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«Le problème de l'index, c'est que l'argent n'est pas là»
Économie 4 min. 24.02.2022 Cet article est archivé
Entreprises

«Le problème de l'index, c'est que l'argent n'est pas là»

Employant en moyenne 14 salariés, les entreprises du secteur de l'artisanat risquent d'être particulièrement touchées par la prochaine tranche indiciaire.
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«Le problème de l'index, c'est que l'argent n'est pas là»

Employant en moyenne 14 salariés, les entreprises du secteur de l'artisanat risquent d'être particulièrement touchées par la prochaine tranche indiciaire.
Photo: Shutterstock
Économie 4 min. 24.02.2022 Cet article est archivé
Entreprises

«Le problème de l'index, c'est que l'argent n'est pas là»

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Alors que la prochaine augmentation automatique des salaires doit tomber au printemps, certaines entreprises luxembourgeoises redoutent cette échéance. Le secteur de l'artisanat craint de ne pouvoir compenser l'index par une hausse du chiffre d'affaires.

Si aucun doute ne plane sur l'arrivée de l'index, les inquiétudes des entreprises, elles, sont bien là. Le Statec l'a confirmé mercredi dernier, les salaires luxembourgeois seront augmentés avant l'été, afin de venir soulager les portefeuilles de ménages, qui subissent de plein fouet une inflation record. Cette dernière dépasse toutes les prévisions de l'Institut national de la statistique et des études économiques, si bien qu'il ne serait pas impossible qu'une seconde tranche indiciaire soit déclenchée à la fin de l'année 2022.


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Déclenchée pour la dernière fois en octobre dernier, la nouvelle tranche indiciaire s'est traduite par une revalorisation de 2,5% des salaires, pensions et traitements dans le pays. Explication des objectifs et du fonctionnement du dispositif avec un spécialiste du Statec.

Mais la flambée des prix de l'énergie n'impacte pas seulement les particuliers. Les entreprises, elles aussi, doivent payer des factures, et la liste des dépenses risque bientôt de s'allonger avec la  hausse généralisée de 2,5% de l'ensemble des salaires versés à leurs salariés qui se profile. «C'est moins l'index qui pose problème que l'inflation», reconnaît le secrétaire général adjoint de la Fédération des artisans.  Christian Reuter. «Mais si deux tranches indiciaires sont déclenchées en une année, pour une entreprise, cela peut entraîner une augmentation des coûts de 5%», souligne-t-il.

Une contrainte qui pèsera davantage sur les épaules des petites structures. Pour le démontrer, Christian Reuter fait le calcul. «Pour une entreprise de 20 salariés qui a une masse salariale de 800.000 euros, cela fait 40.000 euros d'augmentation, ce qui représente un salaire supplémentaire. Mais le problème, c'est que l'argent n'est pas là», alerte le porte-parole de la fédération. 

Environnement fragilisé

Les entreprises, qui doivent déjà composer avec la pandémie et les ruptures d'approvisionnement qui en découlent, n'ont que peu d'options pour compenser cette hausse des charges fixes. «Et elles auront du mal à contrebalancer l'ensemble de cette augmentation des coûts par une augmentation du chiffre d'affaires», prévient Christian Reuter. En effet, les consommateurs risquent de leur côté de devenir plus frileux, et d'ainsi décaler leurs dépenses.


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L'indexation des salaires tombera au deuxième trimestre
Le Statec confirme ce mercredi que l'index sera activé avant l'été. La tranche suivante pourrait aussi tomber avant la fin de l'année.

Si la date de l'index n'a pas encore été annoncée, les artisans, eux, ont déjà fait part de leurs inquiétudes à leur fédération. Et pour cause: les entreprises du secteur comptent en moyenne 14 employés, et évoluent dans un environnement particulièrement fragilisé par la crise sanitaire. «Certains ne savent pas comment assumer ces coûts. Chaque augmentation est problématique, car on lie les salaires aux prix de l'énergie sur lesquelles les entreprises n'ont aucun levier. Les sociétés, elles, n'ont pas d'index pour compenser leur perte de pouvoir d'achat.»

Se pose également la question de la concurrence. Face à ses voisins qui ne revalorisent pas les salaires, le Luxembourg peut courir un risque. «On augmente les salaires et les coûts sans être plus productifs, ce qui va rendre les services luxembourgeois plus chers plus rapidement. Cela risque de poser problème», abonde Christian Reuter.

Une solution ciblée

Alors que les entreprises n'évoluent pas en position de force, le secrétaire général de la FDA se veut alarmiste: «Si l'on ne trouve pas de solution à moyen terme, les entreprises devront faire un choix». En effet, les prix de l'énergie tout comme les prix à la consommation ne sont pas près de redescendre aussi rapidement qu'ils ne sont montés en flèche.


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Plutôt que l'index, Christian Reuter plaide donc pour une autre solution. Une solution qui vise en priorité les ménages à faibles revenus. «Il faut cibler les ménages en difficulté, se concentrer sur les gens qui ont des problèmes», martèle le secrétaire général adjoint de la FDA, qui ne voit pas le chèque énergie d'un bon œil.

Une position partagée par la Chambre de commerce, qui avait indiqué en décembre dernier vouloir se débarrasser de l'index. Pour l'institution, le dispositif est synonyme d'un point négatif pour la compétitivité du Luxembourg. «La Chambre de commerce a également proposé de sortir le fuel et le gaz du panier de l'index pour apaiser la situation, et ça me semble être une bonne approche si on arrive à compenser l'augmentation des coûts par un autre moyen», conclut Christian Reuter.

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