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Le drôle de «plan de stabilisation» de Franz Fayot
Économie 4 min. 21.03.2020

Le drôle de «plan de stabilisation» de Franz Fayot

Le drôle de «plan de stabilisation» de Franz Fayot

Photo: Guy Wolff
Économie 4 min. 21.03.2020

Le drôle de «plan de stabilisation» de Franz Fayot

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Pas de chiffres avancés, pas d'annonces nouvelles, une phrase maladroite. L'intervention du ministre de l'Economie, vendredi soir, poserait presque plus de questions qu'elle n'apporte de réconfort.

La communication, en cette période de crise, constitue un exercice bien difficile. Vendredi, à trois reprises, preuve en a été donnée. Le matin, la direction de la Santé présentait un chiffre de victimes erroné; l'après-midi le Premier ministre  devait à son tour rectifier le bilan sanitaire qu'il venait de présenter quelques minutes auparavant et, en début de soirée, Franz Fayot (LSAP) lâchait cette phrase malheureuse : «Nous ne pourrons pas aider toutes les entreprises».

Malheureuse, car c'est bien vers un Etat protecteur que citoyens comme sociétés se tournent aujourd'hui. Aussi, le ministre de l'Economie en prenant la parole au terme de la première semaine de confinement du pays se devait d'être rassurant. Là, il a semé une inquiétude. Pourtant, le ministre socialiste n'a pas manqué par ailleurs de lancer des messages positifs. «L'économie du Luxembourg conserve sa notation triple A», a-t-il insisté. «Dans l'immédiat, nous n'aurons pas besoin d'un endettement de nos finances publiques supérieur», alors même que Bruxelles vient d'autoriser les Etats européens à aller au-delà du déficit de 3% jusqu'alors permis. «L'économie luxembourgeoise compte suffisamment de réserves pour passer la crise.»


Politik, Pressekonferenz Dan Kersch, Romain Schneider, Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort
La donne sociale bouleversée par l'épidémie
Télétravail à durée illimitée, explosion des demandes de chômage partiel, extension de la possibilité du congé pour raisons familiales : les ministres de l'Emploi et de la Sécurité ont annoncé, ce jeudi, quelques bouleversements dans l'ordre établi.

Seulement, il fallait sans doute plus que des mots, vendredi. Et des chiffres, il n'y en eut guère. Alors même que le successeur d'Etienne Schneider parlait de la mise en chantier d'un «Plan de stabilisation» pour conforter l'économie, pas un euro d'avancé pour ce «paquet de mesures cohérent et substantiel». Ah si, le ministre aura lâché un «nous ne pourrons pas aider une entreprise au-delà de 800.000 euros»... Là encore, l'heure n'était sans doute pas à l'évocation des limites de la solidarité économique.

Au-delà de l'exercice de communication perfectible, mieux vaudra donc s'attarder sur les mesures positives qu'a répétées le ministre tout juste sorti de quarantaine. Comme ce droit au chômage partiel désormais élargi à l'ensemble des secteurs économiques. Jeudi, le ministre de l'Emploi Dan Kersch (LSAP) faisait savoir que déjà 3.200 entreprises avaient demandé à disposer de cette mesure. Vendredi, face à la demande et pour faciliter les démarches, Franz Fayot a lui annoncé que l'Adem allait se saisir du problème et ouvrir une plateforme en ligne pour recevoir les demandes. Un service qui sera disponible dès la semaine prochaine et offrira plus de réactivité et de simplicité que le canal traditionnel du comité de conjoncture.

Offrir une prime de 1.000€ aux personnes qui ne travaillent pas en raison de la crise du covid-19 serait une mesure inappropriée au Luxembourg

Franz Fayot a aussi assuré qu'il menait des discussions avec les banques. But: que celles-ci se montrent plus souples dans leurs demandes de remboursement d'emprunts notamment. Car oui, les banques seront aussi impliquées dans  ce Plan de stabilisation devant aider le Grand-Duché à se sortir sans trop de casse économique de la crise inédite actuelle. «Tout le monde devra faire un effort», a ainsi martelé le ministre dans l'espoir de voir les créanciers «rallonger certains moratoires pour des crédits.» Il en va de la survie de nombreuses PME et travailleurs indépendants, n'a pas caché Franz Fayot.

Dans ce cadre, le gouvernement promet des avances aux PME. Comment, combien? Motus. Trop tôt pour le dire certes, mais cette prise de  parole aurait constitué un bon moyen d'annoncer à quoi allaient ressembler ces bouées de sauvetage. Il faudra se contenter du message -non négligeable- sur le report de toutes les créances des acteurs publics pesant sur les entreprises. Impôts, Sécurité sociale et autres organismes d'Etat ayant reçu la consigne de ne pas ajouter une pression supplémentaire sur des trésoreries déjà sérieusement compromises pour ce début d'année.

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