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Le beurre Rose, savoir-faire luxembourgeois
Le beurre rose, étendard des produits typiquement luxembourgeois

Le beurre Rose, savoir-faire luxembourgeois

Chris Karaba
Le beurre rose, étendard des produits typiquement luxembourgeois
Économie 4 min. 21.02.2018

Le beurre Rose, savoir-faire luxembourgeois

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le beurre «Rose» est le seul produit luxembourgeois dans la base européenne des 1.424 AOP et autres IGP. Cette référence est née d'une rupture technologique en 1892... et d'un besoin de régulation quarante ans plus tard.

Soulever délicatement l'emballage d'une tablette de beurre. Avec la pointe du couteau, gratter à la surface, de la droite vers la gauche. Une rose apparaît. C'est probablement de la délicatesse de cette fleur à tartiner que le beurre Rose luxembourgeois tire son nom. Aujourd'hui, ce beurre de qualité est le seul produit protégé au niveau européen au nom du Luxembourg. 

Les fameuses «Appellation d'origine protégée» et «Indication géographique protégée». En réalité, au milieu des 1.424 produits alimentaires de la base se trouvent aussi le miel «marque nationale», les salaisons fumées et la viande de porc

Mais ces trois derniers produits ont modifié leur cahier des charges et sont en cours de réexamen.   

  • Le label «appellation d’origine protégée (AOP)» souligne le lien le plus fort avec le territoire; il exige que tous les aspects de la production, de la transformation et de la préparation trouvent leur origine dans cette région. Exemple: l’huile d’olive Kalamata AOP est entièrement produite dans la région de Kalamata en Grèce, en utilisant des variétés d’olives provenant de la région.

  • Le label «indication géographique protégée (IGP)» souligne le savoir-faire local et le lien étroit entre un produit et un lieu ou une région. Au moins l’une des étapes de production, de transformation ou d’élaboration du produit bénéficiant d’une IGP doit avoir lieu dans la région, mais les ingrédients ne doivent pas nécessairement provenir de cette zone géographique, par exemple. Exemple: le jambon Westfälischer Knochenschinken IGP est produit en Westphalie selon des procédés très anciens, mais la viande utilisée pour sa fabrication ne provient pas exclusivement d’animaux nés et élevés dans cette zone géographique.

  • Le label «spécialité traditionnelle garantie (STG)» n’est pas lié au territoire et met l’accent sur la tradition: le label STG souligne le mode de production ou la composition traditionnel(le) d’un produit, qui se transmet de génération en génération, sans qu’il y ait nécessairement un lien avec une zone géographique spécifique. Exemple: la Gueuze STG est une bière traditionnelle obtenue par fermentation spontanée. Elle est généralement produite à Bruxelles et alentour.


Jusqu'à 246 laiteries en 1937 

L'histoire de ce produit à part commence le 15 janvier 1892 exactement. Emil Flammant, ingénieur agronome et vendeur de machines agricoles d'Hassel, achète chez Drösse et Ludloff, à Berlin, une centrifugeuse à lait, capable de traiter 100 litres par heure et d'en tirer à peu près quatre kilos de beurre

Le succès est immédiat. Onze autres laiteries communales voient le jour en deux ans. Leur nombre atteindra même 246 en 1937.

Dès 1932 se pose un problème très concret: comment écouler ces quantités de beurre? Les 300.000 résidents absorbent déjà 1.600 des 2.466 tonnes de beurre produites chaque année. Soit à peu près deux plaquettes de beurre de 250 grammes par mois et par personne. 

Les 900 autres kilos ont du mal à être écoulés sur les marchés voisins et le prix tombe. Les droits de douanes asphyxient les producteurs luxembourgeois. Et comment relever le niveau qualitatif d'un beurre qui a trop d'eau? Pour contrer les beurres danois ou néerlandais, de plus en plus d'acteurs de la filière en appellent au contrôle de l'Etat. 

Le 8 décembre 1929, le ministre d'Etat et ministre de l'Agriculture, Joseph Bech, dévoile un projet de «marque nationale», préparé par un de ses ingénieurs, Aloyse Gregoire, pour tenter d'améliorer la qualité du beurre. Le 15 mars 1932, le projet de loi est adopté à la Chambre et la loi entre en vigueur le 2 juillet 1932. 

Le «beurre Rose» naît le 23 septembre suivant et comprend un système de points pour la qualité du beurre. Seuls les meilleurs pourront se vendre sous la marque «Beurre Rose du Luxembourg». Il faudra attendre le 21 juin 1996 pour que le Rose devienne aussi une appellation européenne d'origine protégée. 

 Aujourd'hui, ce beurre «de luxe» est composé uniquement à base de crème acide de lait d'origine luxembourgeoise et sans beurre reconditionné. Ses qualités viennent probablement de la composition de la flore du territoire qui sert à alimenter les vaches, aux pratiques de l'élevage dans les fermes et aux conditions de production de lait et de crème fraîche. Il n'y a aucune addition de sel, dit encore la fiche de ce produit flanqué du lion luxembourgeois.  

Chris Karaba

Le logo, une rose, au côté de la marque du producteur et du logo européen n'aide pas véritablement à doper les ventes mais les consommateurs y sont très attachés. En dix ans, la production a baissé de 30%, de 2.479 tonnes en 2006 à 1.661 tonnes en 2017. 

 «Le beurre, souvent décrié comme moins favorable pour la santé, a connu une vraie relance auprès des consommateurs, après que des études ont montré que le beurre – et les matières grasses en général – ne sont pas si nocifs pour la santé», indique le rapport annuel du ministère de l'Agriculture. 

 En 2014, une étude internationale qui compulsait différentes études avait trouvé une audience inespérée avec la une du Time qui invitait à «manger du beurre». La Chine, qui affectionne les viennoiseries à base de beurre et l'Inde, plus grosse consommatrice mondiale, dope les cours vers le haut.   

Dans la base de données européennes, qui ne comprend que des produits alimentaires, le beurre luxembourgeois est en bonne compagnie, au côté du beurre d'Isigny, du beurre de Poitou-Charente, de Bresse ou des Ardennes.

Pour aller plus loin:

La base DOOR des produits alimentaires.

La base e-Spirit des alcools forts, dans laquelle il n'y a pas de produit luxembourgeois.

La base e-Bacchus des vins, champagnes, crémants et mousseux, dans laquelle on retrouve l'appellation "Moselle" du Luxembourg.

Les produits de la Marque nationale.


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