Changer d'édition

Le roaming, c'est fini: Viviane Reding gagne son combat
Économie 5 min. 12.06.2017 Cet article est archivé
Jour J

Le roaming, c'est fini: Viviane Reding gagne son combat

«Au lieu de dépenser six millions d'euros en lobbying, les opérateurs feraient mieux de revoir leur business model!» Avril 2006, la commissaire européenne Viviane Reding lance les hostilités. Un combat contre le roaming qui durera plus de dix ans.
Jour J

Le roaming, c'est fini: Viviane Reding gagne son combat

«Au lieu de dépenser six millions d'euros en lobbying, les opérateurs feraient mieux de revoir leur business model!» Avril 2006, la commissaire européenne Viviane Reding lance les hostilités. Un combat contre le roaming qui durera plus de dix ans.
Foto: Gerry Huberty
Économie 5 min. 12.06.2017 Cet article est archivé
Jour J

Le roaming, c'est fini: Viviane Reding gagne son combat

Michel THIEL
Michel THIEL
Ce jeudi marque la fin du roaming en Europe. C'est l'eurodéputée luxembourgeoise Viviane Reding qui a porté ce combat pour les consommateurs européens.

Par Thierry Labro

Ce jeudi 15 juin marque la fin du roaming en Europe. C'est l'eurodéputée luxembourgeoise Viviane Reding qui a porté ce combat pour les consommateurs européens. Elle se souvient de ces treize années d'entêtement et d'imagination, et appelle à réduire la distance entre UE et citoyens.

Mme Reding, votre action de commissaire européenne puis de députée européenne sur le roaming est un cas rarissime d'intervention sur un marché, dont on dit habituellement qu'il va s'autoréguler au profit des consommateurs. En  2004, vous le racontez dans votre petit livre paru avec le Parti conservateur européen, le combat s'engage.

Viviane Reding: Il a fallu de la suite dans les idées et du temps. En temps normal, on arrête de s'en occuper après un an...

Dès le départ, vous faites quasiment l'unanimité contre vous...

Le roaming était une vache à lait et tous les entrepreneurs des télécoms ont essayé de le préserver. Si leur comportement est plus ou moins normal d'un point de vue économique, les P.-D.G. ont tous commis une grave faute professionnelle en jugeant mal la situation. Ils auraient mieux fait d'investir dans un nouveau business model ou de nouveaux services à leurs clients au lieu d'investir massivement dans le lobbying à Bruxelles et ailleurs...

Même au Luxembourg! Dans «Roaming, le combat de David contre Goliath», vous n'êtes pas tendre avec les opérateurs luxembourgeois ou même avec Jean-Louis Schiltz, pourtant issu de votre famille politique...

Dans ce livre, il n'y a que ce qui est public ou des citations d'articles de journaux. Mais il faut comprendre la situation sur deux niveaux. D'abord, le marché est souvent occupé, à l'époque, par des opérateurs historiques. Ce qui explique que le ministre français de l'époque refuse de changer quoi que ce soit pour défendre Orange. Dans les grands pays, on n'est pas du tout ou presque pas concernés par le roaming puisque la plupart du temps, les consommateurs ne changent pas de pays... Comme la plupart des ministres, quand il a compris que les consommateurs ne voulaient plus payer ce surcoût, Jean-Louis a changé d'avis. La chancelière allemande, Angela Merkel, elle, est venue directement signer les papiers devant les photographes...

Ensuite, d'un point de vue économique, il fallait limiter le poids des opérateurs historiques et ouvrir le marché à des «petits», les entreprises virtuelles. C'est ce que nous avons fait en même temps et qui a par exemple permis à Free de se développer, pour donner un exemple français. Je dois dire que j'avais anticipé de nombreux scénarios, à la fois avec des études d'impact mais aussi et surtout avec des analyses juridiques. Un commissaire ne peut pas prendre le risque de perdre en justice. C'est ce qui m'a permis d'avancer avec détermination.

Puisque vous parlez d'analyse économique, très tôt, vous savez qu'il n'est pas possible d'interdire purement et simplement les frais liés au roaming...

Non. D'ailleurs les opérateurs ont directement évoqué les questions liées à l'emploi. La première décision marquante que nous prenons est la baisse de 60 %, en 2007. Au-delà de ce chiffre, nous aurions mis en péril un certain nombre d'entreprises. Prenez les opérateurs luxembourgeois. Au Luxembourg, non seulement les gens voyagent, changent de pays plus régulièrement qu'ailleurs mais même chez eux, ils sont connectés aux réseaux allemands, français ou belges. Le roaming a été une importante source de revenus...

Autrement dit, aujourd'hui, les grandes annonces et publicités sont démesurées au regard de ce que les consommateurs vont percevoir au niveau de leur facture de téléphone?

Aujourd'hui, la fin du roaming ne se verra pas.

D'une certaine manière, les télécoms ont écouté vos «conseils» et offrent aujourd'hui des packages complets, qu'il est impossible de comparer entre eux et où il est impossible de lire ce que nous payons vraiment...

Ce qu'il faut regarder, c'est l'incroyable évolution technologique. Quand nous mettons ce projet en route, les téléphones sont utilisés... pour téléphoner. Pour la voix. Les gens n'envoyaient pas de SMS. Quand les jeunes ont commencé à communiquer comme ça, nous avons dû nous adapter. Puis est venu le temps des datas, des données, d'Internet. Il a fallu faire entrer cela dans la législation européenne. Ce qui m'a toujours guidée est l'idée d'avoir des prix justes et l'ouverture du marché. Le roaming éliminé, les opérateurs ont envie de se rattraper, d'où l'offre plus sophistiquée, notamment sur le transfert de données. Nous devons absolument continuer à travailler et rester sur l'idée du «un continent, une règle».

On a revu la lenteur des institutions européennes dans la protection des données qui ne sera pas appliquée avant 2018, soit six à sept ans après le texte, ou encore avec le Parquet européen, dont on a appris la semaine dernière qu'il viendrait s'installer au Luxembourg et dont vous avez aussi eu à vous occuper. C'est peut-être ce que les citoyens européens comprennent le moins. Pourquoi faut-il que cela prenne autant de temps?

C'est laborieux. La procédure est longue. Quand un commissaire met une idée sur la table de la Commission européenne, il a déjà dû effectuer des études préliminaires d'au moins deux ans. Généralement, il faut encore trois à quatre ans avant que l'idée puisse entrer en application. D'un autre côté, cette longueur s'explique par le débat, pour le coup démocratique. Chacun a son mot à dire et les discussions sont très transparentes. Peut-être que sur un certain nombre de sujets, il faudrait se contenter d'une seule lecture, idée très critiquée, au lieu d'en prévoir une deuxième qui retarde tout projet d'un à deux ans.

Sans compter que les ministres sont souvent accusés de tenir un double langage, une version à Bruxelles et l'autre dans leur capitale...

Le Parlement européen contrôle la Commission européenne, il faut que la Chambre des députés contrôle les ministres luxembourgeois à Bruxelles. C'est aux parlements nationaux de revoir leur fonctionnement. Un peu à la manière danoise où le parlement contrôle l'action des ministres au Conseil européen des ministres et travaille en parallèle avec l'Union européenne. 


Sur le même sujet

Célébration du 70e anniversaire de la CECA
Ce mercredi matin, la présidente de la Commission européenne et les commissaires européens se sont réunis à Luxembourg-Ville à l'occasion du 70e anniversaire de la CECA.
Politik, 70 Jahre CECA in Luxembourg, mit Xavier Bettel, Lydie Polfer, Ursula Von der Leyen, EU Europaïschen Kommission, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort