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La NASA luxembourgeoise sur la rampe de lancement

La NASA luxembourgeoise sur la rampe de lancement

SES
Économie 5 min. 26.05.2018

La NASA luxembourgeoise sur la rampe de lancement

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Les préparatifs s'accélèrent autour de la future agence spatiale luxembourgeoise. Elle ne sera plus qu'un fonds d'investissement mais pas une copie de la NASA et de ses recherches scientifiques.

Le ministère de l'Economie a trouvé de l'espace... pour son agence nationale de l'espace. 

Annoncé en fin d'année, le déménagement du Conseil de la concurrence vers le 43 rue Sainte-Zithe est devenu effectif. Le deuxième étage du ministère est prêt à accueillir ce qui sera finalement une agence «commerciale» dotée d'un fonds d'investissement stratégique. 

La nuance peut paraître subtile mais c'est un changement notable pour le ministre de l'Economie qui évoquait jusque-là seulement un outil au service de l'investissement dans le secteur du «new space», comme les Californiens l'ont baptisé. 

 Depuis le début de l'année, une douzaine de personnes ont été recrutées, auxquelles viendront se joindre les forces de l'actuelle direction de l'espace au ministère de l'Economie. Marc Serres, qui dirige cette sous-direction de la DG7 (Recherche, propriété intellectuelle et nouvelles technologies) a le profil pour être le premier directeur de l'Agence luxembourgeoise de l'espace... mais rien ne dit qu'il sera effectivement propulsé (!) à ce poste. 

Le mercredi 16 mai, au forum de l'espace de l'ICT Spring, le vice-président du conseil de l'Agence spatiale européenne est le seul à avoir rempli l'auditorium du centre de conférences.

«L'industrie de l'espace a été transformée avec la baisse des coûts de lancement, la mise sur orbite de plus et de plus petits satellites et par des avancées majeures dans des technologies clés qui favorisent une exploration commerciale de l'espace», a-t-il dit.

«Ces avancées technologiques ont permis à des start-up de créer de nouveaux business models et de bousculer le secteur. Comme le village de l'ESA sur la Lune ou le projet de colonisation de Mars par Space X, l'initiative luxembourgeoise spaceresources.lu s'adresse aux initiatives qui sont programmées, avec une participation significative du secteur privé.» 


Lancement réussi pour GovSat 1: "L'innovation et le dynamisme, c'est l'image de notre pays!"
Premier à réagir, le grand-duc héritier Guillaume a évoqué la "pérennité" de la capacité du Luxembourg à se réinventer selon deux axes: l'innovation et le dynamisme. Trente ans après le lancement, en présence de son père le grand-duc Henri, du premier satellite luxembourgeois, l'image a du sens.

Non seulement Etienne Schneider n'était pas là, mais le ministre préfère consacrer ses efforts à son propre événement sur les nouveaux secteurs de l'espace, en novembre... La «New Space Europe Conference» a davantage de retombées internationales, dit-on Boulevard Royal. 

Pendant que le Premier ministre, Xavier Bettel, et son ministre des Finances, Pierre Gramegna, vantaient les charmes du Luxembourg, le «ministre de l'espace» était à New York. Officiellement à la rencontre des dirigeants de Du Pont, après la surprenante (et fausse) annonce que la société entendait fermer deux unités au Luxembourg. 

Parmi ses rendez-vous, Schneider a rencontré une trentaine de venture capitalists pour les inciter à mettre un ticket dans son fonds d'investissement de l'espace. On en ignore encore le périmètre mais il devrait être géré sensiblement pareil que le Digital Tech Fund, avec un comité directeur de spécialistes de l'investissement.

La discussion n'est pas close. Le ministre veut justement profiter de son prochain salon de l'espace pour présenter l'agence et le fonds d'investissement, à la fois à des venture capitalists et à des sociétés porteuses de projets. Le financement local reste le meilleur moyen de les amener à s'établir au Luxembourg. 

L'agence aura normalement été officiellement présentée entre la deuxième quinzaine de juillet et le début des vacances estivales. 

Un master avec une université américaine l'an prochain 

Car le temps presse et pas seulement à cause des élections législatives et de la volonté du ministre de vouloir éviter que le dossier se perde dans un trou noir. Premier pays au monde à offrir la propriété des matériaux de l'espace à toute société établie sur son sol, le Luxembourg a d'abord été critiqué... avant d'être copié. 

Les initiatives se multiplient un peu partout sur la planète. L'agence luxembourgeoise, dont le nom et le branding sont confiés à une agence de communication de la place, aura un certain nombre de missions, qui vont de la promotion des initiatives du pays au financement en passant par le volet éducatif. 

Un master doit voir le jour en collaboration entre l'université du Luxembourg et une université américaine pour la rentrée 2019-2020. 

En attendant, mi-avril, à l'occasion de la deuxième édition de l'«Asteroid Science Interaction with In-Space Mine Engineering» (Asime), le président du comité directeur de l'université de Luxembourg, Yves Elsen, avait annoncé un partenariat avec l'université de l'espace de Strasbourg (ISU) pour cinq ans.

Créée en 1987 par trois anciens étudiants du prestigieux Massachusetts Institute of Technology, l'ISU « a des professeurs reconnus et son cursus scientifique est complémentaire à ce que nous voudrions mettre en place ici», expliquait M. Elsen devant quelques-uns des conseillers spéciaux du ministre, comme les vétérans de la NASA Peter Worden ou Gary Martin.

«La finalité est de former les gens compétents dont l'industrie a besoin», a dit celui qui était déjà dans l'aventure de la Société européenne de satellites (SES) au milieu des années 1980. 

L'agence, qui regroupera aussi l'ancien cluster de l'espace de Luxinnovation déjà transféré au ministère de l'Economie depuis un moment, n'aura pas d'objectif scientifique.


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