Changer d'édition

Le property management, «un métier de l'ombre»
Économie 6 min. 12.10.2020

Le property management, «un métier de l'ombre»

Pour Stéphane Thauk, dans le property management, il faut «faire preuve de compétences techniques, posséder des notions environnementales, immobilières, financières et connaître le marché local»

Le property management, «un métier de l'ombre»

Pour Stéphane Thauk, dans le property management, il faut «faire preuve de compétences techniques, posséder des notions environnementales, immobilières, financières et connaître le marché local»
Photo: Chris Karaba
Économie 6 min. 12.10.2020

Le property management, «un métier de l'ombre»

Le directeur général de MVGM Luxembourg, Stéphane Thauk, explique en quoi consiste l'activité de property management. Il fait le point sur la santé de sa société, qui emploie une quinzaine de collaborateurs un an après son arrivée au Grand-Duché.

(JFC, avec Mara Bilo) - Le 1er octobre 2019, la société néerlandaise MVGM reprenait officiellement les activités de gestion immobilière de JLL en Europe continentale. La transaction donne naissance à un acteur européen présent dans dix pays – dont le Luxembourg. Un an après cette reprise, le directeur général de MVGM Property Management Luxembourg, Stéphane Thauk fait le point sur l’évolution des activités au Grand-Duché. La nouvelle société, dont les bureaux se situent à Leudelange, a de l’appétit: à terme, l'objectif est de devenir l'acteur de référence en property management au Luxembourg.

Stéphane Thauk, en quoi consiste exactement l'activité de property management?

Stéphane Thauk - «C'est la gestion locale d'un bâtiment au nom d'un propriétaire. Cela englobe notamment les aspects techniques, le nettoyage des espaces, le confort des locataires, le règlement et l'application des conditions des baux de location. Il s'agit finalement de gérer tous les aspects stratégiques, administratifs et financiers d'un bâtiment. Pour ce faire, il faut faire preuve de compétences techniques, posséder des notions environnementales, immobilières, financières, connaître le marché local. C'est un métier de l'ombre, peu reconnu malheureusement.

Au Luxembourg, MVGM emploie une quinzaine de collaborateurs, qui collectent toutes les informations de nos bâtiments sous gestion et qui sont le premier interlocuteur en cas de problème. Nous faisons ensuite appel aux fournisseurs avec lesquels nous travaillons régulièrement – il y en a plus de 350 au total.


Lok , Chantiers Ville de Luxembourg , Liste von  Diane Lecorsais ,Croisement Ban de Gasperich , Cloche d`Or  Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
L'immobilier de bureaux s'en tire bien
Avec 117.568 m2 nouvellement acquis, le secteur n'a pas à se plaindre du premier semestre 2020. Mais le chiffre pourrait cacher un marché plus timide dans les mois à venir.

Comment se calculent vos honoraires?

«Dans le property management, les honoraires se calculent généralement en fonction du montant du loyer; c'est de l’ordre de 1 à 2% en fonction des spécificités des bâtiments. La facturation de nos services est reprise dans les charges que les locataires paient à leur propriétaire. Lorsqu'il s'agit d'intervenir pour de petites réparations, qui n'excèdent pas un montant défini, nous pouvons le faire directement sans l'aval du propriétaire. La situation est différente lorsqu'il s'agit de grandes réparations: les coûts peuvent rapidement s'élever à plusieurs centaines de milliers d'euros.

Nous souhaitons étendre nos activités à d'autres segments.

La société MVGM a repris les activités de gestion immobilière de JLL. Comment qualifieriez-vous vos relations à l'heure actuelle?

«Nous travaillons de manière indépendante, mais nous avons un accord – JLL fait toujours appel à nous lorsqu'il y a besoin d'une société spécialisée en gestion immobilière. Il faut savoir que la plupart des grands noms de l'immobilier ont leur propre département property management.

Mais à mon avis, séparer les activités de gestion immobilière du reste des activités d'une agence immobilière est très pertinent. Car les intérêts ne sont pas les mêmes: une agence qui négocie une transaction immobilière travaille à court terme avec le client, la société spécialisée en property management travaille sur du long terme, l'idée est de construire une relation de confiance avec le propriétaire d'un bien.

Aux Pays-Bas, votre société mère est leader dans le property management et représente d'après vos communications 75% des parts du marché. Quel est votre objectif au Luxembourg?

«Le même! Le projet est de développer le business modèle qui a fonctionné aux Pays-Bas dans les autres pays, mais tout en gardant les spécificités du marché local. Nous voulons garder l'ADN de chaque pays dans lequel nous sommes présents. Pour l'instant, au Grand-Duché, nous ne sommes actifs que dans la gestion d'espaces de bureaux.

Stéphane Thauk: «nous avons 58 bâtiments sous gestion pour une trentaine de clients»
Stéphane Thauk: «nous avons 58 bâtiments sous gestion pour une trentaine de clients»
Photo: Chris Karaba

Mais à long terme, nous souhaitons étendre nos activités à d'autres segments, notamment le résidentiel, le retail et l'industrie, comme nous le faisons aux Pays-Bas. L'ouverture d'un nouveau département consacré au résidentiel est d'ailleurs prévue pour l'année prochaine. La situation actuelle ne nous permet cependant pas pour l'instant de planifier plus concrètement ce projet.

Où en êtes-vous aujourd'hui dans vos activités de gestion de bureaux?

«Avant que MVGM ne reprenne les activités de gestion immobilière de JLL, la société faisait partie du top 3 du marché luxembourgeois en matière de property management. A l'heure actuelle, nous en faisons certainement toujours partie, nous avons 58 bâtiments sous gestion pour une trentaine de clients – les institutions, des fonds internationaux et des investisseurs locaux. En un an, nous avons réussi à gagner de nouveaux actifs. Mais dans le property management, il faut plutôt observer la croissance sur le long terme; les négociations peuvent durer des mois, voire même des années.

Vous mentionniez que la situation actuelle rend la planification de vos projets futurs difficile. En quoi la crise du covid-19 a-t-elle impacté votre manière de travailler?

«Nous avons été très surpris par notre charge de travail pendant le confinement. Du jour au lendemain quasiment, nous avons dû répondre à un nombre accru de requêtes de la part de nos propriétaires, qui voulaient savoir lesquels de leurs locataires continuaient à payer leur loyer, lesquels avaient du retard ou n'étaient pas en mesure de le payer. Je suis satisfait des résultats obtenus avec mon équipe, nous avons fait preuve de réactivité auprès de nos clients.

Nous avons dû prendre les devants en mettant en place les protocoles covid-19, notamment au niveau de la signalétique, de l'installation de distributeurs de gel désinfectant, de plaques en plastique, etc. Nous avons dû travailler dans l’urgence, il fallait que les bâtiments soient prêts lorsque les sociétés reprendraient leurs activités normales.

La crise sanitaire a eu des effets positifs sur le travail.

Pensez-vous que votre croissance actuelle dans le segment espaces de bureaux pourrait être stoppée du fait que de nombreuses sociétés misent dans le futur sur le télétravail? La construction de nouvelles surfaces de bureaux risque d'être moins importante dans les années à venir...

«Tant qu'il y aura des bureaux, il y aura la nécessité d'avoir une société de property management, qui assure la gestion des espaces. Il est possible que la construction de surfaces de bureaux ralentisse, mais je pense que c'est surtout au niveau de la manière de réfléchir des sociétés que des changements vont s'opérer. Les entreprises seront susceptibles de louer des espaces différents ou de louer d'autres bureaux plus près des frontières pour répondre aux besoins de leurs collaborateurs.

La crise sanitaire a eu aussi des effets positifs sur le travail: de nombreux salariés se sont révélés nettement moins stressés et plus productifs en travaillant à la maison. La situation actuelle a mené beaucoup de sociétés à organiser une rotation dans les bureaux et à optimiser leurs espaces. Les sociétés prennent en compte ces éléments nouveaux dans leur planification d'espaces de bureaux.»

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

A plus grands pas vers du logement accessible
Face à la difficulté croissante de trouver de quoi se loger au Luxembourg, une vingtaine d'associations et syndicats organisent, samedi, une manifestation à Luxembourg. But : pousser les politiques à faire plus, et plus vite.
Le prix du logement en hausse de 13,3% sur un an
La dernière étude d'Eurostat, publiée ce mercredi, fait état d'une augmentation significative du tarif des logements au Luxembourg. Par rapport au trimestre dernier, l'addition a augmenté de 4,4%.
L'immobilier de bureau contraint de se réinventer
Si le confinement a obligé toutes les entreprises du pays à adopter le travail à distance, le retour en entreprise s'amorce peu à peu. Avec de nouvelles habitudes qui vont impacter, à moyen terme, les stratégies des entreprises en matière d'organisation du lieu de travail.
Wirtschaft, Veränderungen am Büroimmobilienmarkt, Bürogebäude, Cloche d'or, Ban de Gasperich, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
L'immobilier de bureaux s'en tire bien
Avec 117.568 m2 nouvellement acquis, le secteur n'a pas à se plaindre du premier semestre 2020. Mais le chiffre pourrait cacher un marché plus timide dans les mois à venir.
Lok , Chantiers Ville de Luxembourg , Liste von  Diane Lecorsais ,Croisement Ban de Gasperich , Cloche d`Or  Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
«Pas question de crise du secteur immobilier»
«Le Luxembourg fait face à une crise du logement, pas de l’immobilier», nuance ce mercredi Jean-Paul Scheuren. Le président de la Chambre immobilière ajoute qu'«un mois de confinement entraîne un retard de trois mois dans la construction».
Illustrations constructions - Quartier Kiem, le 17 Aout, 2018. Photo: Chris Karaba