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Le Groupe Jost suspecté de traite d'êtres humains
Économie 4 min. 08.05.2017 Cet article est archivé

Le Groupe Jost suspecté de traite d'êtres humains

Les autorités belges et luxembourgeoises ont procédé à des perquisitions dans différentes entreprises du groupe Jost

Le Groupe Jost suspecté de traite d'êtres humains

Les autorités belges et luxembourgeoises ont procédé à des perquisitions dans différentes entreprises du groupe Jost
Foto: LW-Archiv
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Le Groupe Jost suspecté de traite d'êtres humains

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le parquet de Dierkich et le parquet fédéral belge ont mené lundi matin une opération dans 15 entreprises du groupe luxembourgeois de transport et de logistique Jost, suspecté de traite d'être humains et d'organisation criminelle.

Le parquet de Diekirch et les parquets belge, slovaque et roumain ont coordonné lundi matin une vaste opération dans une quinzaine des sociétés du groupe de transport et de logistique Jost à Weiswampach. 

Au Luxembourg, le parquet suspecte le groupe de trois infractions principales: traite d'êtres humains, organisation criminelle et infractions au code du travail. Peu avant midi, les perquisitions se poursuivaient et l'étude du matériel saisi pourrait prendre des semaines.

Selon les médias belges, l’entreprise est suspectée de faire du dumping social en recrutant en Europe de l’Est plus d'un millier de conducteurs de camions pour les faire travailler en Belgique aux conditions d’emploi de leur pays d’origine. Le manque à gagner pour la sécurité sociale belge s’élèverait à quelque 55 millions entre 2014 et 2016.

La visite des policiers s'inscrit dans la foulée du contrôle de la société hongroise Waberer, dimanche 20 novembre à Battice. Dans les locaux de Jost, les treize enquêteurs avaient constaté de nombreuses infractions au temps de travail des chauffeurs. Interrogés sur l'endroit où ils dormaient, tous répondaient dans le bâtiment de Jost, où l'inspection des lois sociales n'a trouvé ni dortoirs ni sanitaires.

La crise, une opportunité de croissance

Né en 1958, le groupe luxembourgeois a profité de la crise économique et financière de 2008 pour se hisser parmi les plus grosses sociétés européennes de transport et de logistique à grands coups d’acquisitions, de reprises et de fusions. Aujourd’hui, Groupe Jost pilote depuis le nord du Luxembourg une vingtaine de sociétés dans dix pays, de la Belgique à la Pologne et du Luxembourg à la Tunisie, en passant par la France, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie ou l’Italie. 

Les derniers bilans financiers du groupe font état de 100% de participations dans d’autres sociétés qui ne sont pas référencées sur le site internet très transparent du groupe. Entre 2008 et 2015, derniers chiffres disponibles, le chiffre d’affaires est passé de 109 à près de 300 millions d’euros et le nombre d’employés de 564 à plus de 2.300 employés.

Le premier coup de maître de Roger Jost avait été de racheter les Allemands de Weerts en 2008. Pour le patron, l’idée était de grossir plus vite que ses concurrents et de tirer profit des « mutualisations » dans le groupe, quitte à devoir composer avec un endettement de plus de 170 millions d’euros. 

Surnommé « le bon gros géant » lors de sa victoire d’un prix honorifique en 2013 en Belgique, M. Jost avait expliqué que « tout le monde connaît la problématique des coûts salariaux en Belgique. Nos filiales en Europe de l’Est sont très contrôlées, et tout y est fait de manière légale. L’opinion publique doit prendre conscience que le marché international est perdu pour les entreprises belges et que nos chauffeurs étrangers ne menacent pas mais au contraire soutiennent leurs collègues belges. »

Quinze ans après Kralowetz

La perquisition, hier matin, du siège du groupe, n’est pas sans rappeler une autre affaire qui s’est déroulée au Luxembourg en 2002. Il y a quinze ans, dans le cadre d’une commission rogatoire internationale, les autorités judiciaires avaient perquisitionné le siège d’United Cargo Luxembourg à Esch-sur-Alzette et dans sept autres pays européens où étaient domiciliées des filiales du groupe autrichien de transport opérant sous la marque Kralowetz. 

Le gérant technique, Karl Kralowetz, était arrêté au Luxembourg le 23 janvier : nombre de ses chauffeurs, originaires de pays de l’Est, étaient payés au kilomètre et non à l’heure, comme le prévoyait la règlementation européenne. 150 chauffeurs coincés au Luxembourg avaient été renvoyés dans leur pays avec une prime de 1.000 euros et les 120 camions étaient immobilisés au Luxembourg quand la justice décidait de la fermeture de la société. Vingt-trois réunions d’une commission parlementaire dirigée par Lucien Weiler avait mis en lumière fin juillet de la même année la nécessité d’une meilleure collaboration pour délivrer les autorisations de transport au Luxembourg et pouvoir mieux contrôler l’activité des professionnels du transport et de la logistique.

Une directive qui doit être revue

La situation a évolué mais fin janvier dernier, le Luxembourg a annoncé avoir signé une alliance avec huit autres pays européens, dont la Belgique, l’Italie et la France, pour simplifier la mise en œuvre des réglementations et rendre les contrôles plus efficaces. 

Le ministre français des Transports, Alain Vidalies, avait pointé du doigt « les failles qui sont apparues au cours de ces dernières années dans l’organisation du marché et qui sont le fruit de l’imagination créative des acteurs de la chaîne logistique ». Le Français s’était « étonné » de la part de plus en plus importante des camionnettes dans la chaîne logistique. « Ces exploitants tirent vers le bas le prix des prestations de transport, ajoutant à la déstabilisation du marché ». 

Pour son homologue luxembourgeois François Bausch, cet accord est « d’une importance cruciale dans notre lutte contre le dumping social en Europe. Il est important de renforcer l’application des droits sociaux des travailleurs et la sécurité routière des chauffeurs et des autres usagers de la route ».

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