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La discrimination autour de la fiche de paye perdure
Économie 4 min. 18.07.2019

La discrimination autour de la fiche de paye perdure

Le Luxembourg fait figure de bon élève en Europe, mais l'égalité de salaire n'est pas encore la norme.

La discrimination autour de la fiche de paye perdure

Le Luxembourg fait figure de bon élève en Europe, mais l'égalité de salaire n'est pas encore la norme.
Photo. Shutterstock
Économie 4 min. 18.07.2019

La discrimination autour de la fiche de paye perdure

«A travail égal, salaire égal.» Cette revendication est loin d’être une réalité comme le démontre la dernière étude de l'Institut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes (EIGE) publiée cet été.

(DH avec LW). - Du 17 juin au 7 juillet, le ministère de l’Egalité entre les femmes et les hommes a procédé à une consultation publique en vue d’élaborer le nouveau Plan d’action national à l’égalité (PAN Egalité).

Cette consultation a invité toutes les personnes actives sur le marché de l’emploi luxembourgeois à se prononcer sur la lutte contre les stéréotypes, les écarts de salaires entre femmes et hommes, ainsi que les violences et harcèlements liés au sexe.

Taina Bofferding,  ministre de l'Intérieur et de l’Egalité entre les femmes et les hommes, présente ce jeudi les grands axes et réflexions collectives qui émanent de la consultation. Un sujet d'actualité brûlant qui fait suite à la dernière étude de l'Institut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes (EIGE).

Cette étude dresse un constat accablant. En Europe, les femmes gagnent en moyenne 16 % de moins que les hommes. Cet écart de salaire est constaté dans tous les Etats membres de l'Union Européenne mais varie fortement selon les pays.

Les plus fortes différences sont observées en Estonie (25,6 %), en République tchèque (21,1 %), en Allemagne (21%) ou encore au Royaume-Uni (20,8%). L'écart est en revanche plus réduit en Roumanie (3,5 %), en Italie (5%) ou en Belgique (6%).

Si le Luxembourg fait figure de bon élève de la classe (5%), la France se situe à un taux d’écart de 15,4%, au niveau de l'Espagne et des Pays-Bas. 

Depuis le début de la décennie, les écarts de salaire entre les femmes et les hommes se sont très peu réduits en Europe. Les études sur la période 2010-2017 ont montré une très légère baisse, seulement 1,1 point de pourcentage (de 17,1 %à  16 %).

Dans certains pays, le Portugal par exemple, les différences s’accroissent.  Au niveau de la moyenne européenne, l ’écart global de revenu entre hommes et femmes dans l’UE est de 39,6 %.

Les facteurs discriminants

Les postes d’encadrement sont majoritairement occupés par des hommes. Dans chaque secteur, les hommes reçoivent plus souvent des promotions que les femmes et sont dès lors mieux rémunérés.

Les femmes supportent de nombreuses tâches non rémunérées: le travail ménager, l’éducation des enfants ou la prise en charge de parents ou de  proches. Le marché du travail reflète cette réalité. En Europe, une femme sur trois réduit ses heures de travail rémunéré pour un temps partiel. Les hommes ne sont qu'un sur dix à le faire.


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Les femmes sont plus souvent absentes du marché du travail que les hommes. Les interruptions de carrière impactent leurs revenus mensuels mais aussi les futures rémunérations et les pensions.

Les femmes sont parfois surreprésentées dans certains secteurs d'activités. Dans certains pays européens, contrairement au Grand-Duché, les emplois à dominante féminine, comme l’enseignement, offrent des niveaux de salaires inférieurs à ceux constatés dans les emplois à dominante masculine. 

L'écart de rémunération augmente aussi avec l’âge. Il est de 3% en moyenne pour la tranche des 20-29 ans. Il monte en flèche, à  22% dans la tranche des 40-49 ans.

De même, à diplômes et formation égales, les femmes gagnent en moyenne 25% de moins que la gent masculine. L'écart se creuse encore à mesure que croissent les responsabilités au sein des entreprises.

«Les salaires sont tabous dans de nombreux pays et la connaissance des écarts de rémunération entre hommes et femmes au sein des entreprises est faible», indique Jolanta Reingarde, la responsable de l'étude réalisée par l'EIGE. «On trouve les meilleurs résultats dans les pays qui ont légalisé et introduit des rapports d'entreprise obligatoires sur le Gender Pay Gap.»

Le rapport  de l'Institut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes a également pris en compte les diverses situations familiales.

Le Luxembourg en progrès

Au Luxembourg, la différence de salaire horaire brut est de 5,5%. C'est un des plus bas en Europe. En 2010, cette différence était de 8,7%.

Par contre, sur la durée de toute une carrière professionnelle, le pays se situe dans la moyenne européenne avec un écart de 32,5%.

L'écart au niveau des pensions est par contre de 43,1%.

Un besoin de transparence

La transparence en matière de salaires est l’un des moyens de s’attaquer aux écarts de rémunération entre les hommes et les femmes.  Au Luxembourg, depuis 2012, les employeurs peuvent utiliser le logiciel Logib-Lux, que le Ministère de l'égalité met à disposition des  entreprises pour acquérir des connaissances quant à leur structure salariale actuelle, et leur permet d’identifier les causes d’éventuelles inégalités salariales.

Cet outil s’adresse principalement aux entreprises du secteur privé dont l’effectif se situe au-delà de 50 salariés.

Depuis décembre 2016, l'égalité des rémunérations entre hommes et femmes est inscrite dans la loi.

Les inégalités salariales peuvent être signalées à l'inspection du travail et des mines (ITM): Tél.: 247-76102 Email: egalite.salariale@itm.lu


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