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La corruption reste nocive au Luxembourg
Économie 3 min. 13.12.2019

La corruption reste nocive au Luxembourg

La justice a-t-elle les moyens d'enquêter sur les affaires de pots-de-vin?

La corruption reste nocive au Luxembourg

La justice a-t-elle les moyens d'enquêter sur les affaires de pots-de-vin?
Photo: Shutterstock
Économie 3 min. 13.12.2019

La corruption reste nocive au Luxembourg

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Pratique discrète, mais pas forcément si rare au Grand-Duché, l'échange de cadeaux contre services pénalise l'activité économique selon 41% des patrons sondés par la Commission européenne.

Saviez-vous qu'il existe une Journée mondiale anti-corruption? Les Nations Unies l'ont fixée au 9 décembre. «Sans doute faudrait-il bien plus que 24 heures pour sensibiliser la population à ce fléau», regrette Jean-Jacques Bernard, directeur exécutif de l'Asbl Stop Corrupt. D'autant que le fléau frappe aussi le Grand-Duché. Comme vient de le rappeler une récente étude de la Commission européenne.

Ainsi, cet Eurobaromètre a-t-il été réalisé à partir de 150 entretiens dans le pays. Et il en ressort notamment que 41% des sondés estiment que la corruption est un problème pour l’activité de leur entreprise. Un chiffre plus élevé que la moyenne constatée à l'échelle des 28 Etats membres de l'UE. «Cela ne doit pas être traduit comme il y a plus de corruption ici qu'ailleurs, note Jean-Jacques Bernard. Je dirais plutôt que le chiffre indique que les langues se délient sur ce délicat problème».


Illu - Finanzplatz - Place financiere - Luxembourg - Photo : Pierre Matge
Le Luxembourg bloque plus de 87 millions d'euros
Alors qu'en 2017, la Cellule de renseignement financier avait gelé 12,5 millions d'euros, le rapport d'activités de 2018 fait état d'une hausse de près de 75 millions d'euros. Un phénomène qui s'explique par une augmentation de 44% des déclarations envoyées à l'institution.

11% des patrons questionnés reconnaissent aussi que «quelqu'un, en 2019, a été sollicité ou attendu d'un membre de l'entreprise qu'il donne un cadeau, accorde une faveur ou donne de l'argent supplémentaire en échange d'un permis ou de services à venir. Cette fois, le chiffre est le double de la moyenne constatée dans l'Union. Et l'étude note même que la proportion luxembourgeoise a augmenté de 11% depuis la dernière enquête de 2017. 

Pour Stop Corrupt, cette augmentation est d'autant plus préoccupante qu'elle concerne un pays où tout le monde se connaît, «où les réseaux priment sur la règle, où les intérêts se croisent» du fait du petit nombre d'acteurs politiques, économiques, sociaux. De fait, les petits arrangements entre amis, les présents, les "enveloppes" sont à craindre. D'ailleurs 47% des nationaux interrogés estiment que favoriser des amis, un membre de sa famille dans le monde des affaires est une pratique répandue, 34% estimant que ce même favoritisme vaut dans les institutions publiques.

Des rappels à l'ordre

«C'est sur ce point que notre Asbl réagit car, si corruption il y a, cela impacte forcément l'argent public. Un cadeau offert, c'est des euros en moins pour agir positivement sur la société», souligne Jean-Jacques Bernard. A l'échelle mondiale, le Fonds monétaire international estime d'ailleurs entre 1.500 à 2.000 milliards d'euros l'ampleur de la corruption. Soit tout de même 2% du PIB mondial...

Pour l'Asbl, pas question de fermer les yeux ici, pour seulement les ouvrir sur les cas de corruption dans des pays moins développés. «Les dommages économiques et la perte de confiance générés par la corruption au Luxembourg sont réels et nuisent même à l'image extérieure de la nation», estime le directeur de l'association. Des autorités de contrôle mondiales, comme le Gafi, ont d'ailleurs maintes fois rappelé à l'ordre le pays pour qu'il adopte une attitude plus ferme. 

Pour une autorité indépendante

Alors, si Stop Corrupt salue certaines initiatives gouvernementales (comme la bonne mise en place par le Grand-Duché dans l'échange international de données sur les mouvements financiers ou la lutte anti-blanchiment), la structure reconnue d'utilité publique pointe «un manque de volonté de s'attaquer à la corruption».

Aussi, Jean-Jacques Bernard et les siens réclament à la ministre de la Justice, Sam Tanson (Déi Gréng) d'agir plus fermement contre corrupteurs et corrompus. «L'idéal serait la création d'une autorité indépendante, chapeautée par le Parquet, qui pourrait mener ses propres investigations et que les sanctions tombent ensuite.» A l'heure actuelle, et à en croire, l'enquête de la Commission européenne, 21% des chefs d'entreprise sondés estiment que les personnes ou sociétés se faisant prendre sont sanctionnées «de manière appropriée». Atteindre les 100% de convaincus serait mieux.


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