Changer d'édition

La sécurité devra se payer dans la construction
Économie 5 min. 11.05.2020

La sécurité devra se payer dans la construction

Le secteur demande à bénéficier d'un report pour finir les chantiers signés avant le covid-19 sans pénalité.

La sécurité devra se payer dans la construction

Le secteur demande à bénéficier d'un report pour finir les chantiers signés avant le covid-19 sans pénalité.
Photo : Lex Kleren
Économie 5 min. 11.05.2020

La sécurité devra se payer dans la construction

Les nouvelles mesures imposées aux personnels sur les chantiers se payent cash par les entrepreneurs qui n'avaient pas prévu ces frais dans leur devis. Mais au-delà de cette difficulté, le secteur craint pour les délais à tenir et la chute des commandes.

(pj avec Thomas KLEIN)  «Nous sommes maintenant à nouveau proches des 100% de reprise d'activité.» Une évaluation qui peut (re)donner le sourire à Pol Faber, secrétaire général du Groupement des entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics. Trois semaines après la levée du confinement pour les chantiers, rares sont les sites qui n'ont pas retrouvé les équipes de construction. Il faut dire que les entreprises ont tout fait pour que les chantiers reprennent vite, et cela en conformité avec les mesures de sécurité requises.

Même le président du LCGB, Patrick Dury, en convient : «Nous rendons régulièrement visite à nos délégués sur les chantiers. Nous constatons que les règlements sont dans l'ensemble respectés. Le matériel de protection est disponible partout», reconnaît le leader syndical. 


Corona-Virus, Wiedereröffnung der Baustellen, Bau, Baustellen , Ban de Gasperich, Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort
Le secteur de la construction souffre de la pandémie
Si la très grande majorité des chantiers ont effectivement repris au Luxembourg, «nous travaillons malheureusement avec des marges négatives aujourd'hui», révèle ce lundi Jean-Marc Kieffer, président du groupement des entrepreneurs, et explique pourquoi.

 Mais ces nouvelles mesures de sécurité ont et auront un prix. Selon le Groupement des entrepreneurs, le coût d'une intervention grimperait de 10% dans le bâtiment

Et Pol Faber de détailler : «Ça commence le matin. Les gens ne sont pas tous autorisés à se changer dans la même pièce. Il a donc fallu installer plus de vestiaires. Les ouvriers doivent disposer de  masques, se désinfecter les mains, faire des détours pour respecter la distanciation, monter dans des véhicules distincts. De plus, de nombreuses entreprises ont mis en place un service de nettoyage sur les chantiers afin de désinfecter les installations ou les outils en continu. Au terme de la journée, environ une heure de productivité est ainsi perdue».

Mais ce n'est pas là le seul surcoût auquel les entreprises sont confrontées, souligne Marc Giorgetti. Le directeur de la société Félix Giorgetti rappelle ainsi que lui, comme ses concurrents, ont dû payer les coûts sociaux pour tous les employés pendant l'arrêt de la construction. «Rien que cela représente une moyenne de 1.400 euros par salarié.»

Les entreprises ont également dû régler les frais de location des machines de construction pourtant restées à l'arrêt pendant six semaines ou des bungalows inoccupés mais aussi les frais liés aux mesures de protection elles-mêmes. Un exemple : même si le gouvernement a proposé cinq masques par salarié à la reprise, Giorgetti a déjà réglé pour 100.000 euros de factures en masques pour ses ouvriers. 

Aujourd'hui, les entrepreneurs craignent de devoir s'asseoir sur ces frais inattendus à l'heure de proposer certains devis. «Contrairement à un coiffeur, nous ne pouvons pas simplement ajouter 10% à la facture car les projets actuels sont basés sur des contrats d'avant la crise», traduit Pol Faber. Les futurs contrats devraient naturellement refléter ces coûts supplémentaires dès le départ. De fait, les prix de la construction devraient croître, et donc sans doute se répercuter sur des tarifs de l'immobilier déjà bien hauts...

Peu de marge

Dans la moyenne européenne, les marges bénéficiaires de l'industrie luxembourgeoise de la construction se situaient jusqu'à présent autour de 3,3 %. Il n'y a donc guère de marges de manœuvre. «Si les dépenses pour la sécurité contre le covid-19 ne sont pas prises en charge par l'État ou les clients, certains chantiers ne seront pas rentables», pointe déjà le Groupement des entrepreneurs.

D'ailleurs, la structure négocie déjà avec le gouvernement au sujet de l'aide à apporter au secteur. Tout comme elle s'est rapprochée du ministre des Travaux publics, François Bausch, pour réclamer une prolongation des délais pour les projets de construction signés avant l'épidémie. En effet, de nombreux contrats passés avec des promoteurs, précisent les dates impératives pour l'avancement des travaux, sous peine de pénalité. «Dans un premier temps, nous devrions obtenir une tolérance dans le calendrier des chantiers à sortir pour l'Etat», envisage Pol Faber. Avec l'espoir qu'un règlement vienne fixer cette même largesse sur les chantiers liés à des initiatives privées. 

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Le Luxembourg placé sous monitoring
La fondation Idea a présenté vendredi son nouveau tableau de bord économique et social. Un suivi mensuel détaillé et adapté à la crise actuelle, visant d'une part à comprendre les conséquences du covid-19 et d'autre part, à aider les décideurs dans leurs décisions.
Lokales, Politik, Wirtschaft, Illustration, Lockerung der Ausgangsbeschränkung, Einschränkung, Kontaktbeschränkung, Corona  Krise  Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Le chantier du tram court après le temps perdu
Si l'activité de la construction a repris depuis deux semaines, la question de retards dans la mise en circulation de la future épine dorsale des transports en commun de la capitale se pose. André von der Marck, le directeur de Luxtram, se dit sceptique quant à la date réelle de mise en service.
Lokales, Tram-Baustelle im Bahnhofsviertel, Chris Karaba/Luxemburger WortLUX
Privés de chantiers mais pas de missions
Dernièrement, c'est pour la mise en place du centre de soins à Belval que l'entreprise Bonaria Frères a dû enfiler à nouveau le bleu de travail. Même si les chantiers sont à l'arrêt, l'entreprise se doit de rester en veille.
«Il n'y a pas de raison de supprimer le congé collectif»
A compter de ce vendredi 26 juillet, près de 98% des salariés du BTP bénéficieront de trois semaines de vacances. Pour le Groupement des Entrepreneurs du Bâtiment et des Travaux Publics, la mesure s'avère aussi bonne pour les personnels que les entreprises.