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La grande peur des PME
Économie 4 min. 18.03.2020

La grande peur des PME

Claude Hausser a fermé ses deux salons à Messancy, car «je ne veux pas mettre mes employés en danger»

La grande peur des PME

Claude Hausser a fermé ses deux salons à Messancy, car «je ne veux pas mettre mes employés en danger»
Photo: Guy Wolff
Économie 4 min. 18.03.2020

La grande peur des PME

La crise du coronavirus induit un manque de liquidités. A terme, la survie des petites et moyennes entreprises est en jeu. L'exemple de Claude Hausser, coiffeur indépendant depuis 37 ans à Luxembourg, mais aussi en Belgique et en France, est édifiant.

(JFC, avec Nadia Di Pillo) - Crash boursier, menace d'arrêt de la production dans l'industrie automobile, compagnies aériennes clouées au sol: alors que les gros titres font principalement écho des grandes multinationales et de leur lutte contre les effets du coronavirus, des milliers de petites entreprises luttent directement pour leur survie. Ce, le plus souvent dans l'anonymat le plus total. Ainsi l'exemple de Claude Hausser, coiffeur indépendant depuis 37 ans, est éloquent.

Propriétaire de deux salons de coiffure au Luxembourg, plus deux autres à Messancy, en Belgique, ainsi que 25 boutiques en France, Hausser est actuellement confronté à diverses réglementations qui compliquent sa vie et son activité. Car, si au Grand-Duché et en France, les portes des salons doivent rester closes, les coiffeurs en Belgique sont autorisés à travailler, mais seulement du lundi au vendredi. L'indépendant glisse cependant: «Je vais de toute façon fermer mes magasins à Messancy, car je ne veux pas mettre mes employés en danger».

«Un package d'aides d'urgence»

Au-delà de la santé elle-même de son personnel, l'entrepreneur craint surtout  d'éventuels goulots d'étranglement financiers. «J'ai des frais de fonctionnement et je dois payer mes employés. Au Luxembourg, les frais de personnel représentent 60% de mon chiffre d'affaires , déclare Claude Hausser, déplorant les obstacles bureaucratiques de l'indemnité de chômage partiel. «Chaque salarié doit signer sa demande de chômage partiel. C'est une énorme charge administrative. Rien qu'au Luxembourg, nous employons 23 personnes». En outre, ce règlement sur le chômage partiel n'est entré en vigueur que le 16 mars, c'est-à-dire depuis la fermeture des magasins. «La période difficile qui précède n'est nullement prise en compte».

Outre ce financement du chômage partiel, Claude Hausser appelle également à d'autres solutions, comme «un package d'aides d'urgence pour aider les petites et moyennes entreprises dans de telles situations». L'objectif doit être de protéger les hommes d'affaires pendant 45 jours contre les goulots d'étranglement temporaires des liquidités afin qu'ils puissent, ainsi que leurs employés, se remettre sur les rails immédiatement dès la sortie de crise. «Si nous n'obtenons pas ces aides, il y aura plus de faillites au Luxembourg que jamais auparavant. Tous les magasins sont aujourd'hui fermés et chacun sait pertinemment que cela ne durera pas "que" deux semaines».

Claude Hausser a fermé ses deux salons à Messancy, car «je ne veux pas mettre mes employés en danger»
Claude Hausser a fermé ses deux salons à Messancy, car «je ne veux pas mettre mes employés en danger»
Photo: Guy Wolff

La possibilité d'un recours à la garantie de la Chambre de commerce en cas de prêt bancaire laisse le coiffeur sceptique: «la plupart des petits entrepreneurs n'ont pas de bilans gonflés. Qui peut croire que les banques prêteront rapidement suffisamment d'argent dans de tels cas?». Bien sûr, Claude Hausser se rendra aussi à sa banque, mais «je ne me fais pas d'illusion. Les banques ne  prêtent de l'argent que lorsqu'elles sont sûres de le récupérer.»

Pour Laetitia Dallo, propriétaire du salon «Vendôme Coiffure» à Esch, la santé des employés et de leur famille reste primordiale: «Fermer les magasins est certainement la meilleure solution possible». Néanmoins, l'indépendante déplore elle aussi l'incertitude qui plane sur l'avenir de ses cinq employés et de son entreprise en tant que telle.

La situation est dramatique; les recettes se désagrègent et les frais continuent à courir

«Notre comptable est en train de remplir les demandes de chômage partiel. Nous sommes débordés et n'avons pas toutes les informations dont nous avons besoin. Nous devons demander des documents à la compagnie d'assurance maladie, puis attendre trois jours dans l'espoir qu'elle fasse son travail. Ce sont les petites choses qui nous inquiètent le plus». Dépitée, Laetitia Dallo ajoute: «Honnêtement, je suis complètement perdue en ce moment. J'ai déjà peur pour ma santé et ensuite que je ne puisse pas continuer l'entreprise».

Alexa Ballmann exploite deux salons de beauté à Niederanven et Oetrange. Elle emploie dix personnes. Elle a également dû annuler des rendez-vous à court terme avec des clients, et faire la demande d'un chômage partiel. «La situation est dramatique pour les entreprises de taille moyenne: les recettes se désagrègent complètement, tandis que les coûts de location, de prêts et, dans certains cas, les salaires, les assurances et autres frais mensuels continuent à courir».

Alexa Ballmann: «Si nous sommes si fiers de notre notation triple A au Luxembourg, alors j'espère que nous aurons les moyens de nous remettre sur pied.»
Alexa Ballmann: «Si nous sommes si fiers de notre notation triple A au Luxembourg, alors j'espère que nous aurons les moyens de nous remettre sur pied.»
Photo: Chris Karaba

Cette situation menace potentiellement l'existence de nombreuses petites entreprises, car «très peu ont les réserves nécessaires pour rester à flot pendant plusieurs mois. Quand on sait que plus de 90% des emplois sont fournis par des PME, on mesure facilement l'ampleur du problème», commente l'entrepreneure. Elle espère maintenant que le gouvernement apportera le soutien nécessaire pour que «les entreprises soient toujours là lorsque les employés reviendront.» 

Et de faire elle aussi un appel du pied au gouvernement: «il doit fournir une aide financière directe aux entreprises, sinon le problème ne sera que reporté, et non pas annulé». Un brin sarcastique, Alexa Ballmann conclut que «si nous sommes si fiers de notre notation triple A au Luxembourg, alors j'espère que nous aurons les moyens de nous remettre sur pied.»


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