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«La transparence existait avant OpenLux»
Économie 5 min. 08.02.2021 Cet article est archivé

«La transparence existait avant OpenLux»

Signe que la transparence fait désormais partie de l'ADN financier luxembourgeois, l'accès aux données du RCS se fait «sans barrière, ni paiement, ni demande d'inscription», plaide Sam Tanson.

«La transparence existait avant OpenLux»

Signe que la transparence fait désormais partie de l'ADN financier luxembourgeois, l'accès aux données du RCS se fait «sans barrière, ni paiement, ni demande d'inscription», plaide Sam Tanson.
Photo : Guy Jallay
Économie 5 min. 08.02.2021 Cet article est archivé

«La transparence existait avant OpenLux»

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Face aux accusations de l'enquête journalistique pointant le rôle trouble du Luxembourg en matière d'accueil de capitaux étrangers, la ministre de la Justice bombe le torse. «Nous sommes plus transparents que d'autres Etats», plaide Sam Tanson.

Voilà deux mois que la ministre de la Justice savait que le journal Le Monde et quinze autres médias avaient la Place financière dans le collimateur. Les demandes de renseignements des journalistes travaillant sur le dossier OpenLux laissant présager quelques articles au vitriol. Les premières informations sont sorties hier et, à peine parues, le gouvernement sortait de sa manche une communication documentée sur les faits reprochés. Un peu comme le torero agite sa cape pour détourner l'attention du taureau et parer un coup de corne.


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Sans la transparence du Luxembourg, la dernière enquête désignant la Place financière comme une plaque tournante du blanchiment d'argent et de l'optimisation fiscale n'aurait pu se faire. Et les députés s'accrochent à ce fait.

Car en promettant une semaine de révélations, le quotidien Le Monde passe à la charge. Sept ans après l'affaire LuxLeaks, rien n'aurait donc changé? Pour la ministre de la Justice, «moi, je vois que les efforts demandés ont bien été entrepris». Une phrase de Sam Tanson (Déi Gréng) qui semble faire écho au commentaire du député CSV Laurent Mosar : «Le Luxembourg a fait ses devoirs». Oui, depuis 2014, les choses ont changé dans le monde des affaires.

Et la démonstration de la ministre s'appuie d'ailleurs sur les deux registres dont les reporters ont su tirer des informations. Le RBE et le RCS, le Registre des bénéficiaires actifs et celui du commerce et des sociétés. «Par exemple, quand en 2019, le RBE a été instauré, le gouvernement a directement choisi de le rendre facile et libre d'accès à tous. Il nous semblait capital que la société civile puisse avoir un droit de regard sur le fonctionnement des sociétés financières.» C'est justement cette facilité d'accès aux données qui a nourri, via l'analyse informatisée de millions de datas,  l'enquête désormais sur la place publique.

Pas de frais, pas d'identifiant, l'accès en un clic à ces fichiers contenus dans les registres. Voilà qui aux yeux de la ministre écologiste représente «une avancée majeure vers la transparence». Et Sam Tanson d'attirer l'attention vers d'autres Etats de l'Union, «qui n'en sont pas encore au même degré de transparence». La parade est habile, mais loin de faire oublier que 55.000 sociétés off-shore (sans lien directe avec l'activité du pays donc) fonctionnent au Luxembourg et ont drainé l'an dernier quelque 6.500 milliards d'euros.


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Pourquoi donc ces actionnaires, plus ou moins connus, choisissent-ils donc le Grand-Duché pour y placer autant de capitaux? Le climat doux? La beauté du regard de la Gelle Frä?  Non, juste parce que le Luxembourg «est un pays stable, qui bénéficie de la notation AAA et se démarque par son économie ouverte et diversifiée», plaide le gouvernement. Ajoutant qu'ici, il n'existe pas de régime fiscal spécifique pour les entreprises multinationales, ni les sociétés numériques.

Des signalements, pour quelles poursuites?

Pour Sam Tanson, la question n'est pas de savoir «si le pays est tout blanc». Mais s'il agit dans le bon sens. Oui, estime-t-elle, en défendant le Registre des bénéficiaires «qui n'est encore qu'un bébé mais que nous comptons renforcer». Comment? En dotant l'outil de véritables moyens de sanctions pour ceux qui contreviendraient à l'obligation de s'y inscrire et de révéler l'identité exacte de leurs véritables propriétaires derrière les sociétés écrans et les prête-noms divers. «Actuellement, disons que la vérification se limite à voir si les déclarations rentrées correspondent aux pièces fournies».

Lettres de rappel, relances, les procédures de régularisation sont loin de faire trembler les contrevenants. L'an passé, le Luxembourg Business Register (en charge des différents registres évoqués) n'a certes pas hésité à transmettre au parquet luxembourgeois près 18.966 signalements pour non-déclaration ou déclaration incorrecte, mais quelle suite a réellement été donnée? La ministre est plus évasive.


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Plus de précisions par contre sur les efforts consentis ces dernières années. Pour renforcer, par exemple, l'équipe de la Cellule de renseignements financiers. La CRF comptant désormais une trentaine de salariés. Cela reste tout de même peu, trois dizaines d'employés, tout métiers confondus, qui doivent enquêter sur le blanchiment d'argent (51.390 déclarations de soupçon reçues en 2019!) ou le financement du terrorisme (444), cela au cœur même de la plus grande Place financière d'Europe... 

Mais, promis, pour la CRF ou la section d'enquête financière et économique, plus de moyens vont être attribués. «Et ce n'est pas la parution de presse qui accélère les choses, le projet de loi sera ficelé dans les prochaines semaines», indique Sam Tanson. 

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