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La SNCI dévie et s'écrase
Économie 4 min. 07.11.2018 Cet article est archivé

La SNCI dévie et s'écrase

A ses débuts, Planetary Resources était soutenue par Larry Page

La SNCI dévie et s'écrase

A ses débuts, Planetary Resources était soutenue par Larry Page
Économie 4 min. 07.11.2018 Cet article est archivé

La SNCI dévie et s'écrase

Thierry LABRO
Thierry LABRO
La Société nationale de crédit et d'investissement pouvait-elle prendre des parts dans une société américaine, Planetary Resources, qui veut aller chercher des matériaux sur les astéroïdes? Non.

«La SNCI peut prendre des participations dans des SA ou s.à r.l. dont le siège social se trouve au Luxembourg». 

Mardi matin, sur le site Internet guichetpublic.lu, qui renseigne par exemple sur les aides fournies par la Société nationale de crédit et d'investissement (SNCI), les choses ont l'air clair: la banque publique n'a pas vocation à prendre des participations dans une société étrangère à capitaux étrangers et basée à l'étranger. Surtout pas pour la revendre à perte, comme c'est le cas pour Planetary Resources, dont les dix pour cent luxembourgeois ont été cédés il y a deux semaines pour «un prix symbolique» lors du rachat de la pépite par ConsenSys. 

La loi du 4 août 1977 permet pourtant d'investir dans une société étrangère dans un cas unique, sous couvert de la double signature des ministres de tutelle de la SNCI – le ministre de l'Economie et celui des Finances – «en vue de faciliter l’approvisionnement de l’économie luxembourgeoise en matières premières et en énergie ainsi que la promotion des exportations de produits luxembourgeois», indique l'alinéa 4 de l'article 10. 

Des ressources qui seraient utilisées dans l'espace 

Les matières premières, venues des astéroïdes proches de la Terre, sont justement celles que vise Planetary Resources. Sauf, car il y a un hic, que Planetary Resources n'avait hier matin toujours pas l'intention de ramener ces matériaux au Luxembourg, ni même sur Terre, mais «Providing resources to fuel industry and sustain life in space», dit la page de garde de son site Internet. «Pour fournir les ressources nécessaires pour alimenter l'industrie et la vie dans l'espace», en français. 

SOURCE: planetaryresources.com

Vu comme cela, ce n'est pas encore très clair. Mais la société de Chris Lewicki vise les 2.000 milliards de tonnes d'eau qui pourraient se trouver sur les 16.000 astéroïdes visés. 

Une s.à r.l. pour être «en conformité» avec les règles 

Dans une interview à Reuters en 2012, Planetary Resources affirmait qu'un astéroïde de la taille d'un terrain de football contiendrait du platine pour une valeur de 25 à 50 milliards de dollars. 

Le ramener sur Terre détruirait le marché, a répondu Goldman Sachs Investment, l'an dernier, dans la seule étude sur le sujet. 

L'exception prévue par l'alinéa 4 semble difficile à invoquer. 


Deux ans et demi après l'annonce d'Etienne Schneider, le Luxembourg a vendu ses parts dans la société de Chris Lewicki
Luxembourg tourne le dos à Planetary Resources
Le Luxembourg s'est débarrassé des 10% qu'il détenait dans Planetary Resources pour "un prix symbolique". La société, présentée comme une pépite en 2016, est entrée dans une nouvelle ère avec l'arrivée de ConsenSys, annoncée mercredi.

Et le ministre de l'Economie le sait. C'est probablement pour cela que la SNCI n'a pas investi ses douze millions d'euros dans Planetary Resources. Mais dans une société à responsabilité limitée, Saam, créée le 28 octobre 2016 par le président du conseil d'administration de la SNCI, Patrick Nickels. Outre celle qui injecte les 13,75 millions d'euros de capital social, deux autres gérants sont immédiatement désignés, Stéphanie Grisius et Laurent Heiliger travaillent tous les deux chez RSM. 

Le sixième cabinet d'audit au monde – comme il se présente sur son site Internet – emploie 80 personnes au Luxembourg et 43.000 dans le monde. Et c'est cette s.à r.l. dont l'unique objet est de prendre des parts dans Planetary Resources qui a dépensé les douze millions d'euros. 

Cela permet d'être en règle avec ces caractéristiques que la banque publique rappelle dans chaque rapport annuel: «La SNCI peut prendre des participations dans des sociétés anonymes ou à responsabilité limitée de droit luxembourgeois dont le principal établissement est situé au Luxembourg.» 

145 millions d'euros dans ArcelorMittal et la SES 

Dans les 25 participations que la banque publique mentionne dans son dernier rapport annuel, celui de 2017, deux seulement ne sont pas basées au Luxembourg. Advent Life Sciences Fund, dans laquelle elle détient 20,68 %, a son siège social à Londres; Eurefi (21 actionnaires) est basé à Longwy, mais est en réalité un fonds transfrontalier appuyé sur une s.à r.l. luxembourgeoise, Europe et Croissance, immatriculée au Grand-Duché depuis octobre 2007. 

Pour les participations, 2017 est redevenue une année «normale» avec quatre millions d'euros investis contre 163,2 millions d'euros en 2016. 

Cette année-là, en dehors de l'investissement dans la société américaine, la SNCI a participé aux deux augmentations de capital de deux poids lourds de son portefeuille, 95 millions d'euros pour ArcelorMittal et 50 millions pour la SES. 

Douze millions d'euros perdus, au regard des 646 millions d'euros consacrés à la prise de participations depuis la création de la SNCI en 1978, c'est «peu». 

C'est autant que les 29 crédits d'équipement accordés en 2017, dont 10,21 millions d'euros pour l'artisanat, un million pour les PME industrielles, 600.000 euros pour le secteur de l'hôtellerie et la restauration et 230.000 euros pour les PME du commerce. 

Ces cinq dernières années, les participations de la SNCI ont rapporté 164,64 millions d'euros...

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