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«La digitalisation du business events va s'accentuer»
Économie 6 min. 05.10.2020

«La digitalisation du business events va s'accentuer»

Pour Francois Lafont, «les gens ont peur d'une contamination et les entreprises et associations qui organisent ces événements professionnels, manquent de budget»

«La digitalisation du business events va s'accentuer»

Pour Francois Lafont, «les gens ont peur d'une contamination et les entreprises et associations qui organisent ces événements professionnels, manquent de budget»
Photo: Chris Karaba
Économie 6 min. 05.10.2020

«La digitalisation du business events va s'accentuer»

François Lafont, CEO du Luxembourg Convention Bureau, anticipe d'importants changements pour l'industrie du tourisme d'affaires. Si l'organisation d'événements est aujourd'hui possible, le gros problème reste selon lui «les restrictions imposées aux voyageurs».

(JFC, avec Mara Bilo) - Congrès annulés, salons reportés, événements réorganisés en mode digital – le tourisme d'affaires est pratiquement au point mort depuis le début de la pandémie du covid-19. Et même si le Luxembourg aura l'honneur d'accueillir du 1er au 3 novembre le 59ème Congrès de l'International Convention and Congress Association (Icca), toutes les entreprises dont les revenus dépendent de la tenue de ces business events s'inquiètent pour leur avenir.

Où en est le tourisme d'affaires aujourd'hui? Quelles sont les perspectives pour le futur? François Lafont (56 ans), CEO du Luxembourg Convention Bureau, dont le but est de promouvoir le Luxembourg comme destination business events, apporte des réponses.

François Lafont, comment évaluez-vous la reprise du tourisme d’affaires après le lockdown au printemps?

François Lafont - «L'activité est actuellement presque nulle. Le tourisme d'affaires s'était totalement arrêté en mars, et la reprise s'avère difficile. A l'heure actuelle, il est à nouveau possible d'organiser des événements, qu'il s’agisse d’expositions, de salons, de congrès ou de séminaires. Mais la demande demeure très faible pour de nombreuses raisons: il est toujours difficile de voyager, les gens ont peur d'une contamination et les entreprises et associations qui organisent ces événements professionnels, manquent de budget.


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C'est pourquoi de nombreux événements sont reportés ou annulés. C'est dommage, parce que les business events ne sont pas nécessairement des rassemblements de milliers de personnes. Le plus souvent, il s'agit de rencontres axées sur les échanges professionnels, pour lesquels se retrouvent une cinquantaine de personnes.

Sous quelles conditions ces business events peuvent-ils avoir lieu?

«Les conditions liées à l'organisation des événements sont évidemment très strictes, notamment en ce qui concerne le port du masque, la désinfection des mains et la distanciation sociale. Pour les entreprises travaillant dans l'industrie des événements professionnels, il existe un guide qui s'appelle «Safe to meet», lequel prévoit un certain nombre de points à vérifier avant la tenue d'un événement. Il s'agit notamment d'évaluer le risque, d'organiser les espaces ou encore de mettre en place les mesures sanitaires.

Au niveau de la restauration, les entreprises se tiennent au label «Safe to serve», qui avait été élaboré par l’Horesca. Le nombre de participants à un business event n'est en fait pas limité, tant que les conditions sont remplies. C'est ainsi que des salons se sont déjà tenus en toute sécurité sanitaire. Le gros problème reste cependant les restrictions imposées aux voyageurs. Aucune entreprise ou association ne va organiser un événement si elle n'est pas sûre que les participants pourront s'y rendre. L'incertitude qui règne actuellement ne permet pas aux donneurs d'ordre de planifier quoi que ce soit.

Quel sera l'impact économique si les événements professionnels devaient ne plus avoir lieu?

«Je vois un impact sur quatre niveaux. D'abord, le fait que personne ne se déplace signifie tout simplement que des biens et services ne vont pas être consommés dans le lieu de destination – comme par exemple la chambre d'hôtel, le déjeuner dans un restaurant ou la course en taxi. Ensuite, il y a un impact évident au niveau de toutes les entreprises qui sont actives dans l'industrie des business events: agences événementielles, traiteurs, sociétés audiovisuelles, monteurs et concepteurs de stands, fleuristes ou encore intermittents.

Après, certaines associations qui tirent leurs revenus de la tenue des événements professionnels risquent de se retrouver dans une situation difficile. Je pense notamment à toutes les associations dont les membres paient une cotisation pour justement profiter de tous les services de cette association, comme la participation à des congrès. Finalement, à long terme, il y a un impact sur la création de valeur, pas seulement financière mais aussi et surtout intellectuelle, qui se fait par les échanges professionnels. C'est un impact sous-estimé.

L'attention que l'on accorde à un échange virtuel n'est pas la même

Ces échanges professionnels que vous mentionnez ne peuvent-ils donc pas se faire par la tenue d’un congrès en mode virtuel?

«Si, mais l’intensité des échanges ne sera pas la même. Un exemple: une réunion à laquelle j'ai assisté il y a peu rassemblait 25 participants. Sur ces 25 personnes, six se sont exprimées. Cela n'aurait pas été le cas si cet événement avait été organisé en face-à-face. Ce sont les apartés qui se font de manière imprévue, les rencontres par hasard, qui créent de la valeur ajoutée. La façon de s'exprimer n'est pas la même, l'attention qu'on accorde à un échange virtuel non plus.

Quels changements à long terme anticipez-vous pour l'industrie des business events au Luxembourg?

«Notre branche traverse depuis des années une phase de digitalisation – de plus en plus d'événements sont proposés de manière hybride. Cela signifie qu'une partie d'une manifestation est organisée «en mode présentiel», une autre en mode digital. C'est une tendance qui existait avant la crise sanitaire, mais qui va s'accentuer. Mais ce n’est pas forcément négatif, cela va créer un effet de levier: un événement va pouvoir rassembler plus de gens qui n'avaient pas la possibilité d'y assister. Au mois de juin, environ 25% des structures déclaraient qu'elles voulaient élargir leur offre pour proposer l'organisation d'événements soit totalement virtuels, soit hybrides dans le futur.


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L’objectif affiché du Luxembourg Convention Bureau est de faire entrer le Grand-Duché dans le Top 50 des destinations business events. Où en est-on?

«Nous ne sommes pas encore dans le Top 50, mais nous avons progressé entre 2018 et 2019. La pandémie a évidemment stoppé nos efforts. Nous avons des objectifs clairs en termes de rayonnement à l'international, une série de secteurs clés ont été identifiés comme par exemple la finance, la logistique ou la médecine. Plus nous réussissons à attirer des manifestations dans un secteur donné, plus le Luxembourg est perçu à l'étranger comme un centre d'excellence dans ce secteur. C'est bon pour notre économie: cela attire les entreprises et surtout les talents.»

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