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Le premier "train de la Chine"... n'arrivera pas à Thionville
Trois semaines pour arriver à Duisbourg. Quatre semaines de retard.

Le premier "train de la Chine"... n'arrivera pas à Thionville

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Trois semaines pour arriver à Duisbourg. Quatre semaines de retard.
Économie 4 min. 14.08.2018

Le premier "train de la Chine"... n'arrivera pas à Thionville

Le premier train de la Chine n'arrivera jamais à Thionville. Lundi, le président de l'Europort, Jean-Charles Louis, a dû reconnaître que les 40 conteneurs seraient acheminés... par la route depuis Duisbourg.

A l’annonce, mi-juillet, qu’un premier train de conteneurs allait arriver de Chine à Thionville, d’aucuns hésitaient entre blague et fausse nouvelle.

Il y a plus de deux ans que les Luxembourgeois cherchent à établir une connexion entre Zhengzhou et Bettembourg. La chose n’est déjà pas aisée d’un point de vue logistique mais pour qu’elle vaille le coup d’un point de vue économique, le train doit repartir en Chine aussi chargé que possible...

 

Lorsque les responsables du complexe logistique et industriel d’Europort, à Yutz, près de Thionville, ont officiellement annoncé que le train de conteneurs arriverait le 30 juillet, plus personne n’a ri… mais ça n’a pas duré.

L’arrivée en gare d’Illange, au beau milieu d’un ancien complexe sidérurgique, était annulée en raison de problèmes en Russie. Avant d’être reprogrammée le 13 août et d’être à nouveau annulée.

Fin du parcours à Duisbourg

De retour de vacances, lundi, le président de l’Europort, Jean-Charles Louis, a finalement donné une explication à ces annonces à répétition sur ce train qui a besoin de deux semaines pour rallier l’ouest de l’Europe… et qui en a mis quatre...

Le premier train de la Chine n’arrivera jamais. Comme tous les autres avant lui, le train parti de Xian s’est arrêté à Duisbourg. La moitié des 40 conteneurs ont déjà été acheminés par camion et les vingt autres suivront.


Et les explications du président d’Europort n’y changeront rien. Comme prévu, le train a quitté Xian le 13 juillet. Comme prévu, il a ensuite traversé le Kazakstan, la Russie, la Biélorussie et la Pologne. Comme prévu, il est arrivé à Duisbourg. Avec deux ou trois jours de retard que prévu, selon Jean-Charles Louis. Deux ou trois jours, sur un temps de trajet de deux semaines, ça n’a pas l’air dramatique.

Des wagons de remplacement impossibles à utiliser

Ca a été le début des vrais ennuis.

Car selon le président d’Europort, “RTSB” était responsable du transport des conteneurs de Chine à Duisbourg, tandis que la société de transit de Duisbourg à Thionville est une filiale de la SNCF, Forwardis, qui a toutes les autorisations nécessaires. 

Sauf que RTSB, contrairement au contrat de départ, n’avait pas prévu de laisser ses wagons aller à Thionville. Du coup, les organisateurs de ce voyage ont dû trouver des wagons de remplacements. Avant même que le train n’arrive à Duisbourg. Ces wagons, disponibles pour huit jours seulement, ne pouvaient plus réaliser l’aller-retour Duisbourg-Thionville avec trois jours de retard...

Il a donc fallu, pour respecter le contrat de “livraison”, charger la moitié des conteneurs sur des camions et les livrer par la route. Et pendant ce temps-là, du côté lorrain, les dirigeants continuaient à se dire que ce train, qui arriverait à Thionville, avec une jolie réception, des petits fours, des discours, un vin d’honneur et des journalistes, cela aurait été du plus bel effet.

Sauf que finalement, Forwardis a aussi renoncé à amener le reste du train jusque-là. Trop compliqué. Le reste du premier train chinois dans la région a donc aussi… été acheminé par camion.

La "course avec les CFL" relancée

Déçu, Jean-Charles Louis? Evidemment. Un échec? Oui, puisque le train n’arrivera jamais à Thionville mais non, parce que le président de l’Europort a toujours été assez prudent pour prédire probablement des difficultés ici ou là. De quoi apprendre pour le prochain, qui arrivera quand, du coup? En fin d’année. Peut-être. A sobrement répondu le président.

La “course” toute honorifique entre les CFL et l’Europort reste ouverte, même si les deux liaisons ferroviaires se complètent plutôt qu’elles ne se concurrencent. En juillet, d’ailleurs, M. Louis avait même suggéré une coopération de part et d’autre de la frontière. Sauf que la directrice de la stratégie et du développement commercial pour CFL Multimodal, Barbara Chevalier, avait pointé deux différences notables: le train luxembourgeois veut établir une connexion depuis Zhengzhou et non de Chengdu comme la Lorraine; et les CFL ne veulent pas étendre une connexion qui existe déjà jusqu’à Duisbourg, comme les Lorrains, mais véritablement créer une nouvelle liaison.

Lundi, Jean-Charles Louis a encore parlé d'une possible coopération. Mais il n’y a pas de négociations ouvertes avec les CFL, a-t-il dit. Pas encore. Parce que pour que ces possibilités ne restent pas de la théorie, il invite entre les lignes à ce que des discussions s’engagent.

Andreas Adam (trad. TL)


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