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La Lhoft lance une idée innovante autour de l'inclusion financière
Économie 6 min. 06.11.2018 Cet article est archivé

La Lhoft lance une idée innovante autour de l'inclusion financière

Catapult, le programme lancé par la Lhoft, doit permettre aux nouveaux acteurs financiers africains de 
répondre aux besoins de financement, notamment des agriculteurs.

La Lhoft lance une idée innovante autour de l'inclusion financière

Catapult, le programme lancé par la Lhoft, doit permettre aux nouveaux acteurs financiers africains de 
répondre aux besoins de financement, notamment des agriculteurs.
(PHOTO: SHUTTERSTOCK)
Économie 6 min. 06.11.2018 Cet article est archivé

La Lhoft lance une idée innovante autour de l'inclusion financière

Thierry LABRO
Thierry LABRO
La Luxembourg House of FinTech accueille depuis hier matin et jusqu'à vendredi soir une opération inédite: une session de travail pour 14 start-ups, douze africaines et deux luxembourgeoises. Objectif: doper la croissance de ces experts de l'inclusion financière.

«Je travaillais pour un opérateur de télécom. Nous distribuions des coupons pour que des gens aient accès à un portable ou à de la communication... sans jamais vraiment savoir ce que ces bons devenaient.» Evelyn Namara en est certaine: ce système favorise la corruption. Beaucoup plus encore quand les bons sont offerts aux agriculteurs, à qui les agences onusiennes et autres viennent en aide pour qu'ils achètent des fertilisants ou des plants. «Quand je me suis demandé comment je pouvais être utile pour changer cela, on m'a répondu: ,Il n'y a pas de compétences ici, allons développer un projet en Algérie‘.»

La jeune Ougandaise ne dit pas avoir été vexée. Mais cette «computer scientist» – le nouveau nom des informaticiens – est sûre du contraire. Et profite de ses connections avec l'opérateur de télécommunications. La digitalisation de ces bons peut commencer. «Cela permet de savoir qui les utilise, pourquoi et comment», explique-t-elle à la pause café, hier matin, dans la Lhoft.

La blockchain, la blockchain et toujours la blockchain

Vouch Digital est née. La fintech a déjà vu trois millions de bons être échangés sur sa plate-forme, dans la plus complète transparence. «Nous avons clairement encore un problème avec l'identité puisque beaucoup de gens n'ont pas de papiers d'identité. Mais nous pourrions offrir une solution qui leur crée une identité sur notre plate-forme grâce à la blockchain», dit cette trentenaire (34 ans) à qui l'on donnerait facilement dix ans de moins et qui doit en permanence démontrer qu'elle a bien les compétences techniques et humaines qu'elle revendique.

La blockchain – ou chaîne de blocs – est dans toutes leurs phrases. Ce qui peut se comprendre facilement: faute d'une administration centrale efficace, ces experts de l'inclusion financière cherchent à donner des solutions à leurs compatriotes en s'en passant.

C'est aussi comme ça qu'a commencé Four One Financial Services, l'aventure de Livingstone Musaka. «85 % des gens n'ont pas de retraite», raconte-t-il entre deux coups de fil. «Les gens travaillent dans le privé, où les patrons ne cotisent pas. Les sociétés ouvrent et ferment. Alors, nous avons créé une application où ils peuvent se créer un compte et épargner, petite somme par petite somme, pour leur retraite. Seulement, nous nous sommes aperçus qu'ils étaient souvent obligés de retirer leurs économies face à une maladie ou à un imprévu. Alors nous avons décidé d'ajouter d'autres services, comme une assurance pour les soins de santé. C'était un marché bloqué. Aujourd'hui, nous travaillons à d'autres développements, autour du logement ou de l'éducation. C'est le sens de notre participation ici, de pouvoir inscrire notre action dans la durée, condition de base pour avoir accès des capitaux.»

A 42 ans, l'Ougandais est un «mzei», dit-il en souriant. Ce «vieux» sur un continent qui a 19 ans et demi de moyenne d'âge a séduit 1.500 utilisateurs et sa solution a récolté ainsi 500.000 euros. Mais le produit fonctionne.

Deux Luxembourgeoises dans le programme

C'était le postulat de départ pour faire partie de cette opération inédite montée par Nazir Zubairi et la Luxembourg House of FinTech (Lhoft): avoir un produit qui ait déjà commencé à intéresser des clients. En à peine un mois, Catapult, le nom de ce programme, a suscité 128 candidatures. La Lhoft en a retenu une trentaine. Les partenaires du projet – la direction du Développement et des Affaires humanitaires du ministère des Affaires étrangères et PwC, qu'ont rejoint à peu près tous les acteurs de l'aide humanitaire et de la microfinance au Luxembourg, plus l'Université de Luxembourg et la House of Training – ont ensuite ramené cette liste à 14 fintechs. Au milieu des Akaboxi (Ouganda), Akida (Afrique du Sud), Inclusivity Solutions (Afrique du Sud), Matontine (Sénégal), Nala (Tanzanie), Oko (Israël) et autres Refuge Network (Malte) ont été retenus deux projets luxembourgeois. Bitvalley, qui a remporté cette année le premier FinTech Award pour l'inclusion financière chez KPMG, et Koosmik, qui développe une application bancaire mobile pour ceux qui n'ont pas de banque en Afrique de l'Ouest.

Mais la star de la semaine, dans ces ateliers où l'on parle de l'écosystème luxembourgeois autour de la finance responsable, de la blockchain et de l'investissement, est la Camerounaise Viola Llewellyn et Ovamba, sa société de prêts aux PME africaines née aux Etats-Unis et qui a déjà réuni un million de dollars auprès d'investisseurs comme la société britannique GLI Finance, d'AXA Investment Managers et de Barclays Wealth, cinq ans seulement après son lancement. Microsoft lui fait les yeux doux après les 16.000 transactions pour près de 150 millions d'euros de chiffre d'affaires.

«J'espère que la Lhoft s'occupera bien de vous», a conclu un des experts en développement des fintechs de la Luxembourg For Finance, Robert-Jan Parvis, hier matin, avec un sourire pour le responsable des partenariats et de l'écosystème de la Lhoft, Alex Panican. Après une semaine de travail, pour découvrir et comprendre les rouages de la finance internationale à partir de Luxembourg, les start-ups devront présenter leurs projets à près de 200 personnalités vendredi soir. Le sous-sol de la Lhoft sera trop petit pour accueillir tous ceux qui voulaient venir. Signe de l'intérêt du Luxembourg.

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