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La flambée des matières premières secoue les agriculteurs
Économie 6 min. 08.03.2022
Inflation

La flambée des matières premières secoue les agriculteurs

Les coûts élevés de l'énergie ont un impact sur la production agricole et deux des plus importants fournisseurs de céréales, la Russie et l'Ukraine, font faillite.
Inflation

La flambée des matières premières secoue les agriculteurs

Les coûts élevés de l'énergie ont un impact sur la production agricole et deux des plus importants fournisseurs de céréales, la Russie et l'Ukraine, font faillite.
Photo: dpa
Économie 6 min. 08.03.2022
Inflation

La flambée des matières premières secoue les agriculteurs

L'explosion des prix des produits pétroliers, l'inflation élevée et la guerre en Ukraine font grimper les prix agricoles.

(BaL avec Danielle SCHUMACHER) Le taux d'inflation annuel s'est établi à 6,6% en février, selon le Statec. Une hausse majoritairement attribuée à l'augmentation des coûts de l'énergie. Ainsi, depuis janvier, le prix du diesel a augmenté de 6,2%, tandis que celui de l'essence de 4,9%. Pour le mazout, la hausse est encore plus spectaculaire: l'office national des statistiques a calculé une augmentation de 12,1% en un mois. Et ce mardi, il accuse encore une augmentation de plus, de 26 centimes cette fois.


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Le taux d'inflation dans la zone euro a battu un nouveau record en février, à 5,8% sur un an, toujours propulsé par la flambée des prix de l'énergie, selon Eurostat, alors que la guerre en Ukraine fait craindre une nouvelle aggravation.

La hausse des coûts de l'énergie se répercute également, avec un peu de retard, sur les prix des denrées alimentaires qui, selon le Statec, ont augmenté en moyenne de 0,7% en février. Les pâtes ont augmenté de 5,7% en un mois, et les légumes frais ont coûté 3,1% de plus. 

Il n'est pas encore possible d'estimer avec précision l'évolution des prix des produits alimentaires dans les mois à venir. En effet, de nombreux facteurs sont actuellement à prendre en compte. Aux prix élevés de l'énergie et des carburants s'ajoute encore la guerre en Ukraine, pays considéré comme le grenier à blé de l'Europe. La Russie et l'Ukraine représentent ensemble environ un tiers de la production mondiale de céréales. Ce sont surtout les pays du Proche-Orient, qui dépendent des importations de céréales, qui en pâtiront.

Peu de réserves

L'explosion des prix des produits pétroliers et la guerre en Ukraine se répercutent donc sur les prix mondiaux des céréales. En février 2022, ils étaient supérieurs d'environ 15% à ceux de février 2021. Sans compter que les réserves sont quasi inexistantes. L'époque où l'Union européenne, par exemple, était assise sur d'énormes montagnes de céréales, en raison d'une surproduction constante, et pouvait intervenir de manière régulatrice sur le marché, est définitivement révolue.


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Les agriculteurs et horticulteurs luxembourgeois ressentent eux aussi déjà nettement les effets des coûts élevés de l'énergie. Outre les prix élevés du diesel, c'est surtout l'explosion des coûts des engrais qui leur donne du fil à retordre. Par rapport à 2020, on constate une augmentation de 65% en moyenne, tandis que les prix ont encore augmenté de manière spectaculaire à la fin de l'année dernière. 

Entre janvier et mai 2021, on a assisté à une hausse de 32,3% du coût des engrais. Après une légère accalmie pendant les mois d'été, le véritable choc des prix a eu lieu à l'automne : entre septembre et novembre, ces prix ont plus que doublé (119%) pour se stabiliser ensuite à un niveau très élevé. En décembre 2021, les prix étaient supérieurs de 195% à ceux de décembre 2020.

Tous ces chiffres sont issus de la réponse du ministre de l'Agriculture Claude Haagen (LSAP) et du ministre de l'Economie Franz Fayot (LSAP) à une question parlementaire de la députée CSV Martine Hansen. Les chiffres du service d'Economie rurale concernent l'année dernière. La guerre en Ukraine ne jouait alors aucun rôle dans ces évolutions.

Les coûts de production s'envolent

Alors que les prix élevés du pétrole - le baril de Brent dépasse désormais les 100 dollars - se répercutent assez rapidement sur l'évolution des prix des denrées alimentaires, les prix élevés du gaz et de l'électricité ne se font sentir qu'avec un certain retard, écrivent encore les deux ministres. Suite à l'explosion des prix du carburant, les prix des transports par exemple vont augmenter dans les mois à venir.


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L'évolution des prix des engrais sera toutefois décisive dans l'augmentation du coût des produits alimentaires. Les engrais deviennent chers pour plusieurs raisons. D'une part, leurs prix vont de pair avec ceux du gaz. D'autre part, les matières premières non raffinées nécessaires à la production proviennent en grande partie de Russie. Et c'est précisément ce qui disparaît à cause de l'interdiction d'importation. De plus, l'engrais est actuellement une denrée très rare: comme les agriculteurs n'ont pas commandé beaucoup d'engrais en raison des prix élevés, les fabricants ont réduit leur production ces derniers mois.

Certes, les prix à la production augmentent également - l'agriculteur reçoit actuellement 42 centimes d'euros hors TVA pour un kilo de lait - mais les agriculteurs ne profitent guère de cette hausse. En effet, leurs coûts s'envolent également. Ainsi, les prix des aliments pour animaux ont augmenté de 14% entre décembre 2020 et décembre 2021.


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La prochaine tranche indiciaire ne devrait pas se laisser désirer encore très longtemps. En février, les prix, notamment ceux des produits pétroliers, ont poursuivi leur envolée.

La tendance va se poursuivre, car l'une des causes de cette évolution se situe à nouveau dans la zone de guerre: l'Ukraine est le plus grand producteur mondial d'huile de colza et de tournesol, des sources de protéines indispensables à la production d'aliments pour le bétail. Cela explique aussi pourquoi c'est surtout la production animale qui est actuellement sous pression au Luxembourg: le pays est fortement dépendant des importations d'aliments, en particulier le secteur porcin.

S'il est difficile d'évaluer l'évolution future, c'est notamment parce que le système mondial de production agricole est entièrement interconnecté. Si le sac de riz tombe en Chine, cela aura des conséquences internationales. Il faut en être conscient, car l'agriculture luxembourgeoise est étroitement intégrée dans le réseau international extrêmement complexe.

Le défi de la réforme de la PAC

Les agriculteurs européens ne sont pas seulement confrontés à d'énormes augmentations des prix de l'énergie et des produits primaires. Ils doivent également mettre en œuvre la réforme de la politique agricole commune (PAC) dans les mois à venir. Les pays se sont mis d'accord pour que l'agriculture européenne devienne plus durable, c'est-à-dire plus verte. 25% des aides directes du premier pilier sont liées à des «éco-schémas» et doivent contribuer à une meilleure protection de l'environnement et du climat.


Carole Dieschbourg, ministre de l’Environnement, du Climat et du Développement durable
La politique climatique passe entre les gouttes
Le Grand-Duché pointe à 18ème place du dernier Climate Change Performance Index. A l'international, les efforts luxembourgeois en matière de lutte contre le réchauffement climatique sont salués.

Le Luxembourg, pour sa part, veut passer entièrement à l'agriculture biologique d'ici 2050, l'objectif étant fixé à 20 % pour 2025. Actuellement, moins de 6% de la surface agricole utile est exploitée de manière biologique dans le pays.

Les rendements de l'agriculture biologique étant nettement inférieurs à ceux de l'agriculture conventionnelle, des voix commencent à s'élever à Bruxelles pour conseiller un changement de mentalité au vu de l'évolution actuelle en matière de sécurité alimentaire. Les objectifs climatiques et la sécurité alimentaire doivent être mis en balance.

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