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Le directeur du CTIE: "Luxembourg doit devenir un centre de confiance"
Économie 5 min. 15.11.2017 Cet article est archivé

Le directeur du CTIE: "Luxembourg doit devenir un centre de confiance"

L'ambassade numérique de l'Estonie, première mondiale, est une vitrine du savoir-faire luxembourgeois, se félicite le directeur du Centre des technologies de l'information de l'Etat, Gilles Feith.

Le directeur du CTIE: "Luxembourg doit devenir un centre de confiance"

L'ambassade numérique de l'Estonie, première mondiale, est une vitrine du savoir-faire luxembourgeois, se félicite le directeur du Centre des technologies de l'information de l'Etat, Gilles Feith.
GUY JALLAY
Économie 5 min. 15.11.2017 Cet article est archivé

Le directeur du CTIE: "Luxembourg doit devenir un centre de confiance"

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Trois ans après son arrivée à la tête du Centre des technologies de l'information de l'Etat et à la veille des Internet Days du LuCIX, Gilles Feith se félicite de l'arrivée au Luxembourg de l'e-embassy estonienne. Le «directeur des systèmes d'informations» de l'année y voit un signal fort.

Interview: Thierry Labro

A proximité de la gare et de l'Office des publications de l'Union européenne, le bâtiment a un peu mal vieilli. Beaucoup passent à proximité sans savoir qu'il abrite le coeur technologique de nombre de projets qui les concernent directement. Le directeur du Centre des technologies de l'information de l'Etat (CTIE), Gilles Feith, en ouvre les portes... pour parler d'Estonie. Un signal fort pour l'économie, assure-t-il dans son bureau à la veille des Internet Days du LuCIX, où l'on retrouve beaucoup des thèmes au menu mardi et mercredi à la Chambre de commerce. 

Comment démarre l'histoire de cette ambassade numérique de l'Estonie au Luxembourg, une première mondiale? 

Au moment du Brexit, l'Estonie avait une partie de ses données hébergées à Londres. J'avais interpellé le Premier ministre sur Twitter et les discussions se sont engagées. Le Luxembourg a investi dans des infrastructures dignes de ce nom depuis les années 1990, je parle aussi bien de datacenters que des réseaux, avec l'aide de LuxConnect et de Post. Nous avons 23 routes en fibre qui nous relient à toutes les capitales importantes d'Europe à des vitesses très importantes. Et la plus forte densité de centres de données par habitant. Dont quatre du plus haut niveau mondial, qui sont disponibles près de 100 % du temps quelles que soient les circonstances. Il n'y en a aucun en France ni en Allemagne. 

A quoi ça sert, d'avoir cette ambassade au Luxembourg? 

Prenons les choses dans l'autre sens. Outre l'infrastructure, nous avons utilisé la convention de Vienne de 1961 sur les droits et privilèges d'une ambassade – l'inviolabilité, la protection, l'immunité et l'exemption de TVA – pour construire un modèle que l'on retrouve dans la loi 7185 déposée le 10 octobre. Le contrat opérationnel que nous avons remis à la présidente estonienne le 12 octobre après l'accord du 20 juin, assure l'Estonie d'être le seul maître à bord de son ambassade numérique, donc de pouvoir gérer ses données comme bon lui semble. Elle sera coupée d'internet et opérationnelle progressivement à partir de janvier prochain. C'est un signal du savoir-faire luxembourgeois appliqué à un cas concret de haut niveau. Cela donne confiance à des entreprises à s'installer au Luxembourg, de voir ce «trust center». 

Et ça place le CTIE à part... 

Le CTIE a les compétences pour cet accord, de gouvernement à gouvernement. Cela va dans la continuité du datacenter de la Commission européenne à Betzdorf en 2016 ou de celui de la NSPA de l'OTAN. Nous pouvons désormais proposer de nouveaux services des fondations à la structure clés en mains. Nous pouvons nous adapter aussi vite et bien qu'une grande entreprise ou qu'une start-up. 

Ce n'est pourtant pas vraiment la vocation de cette administration...
(Il coupe l'air de la main). Je pense que parler d'administration n'est pas un compliment! Nous sommes un centre de services pour le gouvernement et les administrations publiques. Un centre dans lequel travaillent 360 agents de l'Etat et qui sera doté de 125 millions d'euros de budget en 2018 pour répondre aux besoins du gouvernement, des ministères et des administrations en termes de technologies. D'ailleurs, nous venons de finaliser un catalogue des services que nous pouvons leur offrir, avec à chaque fois les descriptifs, les cahiers des charges et les personnes de contact. Nous avançons dans la modernisation de l'Etat sur trois axes: le digital par défaut, le «once only» (une information ne devrait être demandée qu'une fois au citoyen ou à l'entreprise) et la transparence. Du centre de confiance des banques, le Luxembourg doit devenir un centre de confiance européen. 

Le CTIE est devenue une agence de services numériques au service des ministères et des administrations.
Le CTIE est devenue une agence de services numériques au service des ministères et des administrations.
Guy Jallay

Car vous jouez un rôle aussi crucial pour les citoyens que pour les entreprises. A plusieurs niveaux. 

Oui, c'est ici que sont faits les cartes LuxTrust, les cartes d'identité et certains passeports ou encore les permis de conduire. Mais surtout, avec guichet.lu, nous pouvons déjà répondre à plus de 200 démarches administratives. (Il se lève pour aller chercher sa carte LuxTrust et montrer comment il peut demander un certificat de résidence en une seconde, accéder à ses fiches de paie, à son permis à points, à ses certificats d'immatriculation et donc aux dates de contrôle technique ou encore au cadastre, ndlr.) On sait même quelle administration demande des informations sur vous. 

Pour le citoyen, embrasser ces changements technologiques, ce n'est pas évident... 

Nous y travaillons. Mais jusqu'au premier août cette année, 111.207 actes dans 309 procédures, pour les entreprises ou les individus, avaient été enregistrés, soit une augmentation de 70 % en un an. Le Luxembourg n'est pas une île. Il faudrait même abolir les frontières digitales dans un Schengen digital! 

Etre responsable du pôle «eadministration» de Digital Lëtzebuerg et être désigné «Directeur des systèmes d'informations» de l'année, ce n'est pas rien. 

Non, surtout que le privé désigne quelqu'un du public. C'est une reconnaissance du travail de nos équipes. 

En quoi vous êtes meilleur? 

Nous voulons offrir les mêmes services, voire meilleurs et moins chers que le privé. Je veux que ça avance. C'est simple. Que l'informatique et la technologie soient intégrées dès le départ d'un processus et pas seulement à la fin pour exécuter. Parce que cela crée des déceptions. Bénéficier du soutien total du gouvernement que ce soit du Premier ministre ou du ministre de l'Intérieur, Dan Kersch, c'est important. Etre en ligne directe avec les acteurs importants aussi, comme le Luxembourg le permet, avec des circuits de décision courts.


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