Lancement de la plateforme Mind & Market: Quand l'innovation offre de la substance
Lancement de la plateforme Mind & Market: Quand l'innovation offre de la substance
L'innovation a sa plate-forme. Elle a été lancée hier soir officiellement lors d'une conférence au Mudam. Elle se nomme Mind & Market. À l'image de ses initiateurs, originaires du public comme du privé (Université du Luxembourg, Fonds national de la recherche, Luxinnovation et Deloitte) elle ambitionne de mettre en relation une pluralité d'acteurs de l'ensemble du tissu économique autour de projets entrepreneuriaux innovants.
Un problème cependant. Les dirigeants d'entreprises luxembourgeoises ne s'entendent pas vraiment sur la définition de l'innovation, comme en atteste le rapport sur le thème de Deloitte également présenté hier. Or celle tirée du dictionnaire des affaires s'avère relativement englobante puisqu'elle désigne le processus consistant à transformer une idée ou une invention en un produit ou un service qui crée une valeur pour laquelle le client paiera.
L'innovation un peu partout
Le concept d'innovation peut donc s'appliquer à une démarche qu'un entrepreneur pourrait tout à fait juger banale. Or, au processus innovant, généralement désigné par la R&D (recherche et développement) peuvent être associés des subsides et, potentiellement, des incitants fiscaux. Une aubaine donc pour les entreprises qui rechignent aujourd'hui à investir, de l'argent et du temps, dans ce domaine.
Les dépenses en R&D déclinent depuis plusieurs années au Grand-Duché. Elles sont passées de 1,3% du PIB en 2008 à 0,7% en 2013. Alors si l'Innovation Union
Scoreboard 2014 de la Commission européenne place encore le Luxembourg en cinquième position sur 28 pays, c'est en partie dû à un maintien de l'investissement public en la matière. Inférieur à celui des pays voisins, il se maintient à un taux de 0,45% du PIB en 2013 (contre 0,35 en 2008 et 0,5 en 2010) et a été multiplié par 10, en termes absolus, entre 2000 (alors embryonnaire) et 2013. Et ce n'est pas fini puisqu'une nouvelle loi encadrant et favorisant les crédits de soutien à la recherche devrait être adoptée d'ici la fin de l'année, comme le prévoit Jean-Paul Schuler, directeur général de Luxinnovation.
Mais un autre problème se dresse. A l'inverse de la France où existe le crédit d'impôt recherche, les exonérations fiscales liées à cette activité n'existent pas au Grand-Duché. Et celles-ci étaient vivement regrettées hier soir. Mais un changement réglementaire né de la pression internationale, et plus particulièrement européenne, pourrait favoriser le cheminement des acteurs privés vers l'innovation. Le régime de la propriété intellectuelle exonérant 80% des revenus générés par la seule possession d'un brevet ou d'une marque est dans l'oeil du
cyclone.
Prochain amendement de l'article 50bis
Dans la loi luxembourgeoise et son fameux article 50bis l'absence de lien entre une société et son éventuelle dynamique en matière d'innovation va devoir être modifiée sous la pression de la Commission européenne. Il devrait falloir à l'avenir justifier ladite exonération par une telle activité. La quête de substance, déjà visible dans les sociétés de participations financières (soparfi), devrait ainsi opérer dans le secteur de la recherche et donc théoriquement profiter à tout l'écosystème. Mais cet amendement contraint ne devrait pour autant pas suffire.
Le rapport de la Commission européenne avait mis le doigt où cela fait mal. En termes de ressources humaines, l'exécutif européen avait stigmatisé la difficulté de l'Université luxembourgeoise à produire des chercheurs très qualifiés, ainsi qu'un déficit structurel de jeunes diplômés du secondaire supérieur.
Parmi les autres problèmes mis en exergue par Bruxelles, celui du financement pourrait profiter du changement du régime de la propriété intellectuelle, celui du manque de liens entre les secteurs public et privé du lancement de la plate-forme Mind & Market. Celle-ci ne sera réellement opérationnelle que le 30 juin, date à laquelle se tiendra son premier forum, à la maison du savoir à Belval.
D'ici là, les différents acteurs pourront cogiter sur les solutions proposées par M. Schuler pour repenser l'écosystème: adapter le système éducatif à la structure économique du pays, soutenir l'innovation des PME, développer les incitants fiscaux pour les projets communs, offrir davantage de seed funding et réindustrialiser le Luxembourg. Rien que ça.
Pierre Sorlut
