir d'une reprise économique du fait de cette charge salariale accentuée à l'heure même où les recettes se font rares.


Wirtschaft, ADEM, Arbeitsamt, Jugendarbeitslosigkeit, Arbeit, Job, ADEM Esch Alzette, ( gestelltes Bild mit Einverständnis des Jugendlichen zu jedem Thema in Zusammenhang der ADEM ) Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort Esch Alzette, ( gestelltes Bild mit Einverständnis des Jugendlichen zu jedem Thema in Zusammenhang der ADEM ) Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort
Le chômage se stabilise en octobre
Si l'Adem enregistre une hausse d'à peine 0,5% par rapport au mois de septembre, cette stabilisation est en réalité en trompe-l’œil puisque sur un an, le nombre de demandeurs d'emploi demeure en nette hausse.

Du coup, les multiples aides déployées par le gouvernement par ailleurs pour aider les petits ou gros entrepreneurs ne fait plus sens aux yeux de l'UEL. Pas plus que le soutien, annoncé dans la foulée, d'une compensation à l'employeur de 500 euros par salarié bénéficiant du SSM (ou SSM qualifié). Enfin, jusqu’à fin juin 2021. Et puis, juste pour les entreprises bénéficiant du plan de relance (secteurs vulnérables). «Donc une maigre consolation», s'attriste le patronat.

Aussi, l'UEL ne demande pas au gouvernement d'ajuster sa proposition. L'Union réclame le retrait pur et simple du projet de loi approuvé en conseil de gouvernement. Mais l'on voit mal comment Xavier Bettel pourrait faire machine arrière maintenant. Et encore moins comment l'augmentation ne saurait être approuvée par vote par la majorité. «L'Etat social fonctionne», souhaite faire savoir le Premier ministre. Coûte que coûte à la puissance publique, avait-il promis dès mars. Au secteur privé de se mettre au diapason maintenant.

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